Faiblesse des dogmes néo-libéraux : Mondialisation et évolution des salaires (2)

La Crise Covid fait ressortir la faiblesse des dogmes néo-libéraux

Mondialisation et évolution des salaires (2)

 

La crise Covid a mis en évidence des dysfonctionnements des «  chaînes de valeurs » (1 ) mises en place par les grandes entreprises à travers le monde, ainsi que des effets pervers des délocalisations.

Par exemple la rareté, voire l’ inexistence de médicaments indispensables, produits à travers le monde, ont montré que le « marché libre» ne faisait pas tout bien et que la « mondialisation » avait pour le moins des ratés.

Certes la pénurie récurrente de certains médicaments n’avait pas attendu la crise Covid pour montrer cet aspect, mais les dirigeants et les économistes néo-libéraux avaient « oublié » de le prendre en considération.

Aujourd’hui, économistes néo-libéraux et responsables de grandes entreprises, affolés, occupent les médias pour montrer la supériorité de la mondialisation et sa nécessité absolue.

Une de leur antienne est d’expliquer que l’augmentation du niveau de vie de pans entiers de la population mondiale a progressé largement grâce à cette mondialisation. Ils ne montrent pas, en revanche, même s’ils l’affirment, qu’une autre forme d’échanges, par exemple « régulés », ne serait pas arrivé au moins à ce même résultat, voire mieux.

Ils appellent toute régulation des échanges : «  fermeture des frontières », « repli sur soi » etc.. Avant toute discussion, le débat est évacué par simple qualification abusive et péjorative, qualification reprise, bien sûr, en boucle par les journalistes politiques et organisateurs de débats permettant surtout d’évacuer toute idée contraire à la « pensée unique ».

L’exemple d’entreprises de confection de chemises délocalisées de France en Tunisie, puis de Tunisie au Vietnam puis du Vietnam au Cambodge montre que l’on peut fabriquer du chômage en France puis en Tunisie etc….Oubliant au passage que les process de production pouvaient, devaient, s’améliorer, se mécaniser etc...et qu’il y avait des avantages à produire, au moins en partie, en France. Mais quand on voit, en France, le faible l’investissement en « robots » comparé à celui de l’Allemagne par exemple, on constate que beaucoup de chefs d’entreprises français choisissent le court terme !

 

Un autre argument est de dire que tout rapatriement ou toute fabrication en France sera d’un coût plus élevé alors que le consommateur français pouvait, du fait de la mondialisation, trouver des produits moins chers et ainsi protéger voire augmenter son niveau de vie.

Toute mise en cause de cette mondialisation était d’ailleurs impossible car jouait contre le pouvoir d’achat des classes populaires.

Et donc : circuler il n’y rien à voir !

 

Remarquons au passage que rechercher, pour produire, les niveaux de salaires les plus bas et les normes de pollution les plus basses voire inexistantes, est du même niveau de réflexions que de s’enfermer dans un pays et de ne pas regarder le progrès technique à coté.

C’est pourtant ce que proposent les thuriféraires de la Mondialisation.

(1) Une bien jolie expression qui cache la pratique de grandes entreprises allant chercher à travers le Monde bas salaires et normes de pollution faibles.

Mais cet argument du pouvoir d’achat est il un argument recevable ?

Les tenants de la mondialisation distinguent consommateurs et salariés. Mais ils prennent surtout les salariés pour des imbéciles. En effet, si les biens de consommations courants augmentaient plus vite que les salaires alors les salariés en pâtiraient. Surtout les petits salariés pour lesquels la consommation de biens courants dépense le salaire reçu presque en entier.

Mais ces salariés voient aussi que ces néo-libéraux jugent leurs salaires trop élevés, ce qui provoque un « déficit de compétitivité » et qu’il faudrait une dévaluation interne pour y remédier. (une dévaluation externe, monétaire étant impossible dans une zone monétaire, la zone Euro par exemple). Il faudra donc soit baisser les salaires directs soit amputer une nouvelle fois le salaire indirect c’est à dire les « avantages sociaux » par exemple diminuer les retraites et restreindre encore le pouvoir des syndicats….

C’est bien ce que le ministre des finances veut faire, il saisit toute occasion pour le dire !

(Oubliée toute autre cause du déficit de compétitivité : les investissements inadéquats, pas assez d’investissements, niveau de gamme trop bas, salariés pas assez formés, faibles compétences des employeurs etc ……..)

Mais cette politique conduit directement à une balance des paiements déséquilibrée de la France avec les pays qui fournissent les biens de consommation pas chers permettant au pouvoir d’achat de ne pas baisser. Pour y remédier, une dévaluation externe étant impossible, une dévaluation interne s’impose, donc une diminution des salaires directs ou indirectes.

Toute augmentation de salaire serait donc impossible !

(Voir à ce propos les réflexions-pour le moins dogmatiques -des « experts » chargés de faire des propositions pour l’évolution du smic !)

Alors oui, ces salariés voient bien qu’il s’agit d’un piège et qu’ on les enferment dans un cercle vicieux.

 Il n’est donc pas sûr que les petits salariés voient une amélioration dans le fait de pouvoir acheter moins cher avec ...des indemnités de chômage…. (que d’ailleurs les mêmes s’ingénient à diminuer…..).

