Camembert !
Augmenter les salaires !
Parmi les arguments répétés en boucle par le patronat, le gouvernement et les économistes néolibéraux, pour contrer cette revendication, il en est un particulièrement osé :
l’augmentation des salaires nuirait à l’investissement !
Depuis la crise financière de 2008, c’est bien un sous-investissement qui a eu lieu en France alors même que la santé financière des entreprises auraient permis le contraire ! Certes, une des raisons est peut-être une incertitude trop forte, peut-être un trop fort retour sur investissement (ROE) demandé, mais les salariés en sont ils responsables ? Mais qu’a-t-il était fait du surplus ?
Non seulement les entreprises françaises ont sous-investi mais elles n’ont pas su faire les investissements qu’il fallait, « trop courts », des logiciels oui mais pas de robots etc. etc…….
(A cet égard note de l’économiste néolibéral Patrick Artus n°611 du 27/08/21 : d’où vient le sous-investissement des entreprises depuis la crise des subprimes)
C’est d’ailleurs la deuxième fois que les entreprises françaises n’ont pas fait les investissements qu’il fallait.
Depuis les années 1990 et encore plus depuis 2000, le niveau de gamme diminue en France alors qu’il augmente en Allemagne. Cela explique d’ailleurs les difficultés de l’industrie française et du commerce extérieur de la France.
(Note de Patrick Artus du 22/02/13 : Que se passe-t-il au début des années 2000 qui empêche la France de monter en gamme, d’où ses difficultés présentes. Note du 05/04/17 : Pourquoi le niveau de gamme a-t-il baissé en France et a-t-il augmenté en Allemagne ? Et note du 12/09/17, Performances industrielles de l’Allemagne et de la France : d’où vient la supériorité de l ‘Allemagne ? )
Or la profitabilité des entreprises françaises était excellente dans les années 90 et, dans ces années 90 et au début des années 2000, elles n’ont eu aucun problème de financement. Alors ?
Les entreprises françaises ont préféré souvent délocaliser. il est plus facile, en effet, d’aller vers des coûts salariaux bas et des normes environnementales faibles que de réaliser des investissements judicieux ….
Maintenant, le niveau de gamme des entreprises françaises est comparable à celui de l’Espagne mais avec des coûts salariaux plus élevés.
Est-ce la faute des salariés ou est-ce la responsabilité des patrons ?
Certes on peut penser que la compétence ou la formation des salariés est souvent insuffisante mais alors que dire de celle des patrons ? Compétence ou comportement et mentalité d’ailleurs !
(Note de Patrick Artus du 22/02/13 déjà citée. Note du 26/05/16 : France : et si le problème était aussi un problème de compétence des entrepreneurs ? Note du 06/04/17 : France : une hypothèse qui dérange : que les difficultés structurelles soient dues aux faibles compétences des entrepreneurs et aux faibles compétences des salariés.)
Les aides aux entreprises atteignent maintenant largement plus de 100 Milliards € par an….Le CICE de François Hollande représente 18,6 Mds /an, (et plus de 37 Mds pour 2019). Même s’il a été transformé en baisse de cotisations sociales patronales par E. Macron, cela ne change pas la facture pour le contribuable...Or les agences économiques gouvernementales ont montré le peu d’efficacité de cette mesure ! Et il en est de même pour le Crédit Impôt Recherche.
Ni de la part de F. Hollande, ni de la part de E. Macron le moindre commentaire.
Il s’agit maintenant d’une baisse de cotisations des entreprises, rien, absolument rien en échange. Circulez y a rien à voir !
France Stratégie, une agence gouvernementale, vient d’indiquer que la suppression de l’impôt sur la fortune (et son remplacement partiel par l’Impôt sur la Fortune Immobilière et un prélèvement unique de 30 % sur les placements financiers) n’avait, contrairement aux dires d’alors de E. Macron, provoqué aucun investissement productif supplémentaire ! Même une partie des économistes néolibéraux avait dit que le ruissellement n’existait pas…..
Toujours pas de commentaire de l’intéressé. Il doit avoir un trou de mémoire !
En fait pour comprendre la dégringolade de la France et l’inanité des mesures prises ( mesures toujours prises selon les dogmes du néolibéralisme, même quand le résultat est nul ou très faible), il suffit de comparer les dépenses de R&D.
En 2016/2017 elles sont aux environ de 3 % du PIB pour l’Allemagne et de 2,25 % seulement pour la France. Elles étaient en 2007 de 2,45 %pour l’Allemagne et de 2 % pour la France, elles représentaient alors un peu plus de 80 % de celles de l’Allemagne. Elles n’en représentent plus que même pas 75 % aujourd’hui. Même si une large part de la R&D provient de l’industrie et que la part de l’industrie a notablement diminué en France (au moins on voit l’effet et la cause...), ce n’est pas en faisant encore moins que l’Allemagne que l’on pourra rattraper le retard pris !
Voilà où nous ont mené plus de 30 ans de néolibéralisme !
Une austérité salariale qui n’a pas apporté des investissements corrects en échange.
Alors les patrons, le gouvernement, les économistes néolibéraux etc. : sur les investissements : camembert !
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