Vade mecum pour la Démocratie

ProlégomènesLa démocratie est exigeante. Elle se mérite.Exercer son droit de vote lors d'une grande consultation nationale comme l'élection présidentielle, cela requiert un minimum de préparation.C'est bête comme chou mais la première étape, indispensable, est de s'inscrire sur les listes électorales avant le 31 décembre de l'année précédant le scrutin.Traditionnellement les pouvoirs publics, pour ne pas dire le parti au pouvoir, lancent à l'approche des grands scrutins nationaux des campagnes d'information civique appelant les citoyens, en particulier les jeunes, à s'inscrire sur les listes électorales.Fin 2011, cela n'a pas été fait. Tiens tiens ! Et pourquoi donc ?N'aurait-on plus envie que les citoyens se préparent à cette grande échéance électorale ?Il est clair en tout cas que des citoyens non préparés tomberont beaucoup plus facilement dans un certain nombre de panneaux (et je ne parle pas ici des panneaux électoraux !). 

Prolégomènes

La démocratie est exigeante. Elle se mérite.

Exercer son droit de vote lors d'une grande consultation nationale comme l'élection présidentielle, cela requiert un minimum de préparation.

C'est bête comme chou mais la première étape, indispensable, est de s'inscrire sur les listes électorales avant le 31 décembre de l'année précédant le scrutin.

Traditionnellement les pouvoirs publics, pour ne pas dire le parti au pouvoir, lancent à l'approche des grands scrutins nationaux des campagnes d'information civique appelant les citoyens, en particulier les jeunes, à s'inscrire sur les listes électorales.

Fin 2011, cela n'a pas été fait. Tiens tiens ! Et pourquoi donc ?

N'aurait-on plus envie que les citoyens se préparent à cette grande échéance électorale ?

Il est clair en tout cas que des citoyens non préparés tomberont beaucoup plus facilement dans un certain nombre de panneaux (et je ne parle pas ici des panneaux électoraux !).

 

Après s'être assuré qu'on est bien inscrit sur les listes, voici la deuxième étape nécessaire pour bien voter.

Il s'agit de faire un minimum d'efforts - hé oui j'ose prononcer ce mot - pour suivre la campagne électorale dans les médias et, pourquoi pas, en se déplaçant pour quelques réunions ou meeting.

Pour ce qui est des médias, on s'efforcera d'élargir son champ de vision pour lire des articles dans des journaux de tendances diverses. C'est ainsi qu'on se forge sa propre opinion.

Pour cela, il aura fallu remettre en question méthodiquement ses préjugés personnels, douter de la pertinence de ses opinions, parfois anciennes, sur l'un ou sur l'autre. Ces opinions étaient-elles bien fondées ? Ce candidat ou cette candidate n'a-t-il pas changé depuis l'élection précédente où il ou elle était déjà candidat(e). Changer vraiment, c'est rare mais ça arrive !

Évidemment, si une préférence peut se dessiner en faveur d'un candidat, il sera bien rare que l'on puisse être d'accord avec celui-ci sur tous les sujets, nombreux, qui peuvent être abordés dans une campagne électorale.

Il pourra donc arriver qu’étant d'accord avec un candidat sur de nombreux sujets de fond, on soit a priori en totale opposition sur une question et même avoir à son sujet une réaction première très épidermique, pouvant aller jusqu'au rejet du candidat pour cette seule raison.

Eh bien, il faut savoir surmonter cette réaction épidermique première pour se demander si le sujet est vraiment si important que cela ou bien si, finalement, il n'est tout de même pas abordé de manière plus mesurée ou plus intelligente par ce candidat là que par d'autres semblant aller dans le même sens.

Bref, à tout instant, il faut s'efforcer de raisonner avec calme et bon sens en faisant effort pour discerner l'essentiel de l'accessoire.

Bien sûr, dans l'essentiel, je range la nécessaire recherche chez les candidats d'un authentique sens ou désir de l'intérêt général du pays.

Indépendamment de son ressenti à l'égard des candidats et te l'adhésion au programme de l'un ou l'autre d'entre eux, l’électeur aura aussi à composer avec les pressions intellectuelles ou morales que ne manqueront pas d'exercer les "grands candidats"  qui invoqueront l'impérieuse nécessité du vote utile au premier tour.

Certes, le mode de scrutin en place pour l'élection du Président de la République en France est loin d'être idéal.

Même si j'ai quelques idées ou pistes de réflexion dans la perspective d'éventuelles réformes, je n'ai pas l'intention de les aborder ici, car le sujet est complexe.

