Réforme des Retraites : E. Macron et la réalité

-A) Diminuer et Augmenter

     Avec son projet de réforme de l’ensemble du système des Retraites, E . Macron a notamment prévu de diminuer largement les droits à Retraite des Fonctionnaires (de l’État, des Collectivités Locales, des Hôpitaux) et des agents des Régimes Spéciaux, en les ramenant au niveau de ceux du futur « Régime universel ».Le personnel des hôpitaux, qu’il soit médecins, aide-soignants, préposés au nettoyage ou infirmiers, a montré et montre, tout au long de la crise sanitaire, l’incontestable utilité sociale de son travail, le niveau de retraite restant l’un des rares attraits de ces métiers.

Les médias eux mêmes se sont aperçus que ces agents étaient pour le moins mal payés…...Cela faisait pourtant de nombreux mois que ces agents manifestaient, tant pour eux même que pour leurs hôpitaux. Mais ce n’est pas la première fois que les médias tombent des nues et montrent un « retard » certain dans l’appréhension des faits. La peur des fake-news sans doute.

Alors qu’il faut penser maintenant à revaloriser le salaire de ces agents, la diminution programmée de leurs droits à retraite revient à diminuer le salaire réel de ces agents.

Encore bravo Mr Macron !

 

- B) Un déficit bien commode

      Le Haut Conseil du Financement de la Protection Sociale (HCFiPS) a remis en mai 2020 sa note comme habituellement au 1° semestre de chaque année, en attendant au mois de juin le rapport, sur 2019, de la Commission des Comptes de la SS.

Concernant la Retraite, il apparaît que pour 2019, donc avant tout effet de la crise sanitaire, le solde du Régime Général et du FSV (Fonds de Solidarité Vieillesse) est quasi à l’équilibre avec un déficit de 1,2Md€, soit 0,4 % des prestations.

Une grande campagne, largement relayée par les médias, avait pourtant, opportunément avant la Réforme des Retraites, stigmatisé les « énormes » déficits à venir en matière de retraite au lieu des chiffres initialement prévus ; campagne supportée aussi par les économistes, ou supposés tels, néo-libéraux qui ne voyaient le salut de la France que dans une réduction forte des avantages retraites« exorbitants » des salariés français. Ainsi le COR en 2019 avait-il du revoir un peu sa copie avec une touche plus pessimiste sur l’avenir et le présent des retraites.

Et le déficit à venir fut proclamé bien haut lors des premiers votes des parlementaires.

E. Macron n’avait pas hésité, au mépris des parlementaires d’ailleurs, à charger largement la barque en faisant supporter à la seule SS et non pas au budget de l’État, les mesures d’urgence qu’il avait prises à la suite des mouvements des gilets jaunes (modification de la CSG, par exemple, coûts estimés 1,6 Md€) ! Hé oui, le solde du RG et du FSV aurait été quasi à l’équilibre, mais avec un solde positif de 0,4Md€ !

E. Macron s’était déjà précipité au début de son quinquennat ( été 2017) pour préempter, au profit du budget de l’État, les excédents futurs de la SS. 

Cela n’avait guère été relayé par les médias. Anodin sans doute ?

 

Le HCFiPS n’est pas un repère de dangereux gauchistes. La douce langue de bois utilisée en témoigne, mais le fonds du propos est clair :

« Depuis l’été 2017, la doctrine relative aux relations financières entre l’État et la SS a été modifiée, certaines mesures d’exonération de cotisations ou de baisses de prélèvements sociaux n’ayant pas fait l’objet de compensation par le budget de l’État.Les pertes de recettes pour la SS qui en découlent peuvent être évaluées à environ 5 Md€ au titre de l’exercice 2019. En l’absence de changement de doctrine, des excédents auraient ainsi pu se matérialiser dès 2019, et être dégagés lors des exercices suivants. »

 

Un beau solde positif en somme…...

 

Certes, il est probable que le solde 2019 ne comptera guère au regard des conséquences de la crise sanitaire de 2020. Mais, déjà, cette crise a bien montré les ravages qu’une non transparence ou des quasi mensonges peuvent faire (les masques par exemple….) ; une conduite identique sur la Retraite, enlèverait tout crédit aux résultats et projections futurs.

Il serait sans doute nécessaire qu’une commission d’enquête détermine la réalité 2019 et notamment, s’il n’y a pas eu manœuvre délibérée pour assombrir un tableau 2019 afin de mieux faire ressortir l’urgence d’ une Réforme.

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