Recul social : l'INSA souhaite augmenter les frais d’inscription jusqu'à 2500€ par an

La direction justifie cette hausse par la mise en place d'actions en faveur de la diversité. Cependant, au regard de l'histoire, cette hausse n'a rien d'anodine en étant dans le prolongement d'une politique lente et continue du désengagement de l'Etat. La façon dont cette réforme est proposée par la direction laisse largement penser que la diversité n'est pas l'unique objectif de cette réforme.

Recul social : l'INSA souhaite augmenter les frais d’inscription jusqu'à 2500€ par an

Le groupe INSA est un ensemble de 7 grandes écoles françaises d'ingénieur, publiques, sous la tutelle du ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation (MESRI). Chaque année en France, 10% des nouveaux ingénieurs et ingénieures diplômées proviennent de ces écoles. Le groupe accueille aujourd'hui plus de 16000 étudiants. 

Fondé en 1957, l’INSA affiche ouvertement des valeurs d'excellence et d'humanité, se voulant une formation de qualité accessible à toutes les couches de la population. Aujourd'hui le groupe met en avant sur son site et dans ses plaquettes que « Nous demander si c’est humainement souhaitable est plus important que de nous demander si c’est techniquement possible ».

Cependant, coup de théâtre en mars 2021, le groupe a l'air de trouver humainement souhaitable d'augmenter les frais d’inscription jusqu'à 2 500€, en fonction du revenu des parents, au lieu de 601€ pour tout le monde aujourd'hui (hors boursiers). Cette augmentation interviendrait à l'instar de celle  à Centrale Marseille en 2018 (2500€), des Mines ParisTech en 2018 (3500€) et de nombreuses autres écoles d'ingénieures publiques : IMT Lille-Douai (2150€), Télécom ParisTech (2650€). La volonté d’augmentation des frais d’inscription est nationale, quasiment toutes les directions des écoles d’ingénieurs s’y mettent, récemment les Arts et Métiers ont failli y passer et les INP seraient aussi sur le sujet, comme ce fut déjà le cas en 2019. C'est aussi le cas de longue date pour Science Po qui avait commencé à 4000€ en 2004 et qui est aujourd'hui jusqu'à 18 000€, avec un tarif moyen de 6750€ en master.

Nous noterons que cette politique d’augmentation des frais d’inscription est dans la continuité de la politique nationale d'augmentation des frais d'inscription pour les étudiants étrangers avec le projet “Bienvenue en France”.

Alors qu’est-ce qui justifie que la direction de l’INSA propose tout à coup une augmentation des frais d’inscription allant jusqu’à les quadrupler ?
Comme nous pouvons le lire dans cet article de l’INSA Lyon et dans ce communiqué de l'Association des Étudiants de l'INSA : l’Institut Gaston Berger (IGB) a sorti en décembre 2020 une étude montrant que l'accessibilité de l'INSA aux classes les moins favorisées est en baisse depuis au moins 10 ans, passant par exemple de 36,6% de boursiers en 2012 à 29,6% en 2019. Forte de ce constat, la direction de l’INSA a travaillé seule de son côté pendant 3 mois et a présenté en mars 2021 à l’ensemble de la communauté INSA à la fois le constat de l’étude de l’IGB et les mesures que la direction a envisagées pour contrer ce déclin de diversité sociale.

Les actions proposées, encore vagues à ce moment, sont :

  1. des aides financières : bourses de vie pour les étudiants les plus défavorisés
  2. des dispositifs d’accompagnement renforcé au sein des INSA et dans le secondaire (cordées de la réussite, nouvelles modalités de recrutement, ...)
  3. une amélioration des conditions d’étude et d’enseignement au niveau humain et matériel

Les modes de financement proposées sont :

  1. l’augmentation des droits d’inscription jusqu’à 2500€, échelonnés en fonction du quotient familial
  2. les dons (mécénats, alumnis)
  3. une sollicitation des pouvoirs publics

La direction explique au passage que les INSA n’ont pas de besoins financiers particuliers et que ces nouveaux modes de financement ne sont destinés qu’à financer les actions pour la diversité.

A la fin de la conférence, la direction de l’INSA présente le calendrier qu’elle impose :

Extrait du webinaire du groupe INSA le 23 mars 2021 Extrait du webinaire du groupe INSA le 23 mars 2021

Qu'y a-t-il de problématique dans tout ça ?

Nous pouvons déjà à ce stade remarquer plusieurs choses.

