2 DÉCEMBRE 1851 – 2 DÉCEMBRE 2017 : 166 ans déjà et toujours la même politique

Coup d'Etat du 2 décembre 1851 © Pierre Reynaud Coup d'Etat du 2 décembre 1851 © Pierre Reynaud

Pour beaucoup de citoyens, le 2 décembre est une date comme tant d'autres, sauf qu'elle se situe à trois semaines des fêtes de Noël, une grande période de plaisirs et de jouissance pour les enfants et les adultes, mais bien éloignée aujourd'hui des traditions religieuses et de la foi chrétienne.

Et pourtant, le 2 décembre ne devrait pas nous laisser totalement indifférents, puisque cette date marqua à une époque précise la fin du système républicain existant.

Rappelons brièvement les faits.

En 1848, les Français très mécontents de leur souverain Louis-Philippe 1er qui règne sur la France depuis 1830, provoquent une révolution nationale obligeant le roi à abdiquer le 24 février. Le même jour, la Seconde République est proclamée.

Après avoir participé à plusieurs campagnes électorales en 1848 et s'être fait élire dans plusieurs départements comme la loi le permettait alors, Louis Napoléon Bonaparte se présente à l'élection présidentielle, la première au suffrage universel masculin en France.

Le 10 décembre 1848, il est élu président avec 74 % des voix et devient ainsi à 40 ans, le premier président de la République française et le plus jeune de l'histoire de France, avant l'élection en 2017, d'Emmanuel Macron âgé seulement de 39 ans.

Mais qui est Louis-Napoléon Bonaparte ?

Le nouveau président n'est autre que le neveu de Napoléon 1er qui fut empereur des Français de 1804 à1814. En exil pendant plusieurs années, et après une tentative de soulèvement Strasbourg, sa vie sera assez chaotique et plutôt compliquée, avant d'accéder finalement au pouvoir suprême.

Élu pour 4 ans, ses ambitions ne vont pas s'arrêter uniquement au palais de l'Elysée, nouvelle demeure officielle choisie par sa seule volonté, de préférence au Palais des Tuileries et au Palais Royal, véritables symboles d'une monarchie passée.

En confrontation constante avec les députés de l'Assemblée Nationale avec lesquels il n'arrive pas à trouver des accords notamment sur la révision constitutionnelle, Louis-Napoléon Bonaparte sait qu'il doit quitter le pouvoir en décembre 1852, la constitution de l'époque ayant établi la non-rééligibilité du président.

C'est à ce moment-là que débute la marche vers le coup d'État. Louis-Napoléon voit son pouvoir réellement menacé par ses opposants et par un nombre important de députés ayant refusé de rallier sa cause. Il décide alors de fixer lui-même la date du coup d'État au 2 décembre 1851, jour anniversaire du sacre de Napoléon 1er en 1804 et de la victoire de la bataille d'Austerlitz en 1805. L'opération est baptisée Rubicon.

Dans la nuit du 1er au 2 décembre, les troupes prennent possession de la capitale, occupent les imprimeries (notamment pour empêcher les journaux républicains de paraître) et procèdent aux premières arrestations de 78 personnes parmi lesquelles figurent 16 représentants du peuple.

Vers 6 h 30, des proclamations sont placardées sur les murs de Paris.

Prétextant la crise politique que subit la Nation, Louis-Napoléon Bonaparte dénonce l'Assemblée parlementaire et lui oppose la légitimité qu'il a lui seul reçue de tout le pays lors de son élection présidentielle en 1848.

Dans un « appel au peuple » à destination de tous les Français, il annonce une réforme de la constitution tout en préservant aux citoyens les droits acquis en 1789.

Parmi les décrets publiés, l'un d'eux impose notamment la dissolution de l’Assemblée nationale et le rétablissement du suffrage universel masculin qui avait été aboli.

Bien évidemment, la riposte ne se fait pas attendre et certains républicains comme Victor Hugo ou le journaliste Victor Schœlcher tentent de soulever les quartiers populaires de Paris, sans grand succès, hélas. En fait, les insurgés sont peu nombreux et ils ne dépassent guère les 1.000 hommes dans l'opposition faite au président de la République. Clairement, cette même république ne résiste pas et la journée du 4 décembre est marquée par la fusillade des grands boulevard parisiens. Au final, 400 personnes auront été tuées pour avoir voulu défendre les valeurs républicaines. Parmi ces victimes, figure l'un de mes ancêtres, Louis Reynaud, avocat et républicain convaincu, mort sous le feu des soldats de la division Canrobert.

En province, la nouvelle du coup d'État se diffuse un peu partout dans toute la France. Mais, contrairement à Paris, les grandes villes ne réagissent guère ou même pas du tout.

