Paroles d'expert...ou d'agent commercial ?
« La dette n'est que la conséquence de la dépense ». Ainsi s'exprime H. de Castries, le PDG du grand groupe d'assurance AXA lors d'une interview à l'Argus des Assurances (16/12/11).
La première observation qui vient alors à l'esprit est que H. de Castries prend des libertés avec l'arithmétique. Ce qui peut être tout de même dangereux pour un PDG, de surcroit d'un groupe d'assurances.
En effet, l'excédent, ou la dette, est la différence entre les recettes et les dépenses.
On ne peut donc en aucun cas affirmer péremptoirement que la dette est la conséquence de la dépense.
Mais surtout l'affirmation d' H. de Castries est profondément inexacte, ce qui est plus grave, s'agissant toujours d'un PDG.
Car, justement, ces dépenses, qui font la dette selon lui, sont restées pratiquement stables de 1983 à 2008, passant de 52% du PIB à 53% du PIB et notamment de 1998 à 2008. Par contre, les recettes ont, elles, largement baissé depuis 1999. Et la dette est la stricte conséquence de ces évolutions.(Voir les graphiques tirés du rapport à l'Assemblée Nationale de Gilles Carez, député -sérieux- UMP.)
« Oublier » la baisse des recettes est sans doute désinformer son interlocuteur et à travers lui les lecteurs. Surtout les prendre pour des imbéciles.
Mais on n'est pas sérieux quand on …..est PDG.
Les recettes ont donc ont largement baissé depuis 1999. Si elles sont remontées entre 2003 et 2006 c'est que les contributions diverses à la Sécurité Sociale -qui font partie des recettes- ont alors augmenté, les recettes de l' Etat -hors contributions Sécurité Sociale-, ayant, quant à elles, continué à baisser. Mais depuis 2006 quelle diminution des recettes ! Il suffit de regarder la page 9 du rapport Carrez.
Il faut d'ailleurs être tout à fait irresponsable pour faire baisser les recettes alors qu' une crise a commencé, comme supprimer en partie la taxe professionnelle.....
A moins que, à la réflexion, cela ne soit voulu afin d'avoir un motif pour faire baisser les dépenses....
La conduite serait alors machiavélique et le patron d'un grand groupe ne saurait souscrire sérieusement à un tel comportement !
Mais on est pas sérieux quand on..est PDG.
H. de Castries exprime une opinion -strictement politique-. Et il l'exprime apparemment au nom de son entreprise...C'est son droit le plus strict si ses actionnaires en sont d'accord. Mais c'est le droit aussi de tout souscripteur de produit auprès d' AXA, qu'il s'agisse d'une assurance automobile ou d'une complémentaire santé par exemple, de s'interroger sur le bien fondé de leur acte.
Souscrire auprès d'AXA revient à soutenir l'idée politique mise en avant par son PDG et revendiquée au nom de son entreprise. C'est un critère de choix !
De même et surtout, quand des délégués syndicaux choisissent AXA pour la mise en œuvre d' un accord collectif portant des dispositions de prévoyance collective ou de santé collective, non seulement ils choisissent alors le « patronat Medef », et pas le moins influent, mais encore ils ne contestent pas l'idée politique mise en avant par son PDG.
Il est logique que des patrons cherchent en temps de crise à convaincre que « la faute » : ici, la dette, incombe à d'autres qu'à eux mêmes, ou à leurs pairs -les patrons de banques-, ou aux politiques qu'ils soutiennent.
La « faute » est donc ainsi attribuée à ceux qui sont censés bénéficiaient de la « dépense publique » et non à ceux qui bénéficient de formidables réductions de coûts -ou les ont encouragées-.
Il est logique que des patrons capitalistes cherchent à préconiser une « solution » qui profite à leurs intérêts. Moins de protection sociale obligatoire entraine plus de produits souscrits auprès d'AXA, soit individuellement, soit collectivement par accords collectifs. C'est aussi moins de « transferts ». Et c'est tentant pour tous ceux qui alors, du fait de l' insuffisance de la protection sociale obligatoire, pourront se retourner vers les groupes comme AXA, en en ayant les moyens.
Ainsi cette -politique- est explicable de la part du PDG d'une entreprise commerciale capitaliste. Mais il ne faut pas la prendre pour celle d'un « expert » qui traiterait de la « bonne gestion ».
C'est la prise de position d'un patron qui parle pour augmenter l'activité de son domaine.
Pierre Mascomère Actuaire Consultant