Un incendie bien singulier...

Après une première alerte jugée sans objet, un immense brasier réduit à néant la toiture de ce joyau intact depuis 856 ans. Singulière coïncidence: 1° jour de la semaine sainte de Pâques, au cœur de la capitale, et tout indice sera très difficile à trouver. Dan Brown dirait: "crime est parfait". La conjonction exceptionnelle des faits pose d'importantes questions.

Quelques pistes, à lecture des articles publiés, autant qu'interrogations sur la vérité des faits...

Première alerte de feu: 18H20. Rapport d'inspection: Rien à signaler; erreur d'alerte quant à l'endroit (bon prétexte pour disculper tout intervenant).

Deuxième temps: de 23 à 30 minutes après, on s'aperçoit des flamme déjà hautes de 3 m selon les articles de presse. On n'a donc pas tout observé suite à première alerte.

Question: Qui ou quelles personnes ont contrôlé la première alerte?  Quel est leur rapport? Pendant qu'elles écrivaient tranquillement (si elles n'avaient pas perçu de flammes ou d'indice) l'incendie prenait corps. Vu l'ampleur de la charpente, dès le premier signal il fallait déclencher l'intervention générale d'urgence des services de sécurité propres à la cathédrale et des pompiers, pour tout examiner.

Au lieu d'écrire (selon conclusion d'une première alerte sans feu identifié), il fallait au contraire redoubler de vigilance et déployer en nombre maximum les préposés au feu, puisque parait-il nombre d'extincteurs étaient disposés en place à intervalles réguliers. En près d'une 1/2 heure, la négligence de l'indice par les services accrédités de la surveillance de l'édifice est coupable des conséquences. Pour le moins, manque d'organisation vu l'ampleur de la charpente; manque de prévision et de moyens, semblant conduire à une économie drastique administrative. Doit-on aller jusqu'à conclure, que d'aucuns pensaient un tel vaisseau de pierre inattaquable, éternel, et se défendant de lui-même?

Par ailleurs, que le désastre débute après le départ des ouvriers, que l'on accuse l'installation électrique du chantier (l'alarme a fonctionné, mais dit-on, elle s'est "trompée de lieu de sinistre") ce ne sont pas les hommes qui se sont trompés d'endroit, (comme d'habitude, c'est de la faute de l'informatique!), et que ce soit au début de la "semaine sainte", apparaît comme une fâcheuse coïncidence. On accuse la vétusté de l'installation - qui paraît-il n'aurait pas indiqué le bon endroit du sinistre - (ce qui n'est en fait qu'un argument tout à fait contestable et dilatoire) met en place une dilution majeure des responsabilités. Conduisant à "c'est de la faute de personne", circulez, il n'y a rien à voir. D'autant plus que l'importance de l'incendie, a tout calciné, matière d'œuvre comme indices, ou toute preuve. Dans un roman digne de Dan Brown, on aurait cité une telle situation de "crime parfait".

A quoi servent les normes, contrôles, procédures d'intervention, quand on ne peut même pas protéger un tel patrimoine? Ce ne sont pas les nouvelles technologies, prétentions exacerbées, reconstitution 3d, de notre XXI° siècle qui ressusciteront les bois et matériaux multiséculaires composant la cathédrale. Car ce que nous admirons dans les œuvres d'excellence du passé, c'est la matière savamment ouvragée, mais qui en fait est la trace matérielle du "geste" qu'à fourni le bâtisseur commandé par son cerveau, et par delà, la trace de son travail cérébral née de ses neurones voici plus de 850 ans. C'est aussi cela qui a été consumé dans l'incendie, ces gestes d'excellence, gestes d'or.

A nous, concitoyens de toute condition, de nous montrer capables de reconstruire ce que notre négligence, orgueil, incompétence, a laissé détruire. Si toujours rechercher, créer, sont comme les nouveaux bourgeons d'un végétal vivant, que l'excellence du passé soit non sacrifiée aux dépens du présent et de l'avenir, mais aussi sauvegardée, vivifiée, pour être encore d'actualité aujourd'hui et demain. C'est respecter les personnes qui ont créé ces merveilles. Laisser disparaître ces merveilles par abandon comme par négligence, c'est tuer une seconde fois définitivement leurs auteurs après leur décès, mais aussi nos racines, et un peu de nous-même.

Enfin, l'argent reviendra toujours dans le débat. Mais nos expert en économie financière (dans les deux sens du mot), quel sens donneront ils aux calculs de (petites) économies face aux moyens financiers, humains et matériels à mobiliser pour reconstruire? Encore une fois, ce n'est pas l'argent qui manque, ce sont les bonnes décisions à appliquer au bon moment au bon endroit, décisions à appliquer au bon moment au bon endroit, en orientant la valeur ajoutée produite aux bonnes causes constructives d'une société construite autour du progrès des personnes humaine et de la VIE.

                                                                                                                                                                                                      Pierre Masselin

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