La tendance, qui ne touchent pas que les classes aisées, de manger mieux même si c’est plus cher ou de préférer ce qui est Français plutôt que ce qui est asiatique, est à cet égard révélatrice.

Mais qu’en est il des salaires ?

Il est donc nécessaire d’étudier ces salaires dont le niveau et la progression seraient la source de tous les maux !

Salaires dont les médias chaque année nous abreuvent d’augmentations insensées presque toujours démenties par la réalité de la progression des salaires effectifs.

Les progressions indiquées par les médias ne concernent en fait qu’un faible pourcentage des salariés. (Mais de rectification point ! La connaissance de l’évolution effective des salaires est beaucoup trop tardive..., les médias en ont déjà parler à l’époque -même si c’était souvent complètement faux!)-

Les médias produisent de l’information vérifiée ! Alors circulez y a rien à voir !

 

L’Insee vient de publier son 4 pages annuel (Insee première) sur « les salaires dans le secteur privé pour 2018 .

En reprenant les 4 pages des années antérieures, on peut composer le tableau suivant.

 

Evolution des salaires nets réels (inflation déduite, donc à euros constants) de 2011 à 2018 par déciles

 

 

Déciles       2018   2017   2016    2015    2014   2013   2012   2011        S

 

1                 +0,2    +0,7     +0,1    +0,6    +0,1    -0,6    -0,1    +0,3       +1,3

2                 +0,2    +0,6     +0,1     +0,6    +0,1    -0,5    -0,2   +0,2        +1,1

3                 +0,2    +0,7     +0,2     +0,6    +0,1    -0,4    -0,4   +0,2        +1,2

4                 +0,2    +0,8     +0,3     +0,7    +0,1    -0,3    -0,5   +0,1         +1,4

5 Médiane +0,2    +0,9     +0,4     +0,7    +0,1    -0,1    -0,6    +0,1        +1,7 <+1,34 (S de 1 à 5 )

6                 +0,2    +1,0    +0,5     +0,8    +0,2    +0,0    -0,5    +0,1        +2,3

7                 +0,2    +1,1    +0,4     +1,0    +0,4    +0,0    -0,4    +0,1        +2,8

8                 +0,3   +1,0    +0,4     +1,3     +0,8    +0,0    -0,2    +0,4        +4,0

9                 +0,5   +1,0    +0,5     +1,3     +1,0     -0,2    -0,1    +0,5        +4,5

Moyenne  +0,4   +0,9    +0,5     +1,1     +0,5     -0,3     -0,4     +0,2       +2,9

 

Lecture : les 10 % plus bas salaires ont augmenté de + 0,2 % en 2018, de 0,7 % en 2017 etc..

S représente (à très peu près) la progression des salaires du 01/01/2011 au 31/12/2018.

 

L’année 2018 a vu les salaires bruts et nets affectés par des modifications de cotisations sociales importantes mais soit disant faites pour donner du pouvoir d’achat aux salariés.

(On notera que ce n’est plus le travail et l’augmentation de la productivité qui font progresser les salaires, mais qu’il convient de manipuler les cotisations sociales pour ce faire. Ce qui indique que le système économique actuel, pour le moins, manque de performance…..)

Le salaire moyen net réel (donc inflation -augmentation des prix- déduite) a progressé de + 0,4 %, le double de la progression du salaire médian (50 % des salaires au dessus, 50 % au dessous), 0,2 %.

Cela traduit le fait, récurrent maintenant, que les hauts salaires (les salaires au dessus de la médiane) progressent plus vite que ceux en dessous.

Le salaires des 10 % supérieurs progressent même de2,5 fois plus que les 70 % premiers salaires !

 

Le salaire moyen net réel de 2011 à 2018 donc sur 8 années a augmenté de 2,9 % à très peu prés, alors que le salaire médian a lui augmenté de 1,7 % seulement .

1,7 % en huit ans voilà un gain de pouvoir d’achat qui n’est pas très grand.

Surtout, s’agissant des 50 % des salaires les plus bas :

ils ont progressé en moyenne de 1,3 % en huit ans, soit moins que moitié du salaire moyen !

1,3 % en huit ans! Or l’indice général des prix, est plutôt sous estimé  pour les petits salariés. Par exemple, le logement y est compté pour 6 % ce qui est largement insuffisant et loin de la réalité pour les petits salaires.

1,3 % de gain de pouvoir d’achat en huit ans, peut être beaucoup moins voire même du négatif !

 On voit d’où vient le tropisme des médias : ils ne s’intéressent en réalité qu’aux hauts salaires. Mais on comprend le mouvement des gilets jaunes dans une société se cantonnant aux 20 % des salaires les plus hauts….

 

Surtout, cela montre que pour au moins 50 % de la population, avec une augmentation de salaire net de quelque 0,16 % par an, l’argument du pouvoir d’achat induit par les prix plus bas dus aux importations des pays à bas salaires, est de portée infime.

 

Si on doit travailler huit ans et n’avoir quasi aucune augmentation de salaire réel, pour la moitié de la population salariée :

                                                              c’est que le système économique n’est pas fait pour ces salariés !

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(1) Une bien jolie expression qui cache la pratique de grandes entreprises allant chercher à travers le Monde bas salaires et normes de pollution faibles.

                                                                           

 

 

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