Premièrement, d’après des élus étudiants, des comptes rendus de CA et des syndicats, la volonté d’augmenter les frais d’inscription traîne dans les couloirs depuis de nombreuses années, et ce, indépendamment de toute “rénovation du modèle social". Comment ne pas alors penser que la réforme du modèle social n’est que le prétexte pour faire passer cette augmentation ? Cette explication est d’autant plus réaliste que depuis une dizaine d'années et d'avantage encore depuis 5 ans, la même politique d’augmentation des frais d’inscription a lieu partout en France, à chaque fois pour des raisons différentes, mais elle a lieu. Cette proposition d’augmentation des frais d’inscription n’a rien d’une coïncidence, elle est la mise en œuvre d’une volonté politique et idéologique globale bien loin des valeurs de l’INSA. La note de Robert Gary-Bobo de 2016, révélée par les MacronLeaks, est sans équivoque et je vous invite à la lire en intégralité « Comment faire passer la pilule de la hausse des droits d’inscription ? » « Y aller doucement mais commencer tout de suite avec les droits d’inscription » « Instaurer la sélection mine de rien » « Il faut bannir du vocabulaire les mots de concurrence et d’excellence, détestés par les syndicats d’enseignants et d’étudiants. Remplacer ces mots systématiquement par ouverture et diversité. ».
C’est une volonté politique dont l’existence est irréfutable et dont les directeurs, en proposant cette hausse des frais d'inscription, ne sont au mieux que de simples instruments. Dans la suite de l’article, nous verrons les indices qui laissent penser que la volonté principale des directeurs est bien d'avantage la hausse des droits d’inscriptions que la “diversité” au sein de l’école.

Deuxièmement, la direction de l’INSA a orienté la réflexion vers la hausse des droits d’inscription dès le départ. En travaillant seule de son côté pendant 3 mois sur une “solution” toute faite avant de mettre au courant la communauté INSA en mars 2021, le travail a été prémâché et n'a plus qu'à être repris tel quel. Dans ce travail prémâché la hausse des frais d’inscription est un incontournable et les commissions de travail sont maintenant censées reprendre ce travail et le détailler pour qu’en sorte une version applicable et votable. Officiellement les commissions de travail pourraient proposer d’autres façons de faire, mais dans la réalité les élus étudiants présents dans ces commissions pointent du doigt l’absence totale de réflexion sur la hausse des droits d’inscription. Il n’est pas facile, pour ne pas dire presque impossible, de s’écarter de la réflexion de départ donnée par la direction, où la structure de la réforme est déjà définie.
Il aurait été souhaitable que le travail soit effectué dès le départ par les commissions rassemblant une diversité de points de vue, en partant d’un terrain neutre. On ne peut s'empêcher de remarquer qu’en partant d’un terrain neutre, la question de la hausse des frais d’inscription aurait alors eu beaucoup plus de mal à trouver sa place.

Troisièmement, le délai de réflexion est extrêmement court (avril-juillet), empêchant un travail de réflexion et de fond sérieux. Pourquoi un tel délai ? M. Fotiadu, directeur de l’INSA Lyon, explique que c’est pour que la réforme soit applicable en 2022 (en prenant en compte le calendrier de parcoursup) et pour profiter du gouvernement actuel, favorable à cette réforme et qui doit la valider. On ne peut que le croire en effet puisque le gouvernement est en faveur du retrait de l'État, ce qui questionne d’ailleurs sur l’origine de cette réforme. Dans tous les cas, une telle réforme ne devrait pas se faire dans la précipitation, quand bien même certaines personnes jugent qu’il y a des opportunités politiques. C’est une réforme sans précédent et pour le temps long qui peut bien attendre 2023 afin d’être correctement réfléchie. Il faut laisser le temps à la communauté INSA de se renseigner, de jauger les effets et la pertinence. Les parties prenantes ont des choses à dire. Alors pourquoi un délai de réflexion si court ?
On remarque là aussi deux choses. Premièrement, avec un délai si court, il est difficile pour les commissions de construire des propositions alternatives à celles de la direction, les commissions manquent de temps et de données et les questions de fonds ne sont pas abordées. Deuxièmement, avec un délai si court, il est aussi plus difficile à toute opposition de se construire et de sensibiliser les différentes parties prenantes. Le calendrier n’a pas été établi de manière collégiale, les différentes parties prenantes n’ont pas participé à la préparation initiale de cette réforme, les propositions qui sortiront d’ailleurs des différentes commissions ne seront pas forcément reprises par la direction qui choisit seule ce qu’elle veut en garder. Finalement, un délai de réflexion si court, dans cette forme de démocratie où c’est la direction qui est au commande, ne peut pas conduire à une opposition concrète et légitime à la proposition de la direction d’augmenter les droits d’inscription.
On attendrait un travail plus sérieux, à la fois pour permettre à tous les points de vue d’exister et à la fois pour ne pas bâcler le travail sur les actions à mener pour améliorer la diversité à l’INSA. Il est question de faire des bourses : quel impact estimer ? On ne sait pas. Il est question de faire de la communication dans les lycées : quel impact estimer ? On ne sait pas. L’efficacité des actions n’est pas estimée, impossible donc d’estimer si les actions qui coûtent chères (justifiant pour la direction la hausse des frais d’inscription) seront réellement efficaces. En somme, les commissions n’ont pas les moyens d’effectuer sérieusement et correctement le travail qui leur a été donné, ce qui aurait pu conduire à une conclusion ferme opposée à la proposition de la direction d’augmenter les frais d’inscription. C’est la direction de l’INSA qui a mis en place ce fonctionnement de “démocratie” et qui en profite largement : dans la forme et pour toute personne extérieure, la démocratie est à l'œuvre, dans le fond, pas tellement.

