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Billet de blog 4 déc. 2020

Pourquoi des chasseurs tuent des gens?

La mort d'un jeune homme le 2 décembre dans le Lot, abattu lors d'une chasse aux sangliers alors qu'il coupait du bois non loin de sa maison, nous rappelle tragiquement le risque d'autoriser un million d'amateurs à jouer avec des armes à feu dans la nature.

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Les chasseurs ne sont pas qualifiés

Quels que soient leur bon vouloir et leur sincérité, ils ne sont ni des professionnels des armes, ni des professionnels de la nature mais de simples citoyens exerçant leur passion, celle de tuer des animaux. Les chasseurs sont structurellement incompétents. N'importe qui peut obtenir assez facilement un permis de chasse qui équivaut dans les faits à ce qui est - fort heureusement - interdit pour les autres citoyens qui parcourent la campagne : le port d'arme.

Leur formation est dérisoire

L'examen du permis de chasse ne garantit pas que son titulaire sache vraiment utiliser un fusil. La formation apporte des rudiments de connaissance sur son maniement et les gestes élémentaires de sécurité, mais les chasseurs n'apprennent pas à viser en conditions proches du réel. Le permis n'apporte pas non plus de compétences de terrain en matière de faune sauvage, au-delà de quelques quiz. En fait, les chasseurs n'apprennent pas à chasser.

On ne s'improvise pas tireur

Des oiseaux encore en vie et criblés de plombs, depuis des mois parfois, sont régulièrement retrouvés et apportés en centres de soins pour la faune sauvage, alors même que la probabilité est extrêmement faible de trouver un oiseau blessé. Autrement dit, c'est la partie visible d'un phénomène de grande ampleur, inhérent à la pratique d'une chasse de "loisir" : les chasseurs blessent des millions d'animaux parce que beaucoup de pratiquants ne souhaitent pas ou ne savent pas être plus précautionneux.

Les chasseurs sont partout

Il est très compliqué si ce n'est impossible pour un citoyen qui part se promener de trouver les informations précisant où et quand ont lieu les chasses dans les environs. Le fouillis et l'enchevêtrement des multiples réglementations nationales, départementales et plus locales noient tout citoyen non rodé à leur décryptage. Même les mairies de villages sont bien souvent dans l'incapacité de renseigner leurs administrés sur les modalités d'organisation des parties de chasse dans la commune. 

Les bandes désorganisées

Bien que la plupart des chasseurs sont évidemment attentifs et soucieux de ne blesser personne, le nombre de pratiquants et leur dispersion dans toutes les campagnes sont tels qu'il suffit d'une petite proportion moins scrupuleuse parmi ces tireurs amateurs pour causer régulièrement des drames. Les ambiances de pseudo-virilité tapageuse lors de certaines battues n'aident pas à calmer les ardeurs des plus dangereux.

Les chasseurs se tuent surtout entre eux

La plupart des victimes humaines des chasseurs sont leurs compagnons de battue, pour la simple raison que les autres citoyens désertent tant que possible les lieux à la vue des gilets oranges. Les ruraux, majoritairement opposés à la chasse, connaissent le danger que peuvent représenter les porteurs de fusils et font tout pour les éviter. Les accidents sont majoritairement liés au non-respect des règles élémentaire de sécurité.

Les contrôles sont très faibles

Les agents de l'État, à travers l'Office français de la biodiversité, sont très peu nombreux dans chaque département à être missionnés sur le terrain pour le contrôle du respect des règles de chasse. Un porteur de fusil a toutes les chances de ne pas en croiser un seul au cours de toute sa saison, par simple manque d'effectifs.

Les peines sont plutôt légères

On dit parfois que certains accidents de chasse sont des meurtres prémédités et déguisés. C'est vraisemblablement très marginal et quoi qu'il en soit, force est de constater que le risque judiciaire encouru par le tireur - accidentel ou non - est relativement faible si la victime est tombée à l'occasion d'une partie de chasse. Il arrive même fréquemment que la justice ne lui retire pas son permis à vie. La passion de tuer des animaux, qui ne rassemble certes plus qu'une infime partie de la population, a encore quelques beaux jours devant elle. Jusqu'à quand ?

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