Lettre à l'évêque de Gap qui s'attaque aux loups

Monseigneur Malle, évêque de Gap (Hautes-Alpes), veut "réguler" les loups pour défendre les éleveurs ovins. Faut-il défendre l'agneau de Dieu contre la nature ? Les abattoirs contre les loups ?

Xavier Malle, évêque de Gap Xavier Malle, évêque de Gap

Monseigneur Malle,

Vous écrivez à plusieurs reprises sur les réseaux sociaux qu’il faut « réguler » les loups. Ils représentent selon vous une « catastrophe ». Monseigneur, il y a environ 500 loups en France. Ne sommes-nous pas capables de coexister ?

Il y a aussi 7 millions de moutons. Vous prenez la défense des éleveurs. « Qui entendra leur cri ? », écrivez-vous. Je ne sais pas si un dieu l’entend, mais il se trouve que la collectivité humaine entend fort bien le cri des éleveurs, dans la mesure où la société toute entière les aide abondamment, depuis longtemps.

Les éleveurs ovin-viande des Alpes du sud dont vous parlez vivent essentiellement de subventions publiques. Elles représentent 50 à 80% de leurs revenus. En plus, les éleveurs sont subventionnés pour protéger leur troupeau contre la prédation : achat de clôtures, de chiens de protection et de leur nourriture, salaire des bergers, réfection des cabanes pastorales, radios de communication, etc. En plus, les éleveurs sont indemnisés pour toute prédation imputée au loup, même sans preuve, et même s’ils n’ont mis en œuvre aucun moyen de protection de leur troupeau alors qu’ils étaient précisément subventionnés pour le faire.

Monseigneur, entendez-vous le cri des brebis ? Pas celles de votre église. Les vraies brebis et leurs agneaux, qu’on tue par millions dans les abattoirs. Les trois à quatre millions d’ovins qu’on égorge tous les ans en France, pendus au crochet de ces hangars infernaux. Les agneaux que les éleveurs sud-alpins font naître pour l’assiette de Pâques. Les agneaux retirés à leur mère pour finir en barquette.

Les entendez-vous bêler, s’accrocher à la vie quand on les jette dans le camion qui les emmène vers la mort ? Près de votre diocèse, connaissez-vous l’odeur à l’abattoir de Sisteron, le plus grand tueur d’agneaux de France, « label rouge » du sang versé ? Cette puanteur atteint-elle l’au-delà ? Elle est en tout cas perceptible au-delà des murs de cet enfer, par toute narine humaine. Un œil omniscient voit-il la souffrance dans les abattoirs français ? Des vidéos la montre ; jetez-y un œil.

Les loups tuent pour se nourrir. Ils n’ont pas le choix. Les éleveurs ont le choix de faire naitre des agneaux pour les faire tuer. Ils ont le choix de faire paître leur brebis grâce à de l’argent public. Ils ont le choix de les protéger contre des loups intrusifs, qui vont au plus facile pour chercher pitance. Les brebis ne sont pas l’ordinaire des loups, à moins qu’on le leur permette. Si les brebis ne sont pas accessibles, les loups courent après des chevreuils, des cerfs, des sangliers. On appelle ça la biodiversité, qu’il y ait ou non un Créateur.

Tous les syndicats agricoles réclament la mort des loups. Beaucoup de politiciens la veulent aussi. Monsieur Malle, vous êtes évêque, vous avez le choix de défendre la vie. S'il ne vous sied pas de le faire, Monseigneur, occupez-vous de vos brebis volontaires et laissez les loups tranquilles.

Ressaisissez-vous et daignez, Votre Excellence, agréer l’expression de ma très respectueuse considération.

Pierre Rigaux

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