Je me bornerai à observer que, malgré les expériences du passé, en particulier en 2002, il n'est jamais question sérieusement de modifier ce système électoral.

Faut-il en déduire que ce système arrange les uns et les autres jusque dans ses failles les plus criantes ?

La réponse est sans doute positive : tous les sept ans, puis maintenant tous les cinq ans, c'est la même chose, avec une pléthore de candidats au premier tour.

Tout ce beau monde se retrouve dans l'entonnoir du scrutin majoritaire à deux tours qui ne laisse passer, par un tout petit trou, que les deux candidats arrivés en tête au premier tour.

Même si ça a tendance de plus en plus à frôler le jeu de hasard, pour des raisons diverses personne ne semble s'autoriser à émettre sérieusement une critique à ce sujet.

En réalité, pour les deux grands partis, les choses sont claires : la large ouverture des candidatures, régulées seulement par les fameuses 500 signatures, et le nombre des candidats qui en résultent - une quinzaine à chaque fois - contribuent à donner l'illusion d'un jeu démocratique très ouvert.

Le mode de scrutin pour le deuxième tour et l'appel au vote utile au premier sont censés faire le reste efficacement et restreindre les possibilités d'alternance aux seuls deux grands partis : l'UMP et le PS.

À force de tourner les yeux vers l'autre côté de l'Atlantique, une bonne partie de la classe politique française semble de plus en plus séduite par le bipartisme.

La quasi institutionnalisation des primaires au parti socialiste, imité dans cinq ans, nous dit-on, par l'UMP, va dans ce sens.

C'est seulement lorsque ces primaires seront entrées dans les mœurs à droite comme à gauche qu'on songera à modifier la loi électorale.

Car, à ce moment-là, une autre façon d'exercer la démocratie, par ces primaires, pourra justifier qu'on "ferme le robinet" afin de ne plus admettre la pléthore de candidats que j'évoquais plus haut.

Eh bien je suis intimement convaincu que notre démocratie n'a rien à gagner dans cette évolution qu'on lui prépare manifestement.

Avec elle, je crains qu'on s'éloigne encore un peu plus d'une démocratie authentique pour se rapprocher d'une démocratie de façade, qui satisfait avant tout ceux qui l’organisent et, accessoirement, les électeurs à la vue trop courte.

C'est devenu quasiment un lieu commun que de dire que le véritable pouvoir n'est plus politique mais avant tout économique et, surtout, financier.

A bien y réfléchir, le système des primaires à l'américaine n'est-il pas un mécanisme idéal pour favoriser l'émergence de deux candidats qui soient également acceptables, l'un comme l'autre, par les détenteurs de ce pouvoir réel ?

Je suis convaincu que la réponse est positive. Autrement dit : avant même l'élection finale du Président des États-Unis par les grands électeurs, l’essentiel est acquis, quel que soit le candidat désigné.

Souhaitons-nous reproduire ce système en France ?

Il est temps de se poser la question.

D'ailleurs, nous sommes d'ores et déjà si peu éloignés de ce système que nous avons bien failli connaître un choix de deuxième tour en 2012 tout à fait dans cet esprit.

Je veux parler de l'hypothèse où nous aurions eu, face-à-face au deuxième tour, Nicolas Sarkozy et Dominique Strauss-Kahn.

Pour ma part, je partage l'analyse de tous ceux qui ont perçu que ce dernier n'avait de socialiste que le nom.

Autrement dit, pour les vrais détenteurs du pouvoir, à savoir la ploutocratie de ceux qui ont entre leurs mains les grands établissements financiers mondiaux, les agences de notation et les conseils d'administration des multinationales, la victoire de Dominique Strauss-Kahn au deuxième tour, comme celle de Nicolas Sarkozy, aurait constitué une excellente nouvelle.

A la lecture de ces quelques lignes certains seront d'accord ou pas d'accord, ou incrédules ou encore penseront que je suis un membre ou un sympathisant du NPA.

Que nenni.

Mes idées ou préférences politiques n'ont pas d'intérêt ici. Et je ne vous les livrerai donc pas.

Mon seul but aura été de vous amener à réfléchir, à prendre conscience des enjeux réellement importants des grands scrutins qui sont devant nous, afin que vous les abordiez sans a priori et avec un solide esprit critique, nourri par un non moins solide bon sens.

Je ne sais pas si vous l'avez remarqué, mais ce dernier fait souvent cruellement défaut…

 

 

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