Nous

NOUS

Nous, poètes savants et savants poètes.

Nous devons prendre la parole.

Nous sommes perdus, dispersés, apeurés parce que nous nous sommes oubliés.

Pourtant nous possédons le don d’éloigner le mal, de guérir, de charmer, et de provoquer l’amour.

Mais, nous n’entendons que des prétendants à la science, des poètes amateurs.

La science n’est pas chez le savant.

Le poète ignore la vie.

Tous les prétendants ne peuvent nous aider, ni nous sauver, ni nous guérir, ni provoquer en nous de la joie.

Parce que personne ne sait davantage que nous-mêmes ce que nous vivons.

Nous sommes tous des humains, nous sommes tous de culture humaine et notre art de vivre commun a pour fondements le besoin de nourriture, le besoin de vêtements, le besoin du sommeil, le besoin d’éducation.

Nous sommes la somme de nos humanités mais nous ne partageons pas.

Nous produisons la misère, nous déclarons la pire des guerres par l’abandon de nous-mêmes.

Nous ne nous aimons pas alors nous ne sommes pas aimables.

Nous ne partageons pas la vie.

Nous sommes indifférents devant l’égalité.

Nous ne sommes pas amis puisque nous ne sommes pas égaux.

Nous ne vivons pas dans le même pays, nous ne vivons pas sur la même planète puisque nous ne sommes pas amis.

Nous voici très seuls sans humanité.

Nous sommes les auteurs du grand silence de notre  parole muette.

Nous sommes les travailleurs du bruit des discours.

Nous adorons l’autorité.

Nous sommes fascinés par le pouvoir parce que seuls nous sommes impuissants.

Nous réclamons des chefs et des interdits.

Nous pratiquons crimes et châtiments.

L’amour est interdit.

La beauté est un crime.

L’économie est la raison.

La force est reine.

L’argent est roi.

Nous nous sommes abandonnés.

Du pain et des jeux nous suffisent.

Les spécialistes nous fournissent des explications, des alibis, des excuses.

Le système c’est nous, assassins en puissance.

Les amoureux sont condamnés

Les poètes suicidés.

Les savants ignorés.

La parole entre barbelés.

La famille folle.

Les pays prisonniers.

Seuls, nous sommes seuls, la souffrance est notre occupation.

Souffrir et faire souffrir.

Nous crachons et recrachons à nos figures jusqu’à notre  dernier soupir.

Nous avons les yeux ouverts et la conscience endormie par des mensonges répétés à l’infini.

Nous sommes la vérité de notre éternelle paresse de volonté.

Nous ne sommes pas encore sortis de la bestialité.

L’idiotie est notre chemin.

Notre race animale a moins d’esprit que toutes les races animales, végétales, minérales…

Nous ne méritons pas de vivre.

Les prophètes annoncent ce que nous attendons.

La fin est la fin de notre monde.

Restera le sourire de la Joconde.

 

Pierre Marcel MONTMORY trouveur

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