Quatrièmement, il est extrêmement étonnant de voir la proposition d’augmentation des frais d’inscription si tôt dans la réflexion. Si la volonté première de la direction était d’améliorer la diversité à l’INSA, la hausse des frais d’inscription ne serait pas la première chose à laquelle elle penserait. C’est une mesure très lourde de conséquences, à la fois sur le plan humain (dépendance accrue à la famille, endettement étudiant, culpabilisation de vivre de l’argent des autres, liberté d’orientation diminuée etc.) et sur le plan idéologique. Nous nous rappelons du vent important de contestations lorsque le gouvernement a annoncé l’augmentation des frais d’inscription pour les étudiants étrangers, 17 universités avaient par exemple refusé d’appliquer cette augmentation. En 2012 déjà cette question faisait fortement débat, Isabelle Bruno, Maîtresse de conférence en science politique, expliquait alors dans le monde diplomatique Pourquoi les droits d’inscription universitaires s’envolent partout, sous-titré “Travail de sape idéologique contre la gratuité”.
Si la volonté première de la direction était d’améliorer la diversité à l’INSA, nous nous attendrions à ce qu’elle se focalise sur les pistes les plus prometteuses et les moins coûteuses, comme la modification de la politique de recrutement, avant d’envisager des mesures aussi lourdes et contestées que la hausse des frais d’inscription. Or ce n’est pas le cas. Pourtant, seuls 12% des candidats parviennent à entrer à l’INSA chaque année, montrant qu'un large pool de recrutement est disponible et permettrait de recruter des profils sous-représentés. Largement de quoi faire donc avant de proposer l’augmentation des frais et ce n’est pas la seule alternative.
Dans la tête de la direction, c'est clair, l'augmentation des frais d'inscription est indispensable. M. Raquet, Directeur de l'INSA Toulouse, l'a affirmé pendant un webinaire avec les étudiants où d'après lui, sans cette augmentation, les actions à mener seront forcément insuffisantes. Il est ainsi étonnant que cette affirmation de la nécessité d'aller jusqu'à quadrupler les frais d'inscription arrive si tôt et que la direction n'en démorde pas, sourde à toute autre façon de faire ou façon de voir les choses.

Cinquièmement, nous pouvons remarquer que la proposition de hausse des frais d’inscription est au milieu d’un ensemble de propositions plus ou moins pertinentes. Ainsi, si la mise en place de la réforme produit des effets positifs sur la diversité à l’INSA, il sera impossible de dire d’où cela vient. Il sera aussi et surtout impossible de mesurer les effets précis de la hausse des frais d’inscription. Impossible à attaquer, la hausse des frais d’inscription est alors entérinée dans le fonctionnement de l’INSA, quand bien même elle n’y aurait pas sa place. C’est d’ailleurs ce que suggère les expériences passées, que ça soit en Angleterre, aux États-Unis ou en France, la hausse des frais d’inscription n’a pas eu d’impact sur la diversité ou un impact négatif (éviction de la classe moyenne).

