Retraite par capitalisation : mais de qui se moque-t-on ?

  La réforme des retraites, voulue par E Macron (ni le patronat, ni les syndicats n’étant demandeurs…) fait du sur place à cause de la crise sanitaire, tout au moins en apparence. 

  Plusieurs économistes néo libéraux, inquiets de ce sur-place, essayent d’apporter leur pierre pour relancer ou conforter cette réforme. Ainsi se sont-ils lancés dans un comparatif entre la retraite par répartition et la retraite par capitalisation. Ils montrent, en un touchant ensemble, que la retraite par capitalisation est, d’après eux, beaucoup moins onéreuse que la retraite par répartition.

  C’est sans doute oublier un peu vite, ces économistes n’en parlent pas, que, au sortir de la dernière guerre, les cadres ont du leur survie, leurs retraites en capitalisation ayant fait faillite (ils pouvaient, il est vrai, acheter avec leu rente une baguette de pain…) à la création de la retraite par répartition. Elle a donné aux cadres retraités, une retraite correcte à la mesure de ce qu’ils avaient cotisé, ou auraient pu cotiser, et aux cadres en activité des droits à la retraite pour toute leur activité, cotisée ou non. C’est aussi grâce à la retraite en répartition que les salariés non cadres ont pu progressivement acquérir, et pour les retraités se voir servir, une retraite correcte ; la pauvreté, et notamment celle des « vieilles veuves » reculant alors largement, contrairement à d’autres pays.

  Ces "économistes" se fondent sur les « performances » constatées des fonds gérés, ou plus globalement du Cac40.

Il faut rappeler à leurs lecteurs, car ces économistes le savent fort bien, même si ils font mine de l’avoir oublié, que la performance passée n’implique rien sur la performance future.

  La réglementation d’ailleurs oblige à le préciser dans toute publicité.

  Le discours de ces "économistes" se réduit alors à bien peu de choses.

Quelques aspects pour remettre les pendules à l’heure.

  Le Cac 40 (créé sous sa forme actuelle depuis 1987) est à plus de 6000 points le 15/03/2021.

  Mais, on l’oublie très souvent, il était à 6944 points le 4 Septembre 2000. Il y a 20 ans !

Le Cac 40 n’a toujours pas repris sa valeur d’il y a 20 ans !

Le 12 mars 2003,en revanche, il n’était plus qu’à 2401 points.

6944 points en 2000 ! Plus de 65 % de baisse !

  Ah les douces protestations de tous ces directeurs financiers qui voulaient absolument que tous les placements des systèmes supplémentaires de retraites mis en place dans leurs grandes entreprises soient effectuées en actions….. qui rapporteraient beaucoup plus…. « même en 1929, le marché ne s’était pas effondré de 50 % etc.etc. » disaient-ils.

  On avait beau leur dire qu’un placement effectué la veille du « jeudi noir » en 1929 avait mis 25 ans pour retrouver sa valeur…...rien n’y faisait tellement ils étaient convaincus…

  Si le Cac 40 valait 6000 points en 2008, il valait moins de 3000 en 2009.

  Si le Cac 40 valait 6111 en mars 2000, il ne valait plus que moins de 3000 un mois plus tard

etc. etc .

  Nombreuses sont les crises financières, quelque soit la croissance du pays, aux conséquences plus ou moins longues. Et la tendance à oublier le passé, même proche , est tentante tant la publicité des fonds est souvent alléchante.

 C’est une deuxième vérité première des placements financiers, bien évidente, mais souvent soigneusement cachée :

                                                  les résultats dépendent de la date de placement !

  En fait, ces économistes « oublient » un facteur important de toute « retraite » : la retraite ne doit pas pouvoir baisser.

  Cela signifie que tout fonds doit avoir avec lui une réserve….et que cette réserve, si elle est placée dans les mêmes conditions que le fonds, qui peut donc baisser de 50 % lors d’une crise, doit être ...du même montant que le fonds lui même, pour que le total (fonds plus réserve) puisse être au moins du montant initial….

  Voilà les résultats mis en avant par ces économistes largement diminués…..

  Quasiment divisés par deux !

  Que voulaient ils montrer déjà ?……

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(à suivre...)

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