L'homme aux 450 like

Quoiqu'il publiât, il en récoltait 450. Quadra séduisant mais ferme, il faisait un tabac. Prenait-il la plume ? Les commentaires pleuvaient, tout en approbation.

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Baudelaire par Courbet Baudelaire par Courbet

Quoiqu'il publiât, il en récoltait 450.
Quadra séduisant mais ferme, il faisait un tabac.


Prenait-il la plume ? Les commentaires pleuvaient, tout en approbation. Un large public féminin mentionnait sa beauté, l'appelait par son prénom, l'encourageait comme un enfant.
Tout de même, on restait sceptique. Était-il si célèbre, ce bel autoritaire ?

D’aucuns prétendent qu'on les achète.
— Vous me mettrez 200 like pour une renommée que je prépare tantôt.
— 200 ne suffiront pas, répond le marchand, prenez en 500 et vous serez repu.
— 500 ? Au prix du kilo ! Trompettes de la renommée, vous êtes bien mal embouchées.

Notre homme, lui, en pesait 450. Après quelques milliers d’hourra, il déclara ses ambitions et se lança en politique briguant un beau mandat local. Ses idées subversives séduisaient, n'était l'intransigeance avec laquelle il les exprimait. L'amour de la République proféré avec une certaine morgue, coupante. Qu'adviendrait-t-il si l'homme aux 450 like accédait au pouvoir ?

Épistolier prolixe, il s'obligeait à la tolérance, pourtant des angles saillaient. « J'ai des convictions et crois à mes idées, répondait-il, cassant, au moindre opposant. » Une armée véhémente soutenait le candidat. Famille, amis, collègues vous abreuvaient d'injonctions prononcées sans détour. Aime mon fils, mon ami, mon frère, aime-le !

Les hommes bombaient le torse et se déclaraient fiers.

On s'emmêlait en stratégies, accusant le voisin de ne pas savoir s’y prendre. Les disputes publiées pour le meilleur soutien témoignaient de l'embarras des fantassins. Chère Ysée, quelle faiblesse d'analyse ! Cher Roger, tu ne comprends donc rien ! L'homme aux 450 like réprimandait doucement et tous se retrouvaient fustigeant l'incompétence des élus sortants, leur manque d’ambition, la pauvreté du débat public, levant un bras vengeur suivi d'une caresse ultime à leur poulain ébahi : continue mon grand, on les aura !

Tout ce tapage pour une élection municipale ? D'où vient qu'on recula, effrayé par l'ampleur des procédés, leur démesure ?
L'homme aux 450 like arriverait-il à ses fins ? Le souhaitait-on ?
Sans doute sourdait une inquiétude, car l'homme commença d'afficher des lettres de recommandations émanant de sources incontestables à haute valeur ajoutée. Les missives vantaient les qualités certaines du candidat.

Au fil des mois, l'élection approchant, la violence éclata, sans fard. Les invectives piquaient, on échangeait coups, insultes, surtout entre ceux du même camp. On crucifiait tout contradicteur, le laminait d’un soufflet. Entouré d'imbéciles faibles intellectuellement, il nous restait, merci, l'amour de la Cité, celui de l’engagement.

Les dernières semaines brûlèrent.
L'homme aux 450 like fut battu. Il accusa la terre entière, remercia ses électeurs et repartit, vexé mais vaillant pour de nouveaux combats.
Pour une juste cause qu'il aurait à défendre.
Heureusement, il était là.

Extrait de Mets du Jour, éditions Stellamaris, 2021.

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