Un ancien élève de lycée "chasse" témoigne

Certains lycées en France proposent une spécialité "chasse". Un ancien élève d'un de ces lycées situé dans le sud de la France, qui a raccroché le fusil depuis, témoigne ici de façon anonyme sur certaines aberrations de sa formation. En particulier, il témoigne en vidéo sur une journée de chasse à laquelle il a participé dans le cadre d'un voyage scolaire.

VIDEO Un ex-lycéen chasse témoigne

Un lycée chasse (• Fr3 F. Guibal) Un lycée chasse (• Fr3 F. Guibal)
Vous avez obtenu en 2018 votre bac pro "Gestion des milieux naturels et de la faune" (GMNF) option chasse, après 3 années dans un lycée proposant cette spécialité. A l'époque, qu'est-ce qui vous a amené à choisir ce genre de lycée "chasse" ? Êtes-vous issu d'un milieu où l’on chasse ?

Je ne viens pas d’un milieu de chasseurs. J’ai toujours été proche de la nature, et je m’étais dit que ce lycée me permettrait de faire une formation en lien avec la nature. Sincèrement, je n’ai pas été déçu sur ce plan.

De quels milieux sociaux provenaient les autres élèves ?

Il y avait toutes sortes de profils mais la grande majorité venait du monde rural, souvent fils d’agriculteurs. La plupart étaient déjà chasseurs et/ou pêcheurs [le permis de chasse peut s’obtenir à l’âge de 16 ans].

Quelles sont les particularités de ce cursus ?

Le but du bac pro GMNF est de former des techniciens de terrain pour travailler dans la gestion environnementale. Parmi les différentes spécialités possibles dans le GMNF, certains lycées comme celui où j'étais proposent une spécialisation chasse. J’ai fait cette formation en alternance : 50% de cours, 50% de stage. On peut choisir son stage, pas forcément dans le milieu de la chasse ou de la pêche. Pendant la formation, on réalise des chantiers, par exemple des coupes de végétation.

Qu'est-ce qu'on y apprend au sujet de la faune sauvage, de l'écologie ? Quels sont les intervenants ?

On y apprend la biologie des espèces, l’écologie des espaces naturels, la gestion des populations… On y parle beaucoup de chasse mais pas seulement. Les intervenants sont variés, par exemple les agents de l’Office National des Forêts ou de l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage [devenu Office Français pour la Biodiversité]. Les agents de la Fédération départementale des chasseurs intervenaient souvent, trop à mon sens. Ils ont bien sûr un parti pris.

Quelle place occupe la chasse dans la formation ?

Une grande place ! Trop à mon avis pour devenir un naturaliste objectif. On a visité des élevages de gibier, participé à des battues… Je trouve ça dommage, car cette formation nous a aussi fait découvrir d’autres actions sans lien avec la chasse : suivi de la faune sauvage, comptages, aménagement de milieux…

A votre avis, quelle plus-value apporte la chasse dans cet apprentissage ?

Pas grand-chose en tant que tel… mais pour moi, ça a été utile de connaître de l’intérieur le milieu de la chasse, pour pouvoir débattre ensuite avec des chasseurs. Je ne chasse plus mais j’ai déjà chassé, j’ai déjà enlevé la vie à un animal sans justification valable, uniquement parce qu’on me disait que c’était un nuisible. Maintenant, je sais quoi répondre aux chasseurs ; ils ne peuvent pas m’accuser de ne pas savoir de quoi je parle.

Vous avez passé votre agrément de piégeur pendant la formation ?

Oui, je peux donc tuer légalement les animaux classés « nuisibles » ou « susceptibles d’occasionner des dégâts »… ce que je ne fais pas. Je ne piège pas. N’oublions pas que les pièges ne sont pas sélectifs : ils tuent en réalité n’importe quel animal. Par exemple, certains chiens sont attrapés dans les collets à renards.

Qu'est-ce qui vous a semblé intéressant d'apprendre ?

La partie naturaliste de l’apprentissage m’a beaucoup intéressé et m’a permis de continuer vers des études supérieures.

Et qu'est-ce que vous avez trouvé vraiment regrettable ?

Étonnamment, ce que j’ai trouvé le plus affligeant est l’attitude des autres élèves. Ils parlaient de chasse en permanence et se vantaient de leurs exploits : qui a tué le plus grand nombre de canards ou le plus gros sanglier… Il y avait un côté malsain chez eux à raconter les sensations d’avoir tué un sanglier à la dague ou d’avoir tué une laie et tous ses petits, et j’en passe.                            .

Y a-t-il un événement en particulier qui vous a le plus choqué au cours de la formation ?

Oui, aujourd’hui je suis franchement choqué dans cette vidéo dans un grand parc de chasse clôturé. Plus de soixante sangliers et une dizaine de cerfs ont été abattus, sans compter les marcassins tués par les chiens de chasse, donc autour d'une centaine d'animaux tués en tout. Les chasseurs ont posé fièrement avec les cadavres.

Avec le recul, que pensez-vous de ce genre de lycée « chasse » ?

À vrai dire, la formation est très intéressante mais elle est gâchée par la partie chasse qui est très présente. 

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