Sixièmement, dernièrement et pas des moindres, la direction de l’INSA a une vision vague des actions à mener mais a une vision très claire de comment les financer alors même que les actions ne sont pas budgétisées : augmenter les frais d’inscription jusqu’à 2500€. Dans le discours et les documents fournis par le groupe INSA, la hausse des frais d’inscription est un incontournable, qui a été réfléchi et qui a le droit à une section FAQ dédiée sur l’intranet. Cependant, les actions ne sont pas détaillées et ne sont pas budgétisées.
Nous remarquons alors que la réflexion a été dans le sens “Augmentons les frais d’inscription, que pouvons nous faire avec cet argent ?” et non dans le sens “Voici les meilleures mesures, budgétisées, lesquelles finançons-nous ?". Il paraît évident que si la direction était sincère dans sa volonté d'améliorer la diversité à l’INSA, elle réfléchirait d’abord à comment le faire avant de chercher à augmenter les frais d’inscription.
On remarque que cette logique de “augmenter les frais” puis “on fait quoi avec cet argent” se vérifie tout particulièrement avec le système de commissions de travail qu’impose la direction. Il y a les commissions “intra” et “inter”. Les commissions “intra” sont censées travailler sur les actions à mettre en place (et ont interdiction de parler des droits d'inscriptions) et les commissions “inter” sont censées travailler sur les moyens de financement, comme si les deux sujets étaient indépendants. En commission inter, si le seul but est de trouver de l’argent, forcément la hausse des frais d’inscription est une proposition valable. Cependant si les commissions sont fusionnées, le but n’est alors plus de trouver de l’argent, le but devient d’améliorer la diversité à l’INSA et éventuellement de trouver de l’argent s’il y en a besoin. Là encore, dans cette configuration, la proposition d'augmenter les frais d’inscription y apparaîtrait plus difficilement.

L’ensemble de ces éléments, non exhaustifs, donne déjà une idée du contexte dans lequel se met en place cette augmentation des frais d’inscription, sur lit de diversité. M. Raquet, Directeur de l’INSA Toulouse et Directeur du Groupe INSA, avoue ne pas pouvoir donner de garantie quant au fait que ces frais n'évolueront pas par la suite, il demande à le croire sur parole. M. Raquet dit qu’il pourra y avoir un contrôle social des étudiants dans les années qui suivent, cependant M. Raquet sait pertinemment qu’étudiants et directeurs ne sont que de passage à l’INSA et qu’à la prochaine génération rien n'empêchera de continuer les augmentations, comme c’est déjà le cas dans de nombreux établissements, en France et à l’étranger. Finalement, l’INSA se croirait bien particulière de faire figure d’exception à une hausse continue des droits d’inscription. C’est au contraire le fait, dès aujourd’hui, de ne pas augmenter les frais d’inscription qui la distinguerait fortement des autres écoles.
M. Raquet pense qu’échelonner les frais d’inscriptions, c’est faire mieux que les autres écoles et il s’en félicite. Or il fait exactement la même chose, moins brutalement, mais toujours dans la même direction. Que ce soit de sa volonté propre ou non, c’est la technique des petits pas qui est mise en place. On trouve une mention explicite de cette stratégie dans le rapport pour le Conseil d'Analyse Économique (qui conseille le premier ministre) fait par Aghion et Cohen en 2004 où il est écrit page 108/109 à propos des frais d'inscription : « Même moins drastique, il est évident que plus la réforme sera importante, plus elle se heurtera aux résistances syndicales et étudiantes » « Pour éviter de se heurter à un front de résistance interne et externe qui conduiraient à l’échec, la réforme doit être menée pas à pas, sans proclamation tonitruante ».
Nous en avons un bel exemple avec la hausse des frais d’inscription pour les étudiants étrangers, nommée « Bienvenue en France » qui ne devait servir qu'à améliorer l'accueil de ces étudiants. Cependant aujourd'hui, non seulement cet argent est identifié par le ministère comme moyen pour pallier le désengagement progressif de l'Etat, mais en plus, l'augmentation des frais d'inscription continue de se faire partout en France pour les étudiants français.
La note de Gary-Bobo est à citer aussi, car à la question “Comment faire passer la pilule de la hausse des droits d’inscription?” il préconise d’y aller “avec gradualisme”, “doucement mais commencer tout de suite avec les droits d’inscription” à 1 000€ en licence et jusqu'à 10 000€ ou moins "si cela paraît trop" pour les masters.

“C’est du fantasme !”