Seul, un véritable mouvement de résistance se développe dans les petites villes et les campagnes du Sud-Est ou de la vallée du Rhône. Ainsi, c'est dans le département des Basses-Alpes (aujourd'hui Alpes de Haute-Provence) qu'a lieu un véritable soulèvement avec une importante action aboutissant sur la création d'un comité départemental de résistance. Ce comité va administrer la préfecture du 7 au 10 décembre 1851 avant que l'armée mette un terme à cette rébellion.

Victor-Léon Reynaud, frère de Louis Reynaud, l'avocat insurgé, participe aussi aux soulèvements républicains. Il demeure à l'époque à Forcalquier, petite sous-préfecture des Basses-Alpes et combat aux côtés de Marius Debout, une grande figure réfractaire au coup d'État. Mais tous deux sont vite neutralisés comme la plupart de leurs camarades. Ils seront déportés en Algérie jusqu'en 1853 avant de pouvoir regagner plus tard le continent français.

Louis-Napoléon Bonaparte, fort de cette victoire sur le peuple, prend les pleins pouvoirs et abolit la République en proclamant le Second Empire le 2 décembre 1852, un régime constitutionnel qui disparaîtra le 4 septembre 1870 par la défaite de Sedan lors de la guerre contre la Prusse.

Après 166 années faites d'espérances, de progrès et d'essor démocratique, mais aussi de drames et de malheurs, la République d'aujourd'hui peut-elle résister à lapression des évolutions politiques et sociales ?

À vrai dire, la République est à bout de course et son avenir ne tient qu'à un fil.

La dernière élection présidentielle a démontré parfaitement que la stabilité de la machine républicaine était mise à mal. Aujourd'hui, on peut considérer que la France est sur le déclin politique et qu'elle laissera la place d'ici quelques années à un régime de gouvernement qui n'aura plus de lien avec les valeurs fondamentales de la République.

Bien entendu, les citoyens ne se rendent pas vraiment compte de la déchéance démocratique. Les débats sur l'égalité entre hommes et femmes ou encore les projets d'une société nouvelle et prometteuse, ne sont que des arbres virtuels qui cachent une forêt dangereuse et destructrice.

Alors, au risque d'être pris pour un défaitiste, je ne cache pas ma très grande inquiétude pour l'avenir de la France et de l'Europe.

Le régime politique de la France étant devenu depuis longtemps une république monarchique, il ouvre maintenant les portes aux extrémistes de droite ou de gauche.

Pire encore … La France laisse largement place au djihadisme qui s'installe dans les cités, dans les banlieues et même dans les campagnes. Et nous ne sommes plus en mesure de pouvoir nous protéger de ces calamités, l'Europe glissant elle-même vers le fascisme ou le fondamentalisme dont les effets entraîneront une catastrophe planétaire.

Le terrorisme pro-nazi ou le terrorisme islamique vont détruire la République et ruinerons les nouvelles générations. Et personne n'a conscience des douloureuses épreuves qui nous guettent, le citoyen se réfugiant derrière le vide des mots à la mode : mondialisation, sexe, égalité, mixité, intégration, migration, solidarité, etc … Non pas que ces termes n'aient pas, en eux-mêmes, une grande valeur humanitaire : bien évidemment, ils peuvent faire rêver encore, et chacun de nous, à un moment de notre existence, a aspiré à la construction d'un monde reposant sur la fraternité et sur la paix.

Mais les intérêts de la grande finance internationale s'opposent fortement à toute avancée qui soulagerait le triste sort des peuples. Et comme ces derniers ne réagissent plus, la démocratie vacille au risque de revenir rapidement à la période noire des années 30.

Alors, où en sommes-nous en ce début du 21 ème siècle ?

En analysant les faits, nous voyons que le Second Empire de Napoléon III n'a pas été aussi néfaste que ses détracteurs ont bien voulu le dire. Et faut-il le préciser, notre Cinquième République ressemble fortement à cette époque napoléonienne que la nation française a tenté d'oublier comme une parenthèse affligeante de notre grande Histoire.

À la différence que le Second Empire a été nettement plus prospère que les trois dernières décennies de notre Cinquième République et par ailleurs, certainement pas moins libéral.

Alors, notre système républicain sert-il à quoi ? À rien, disent certains et sur ce point, ils n'ont pas tort. Et c'est la raison pour laquelle, l'abstention gagne du terrain à chaque élection.

Bien avant ses adversaires, Emmanuel Macron a parfaitement compris le fonctionnement de la politique nouvelle. Il a lui-même inventé ce genre avant-gardiste de politique en construisant un outil de division si performant qu'il a pu éliminer toute forme d'opposition : disparition programmée du Parti socialiste, décadence des Républicains, délabrement du Front National.

A l'heure d'aujourd'hui, Emmanuel Macron reste désormais le seul maître à bord, comme ce fut le cas en 1848 pour Louis-Napoléon Bonaparte futur Napoléon III, vainqueur en son temps de toutes les coalitions, qu'elles fussent républicaines ou royalistes.

Pierre Reynaud

 

 

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