La Terre

La brume était couchée sur la Terre, allongée. « Que le sourire me gagne pendant quelques milliards d'années...»

2-1

La brume était couchée sur la Terre, allongée.
La Terre enveloppée écoutait, attentive.

L'oreille aux aguets, elle se demandait si ses longs arbres allaient survivre.
Il faudrait les nourrir pendant des années et la chaleur me ceint, m'étouffe.

Cette brume est bienvenue, j'en reprendrais bien toute la journée.
Le matin, on me l'applique là-haut, sur une partie de mon territoire, pendant qu'en bas, il fait déjà très chaud.
C'est bon. Mes animaux adorent.
Les pies, les grives, lapins de garenne, labradors, fox-terriers, j'en oublie, je mélange – s'ébrouent à foison.
Les oiseaux sont enchantés. Cette brume laquée d'un très beau blanc fait ressortir mes couleurs. J'irais bien me ressourcer d'une semaine de brume.

En fait, je vais plutôt bien mais cette température m'inquiète.
Une fièvre qui progresse et que je ne m'explique pas.
C'est pourquoi je profite de ces quelques instants où je suis apaisée, éveillée à la fois et fraîche. Puissent-ils durer longtemps – tant de bouches à nourrir !

J'aime beaucoup cet affleurement au bas des arbres, c'est très seyant.
Ces gouttelettes me redonnent confiance.
Que le sourire me gagne pendant quelques milliards d'années...

*

Extrait de Paùl Jack, roman, 2020, éditions Stellamaris.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.