“C’est du fantasme !” disait M. Raquet lors d’une réunion avec les étudiants lorsque nous lui évoquions ces problématiques. “Nous sommes apolitiques et souhaitons uniquement l’amélioration de la diversité à l’INSA”. “Ce que vous voulez en faire, vous, c’est une question politique !” nous disait-il avec un ton sévèrement accusateur, en nous faisant comprendre que nous devrions avoir honte. Nous étions accusés de faire de cette question, une question politique. Or effectivement, c’est une question extrêmement politique qui questionne sur le modèle de société que nous souhaitons : d’un côté du spectre l’école gratuite et émancipatrice au service de la société (voire avec un salaire étudiant) et de l’autre la marchandisation des études et l’endettement étudiant aux services des intérêts privés, les écoles étant par ailleurs de plus en plus dépendantes des fonds privés via les partenariats et les mécénats d’entreprise.
David Flacher, chercheur à l’Université Technologique de Compiègne, voit dans l’endettement étudiant la volonté, pas seulement d’avoir un marché lucratif privé grâce au système de prêts, mais aussi de rendre dociles les étudiants sur le marché de l’emploi, qui endettés, n'auront d’autres choix que d’accepter les offres des grandes entreprises. Nous savons d’ailleurs à quel point les nouvelles générations sont de plus en plus réticentes à travailler pour le capital. Annie Vinokur rapporte qu'au cours d’un séminaire organisé à Sciences-Po en 2005,  Robert Gary-Bobo déclarait qu'un avantage supplémentaire du financement des études supérieures par l'emprunt était que les jeunes, arrivant sur le marché du travail endettés, ne pourraient pas épargner pour acheter un logement et fonder une famille et par conséquent seraient plus mobiles.


Je conseille fortement de visionner l’intervention de 10 minutes de M. David Flacher à la journée de travail sur la hausse des frais pour les étudiants étrangers organisée au Sénat le 19 janvier 2019. Il y expose de manière très claire le calendrier politique qui se met en place et comment la hausse des droits d’inscription pour les étudiants étrangers allait inévitablement mener à une hausse pour les étudiants français. Son intervention me paraît particulièrement en phase avec ce qu’il se passe à l’INSA :

David Flacher : la hausse des frais universitaires pour les étrangers, une menace pour tous

Cette volonté de hausse des frais d'inscription n'est pas si étonnante non plus pour Aurélien Casta, docteur en sociologie et auteur de Un salaire étudiant, Financement et démocratisation des études. Interviewé par Bastamag en septembre 2020 à propos de la hausse des frais pour les étudiants étrangers, il en ressortait que « Les étudiants étrangers non-européens devront désormais débourser plusieurs milliers d’euros pour étudier en France. C’est la première étape d’une hausse généralisée pour tous les étudiants, comme le montre l’expérience britannique. La revendication d’un accès gratuit à l’université, voire d’un salaire étudiant, reste d’actualité pour contrer ces inégalités. ». L'Assemblée Nationale a d'ailleurs failli adopter le salaire étudiant en 1951. L'interview est disponible ici.

Ainsi, toute personne se renseignant sur le sujet le reconnaîtrait très vite : la crainte que la réforme ne soit qu’un prétexte pour mettre en place l’augmentation des droits d’inscription est loin d’être un fantasme. Un projet politique auquel nombre d'entre nous (étudiantes, alumni et enseignants) n'adhérons pas est en train de se mettre en place, déguisé par des éléments de communications et un faux-semblant de co-construction.

Pour terminer, je ne peux m’empêcher de montrer à quel point l’école se transforme pour les intérêts privés par ce petit exemple : lorsque j’étais élu étudiant à l’INSA de Toulouse, j’ai eu la surprise de découvrir qu’afin de combler les trous du budget de l’INSA, l’INSA a mis en place dans certaines spécialités des projets de semestre où les étudiants doivent travailler pour des entreprises, sur des sujets bien précis. Les entreprises paient l'INSA plusieurs milliers d'euros pour avoir cette force de travail et les étudiants ne touchent rien, ils ne sont d’ailleurs pas au courant de l’arrangement financier sous-jacent. Loin d’un simple partenariat sans argent (qui pourrait déjà être problématique) l’INSA met ainsi en place du travail dissimulé en faveur des entreprises pour combler son propre budget. Bien que le budget dégagé reste faible en comparaison du budget total de l’INSA, cette pratique pose de sérieuses questions. Les mêmes questions que posent l’ensemble de l’exposé ci-dessus :


Où est l’école publique gratuite, émancipatrice, qui forme des étudiants qui changeront la société avec leur propre vision ? Où est l’école financée par les impôts qui n’a d’autres intérêts que les intérêts communs ? Quel est notre modèle social national et où est-ce que cette réforme de l’INSA nous emmène-t-elle ?

Pierre Noël, diplômé de l'INSA Toulouse en 2017


Pour aller plus loin, je conseille l’excellent livre du collectif ACIDES “Arrêtons les frais : pour un enseignement supérieur gratuit et émancipateur” : https://www.placedeslibraires.fr/livre/9782912107800-arretons-les-frais-pour-un-enseignement-superieur-gratuit-et-emancipateur-collectif-acides/

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