Pierre Rigaux
Abonné·e de Mediapart

17 Billets

0 Édition

Billet de blog 13 mars 2019

Pierre Rigaux
Abonné·e de Mediapart

Lettre à l'évêque de Gap qui s'attaque aux loups

Monseigneur Malle, évêque de Gap (Hautes-Alpes), veut "réguler" les loups pour défendre les éleveurs ovins. Faut-il défendre l'agneau de Dieu contre la nature ? Les abattoirs contre les loups ?

Pierre Rigaux
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Xavier Malle, évêque de Gap

Monseigneur Malle,

Vous écrivez à plusieurs reprises sur les réseaux sociaux qu’il faut « réguler » les loups. Ils représentent selon vous une « catastrophe ». Monseigneur, il y a environ 500 loups en France. Ne sommes-nous pas capables de coexister ?

Il y a aussi 7 millions de moutons. Vous prenez la défense des éleveurs. « Qui entendra leur cri ? », écrivez-vous. Je ne sais pas si un dieu l’entend, mais il se trouve que la collectivité humaine entend fort bien le cri des éleveurs, dans la mesure où la société toute entière les aide abondamment, depuis longtemps.

Les éleveurs ovin-viande des Alpes du sud dont vous parlez vivent essentiellement de subventions publiques. Elles représentent 50 à 80% de leurs revenus. En plus, les éleveurs sont subventionnés pour protéger leur troupeau contre la prédation : achat de clôtures, de chiens de protection et de leur nourriture, salaire des bergers, réfection des cabanes pastorales, radios de communication, etc. En plus, les éleveurs sont indemnisés pour toute prédation imputée au loup, même sans preuve, et même s’ils n’ont mis en œuvre aucun moyen de protection de leur troupeau alors qu’ils étaient précisément subventionnés pour le faire.

Monseigneur, entendez-vous le cri des brebis ? Pas celles de votre église. Les vraies brebis et leurs agneaux, qu’on tue par millions dans les abattoirs. Les trois à quatre millions d’ovins qu’on égorge tous les ans en France, pendus au crochet de ces hangars infernaux. Les agneaux que les éleveurs sud-alpins font naître pour l’assiette de Pâques. Les agneaux retirés à leur mère pour finir en barquette.

Les entendez-vous bêler, s’accrocher à la vie quand on les jette dans le camion qui les emmène vers la mort ? Près de votre diocèse, connaissez-vous l’odeur à l’abattoir de Sisteron, le plus grand tueur d’agneaux de France, « label rouge » du sang versé ? Cette puanteur atteint-elle l’au-delà ? Elle est en tout cas perceptible au-delà des murs de cet enfer, par toute narine humaine. Un œil omniscient voit-il la souffrance dans les abattoirs français ? Des vidéos la montre ; jetez-y un œil.

Les loups tuent pour se nourrir. Ils n’ont pas le choix. Les éleveurs ont le choix de faire naitre des agneaux pour les faire tuer. Ils ont le choix de faire paître leur brebis grâce à de l’argent public. Ils ont le choix de les protéger contre des loups intrusifs, qui vont au plus facile pour chercher pitance. Les brebis ne sont pas l’ordinaire des loups, à moins qu’on le leur permette. Si les brebis ne sont pas accessibles, les loups courent après des chevreuils, des cerfs, des sangliers. On appelle ça la biodiversité, qu’il y ait ou non un Créateur.

Tous les syndicats agricoles réclament la mort des loups. Beaucoup de politiciens la veulent aussi. Monsieur Malle, vous êtes évêque, vous avez le choix de défendre la vie. S'il ne vous sied pas de le faire, Monseigneur, occupez-vous de vos brebis volontaires et laissez les loups tranquilles.

Ressaisissez-vous et daignez, Votre Excellence, agréer l’expression de ma très respectueuse considération.

Pierre Rigaux

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Agriculture
Politique de l’eau : il faudra « passer par des interdictions »
La carte n’a pas bougé depuis cet été : 93 départements sont toujours en alerte sécheresse et de nombreux arrêtés empêchent les prélèvements d’eau habituels. L’agriculture pourra-t-elle continuer de consommer comme avant ? Entretien.
par Amélie Poinssot
Journal — Agriculture
Changeons cette agriculture prédatrice
L’été est terminé. Mais la sécheresse continue. Les nappes souterraines mettront des mois à retrouver leur niveau normal. Il est temps de réduire la consommation d’eau de l’agro-industrie. Parti pris en vidéo.
par Amélie Poinssot
Journal — Défense
Défense française : le débat confisqué
Le ministre des armées répète que les questions militaires sont l’affaire de tous. En France, en 2022, tout le monde n’est pourtant pas invité à en débattre.
par Justine Brabant
Journal
« Bloc syndical » policier : un mariage scellé par Alliance et béni par Darmanin
Treize syndicats de police ont annoncé leur rapprochement en vue des prochaines élections professionnelles. Mercredi, à la Bourse du travail de Paris, le ministre de l’intérieur s’est félicité de cette union née à l’initiative d’Alliance, une organisation très ancrée à droite.
par Pascale Pascariello

La sélection du Club

Billet de blog
Cher Jean-Luc
Tu as dit samedi soir sur France 2 qu’on pouvait ne pas être d’accord entre féministes. Je prends ça comme une invitation à une discussion politique. Je l'ouvre donc ici.
par carolinedehaas
Billet de blog
Violences en politique : combats anciens et avancées récentes
Même si les cellules de signalement sont imparfaites, même si le fonctionnement de certaines d’entre elles semble problématique à certains égards, aujourd’hui, une organisation politique ou syndicale qui ne dispose pas a minima de ce mécanisme interne n’a plus aucune crédibilité sur le sujet des violences faites aux femmes. 
par eth-85
Billet de blog
Ceci n'est pas mon féminisme
Mardi 20 septembre, un article publié sur Mediapart intitulé « Face à l’immobilisme, les féministes se radicalisent » a attiré mon attention. Depuis quelque temps, je me questionne sur cette branche radicale du féminisme qu’on entend de plus en plus, surtout dans les médias.
par Agnès Druel
Billet de blog
Il n’y a pas que la justice qui dit le juste
Dans les débats sur les violences sexistes et sexuelles, il y a un malentendu. Il n’y a pas que l’institution judiciaire qui dit le juste. La société civile peut se donner des règles qui peuvent être plus exigeantes que la loi. Ce sont alors d’autres instances que l’institution judiciaire qui disent le juste et sanctionnent son non respect, et ce n’est pas moins légitime.
par stephane@lavignotte.org