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Billet de blog 4 mai 2019

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1er mai: stratégie et répression policière

Ce qui s’est passé le 1er mai, en particulier à l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière, n’est pas un incident, mais la conséquence d’une stratégie policière réfléchie et exécutée avec rigueur, stratégie visant à provoquer des incidents graves. Plusieurs milliers de personnes ont été délibérément mises en danger de mort. Démonstration.

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J’arrive en retard à Montparnasse, à pied car la station de métro est fermée. Rapidement j’atteins l’arrière du cortège.

Manif 1er mai à vélo

Je remonte, la foule devient de plus en plus dense, mais bon enfant.

La haine a un visage

Sur le Bd Saint-Marcel J’ai déjà largement dépassé le cortège des syndicats, aisément repérable au ballons, pour rejoindre celui des gilets jaunes.

On a tout essayé

Vous pourrez constater le parcours grâce à la carte. Montparnasse, le départ, est à l’ouest du Bd Port-Royal ; place d’Italie, l’arrivée, est au sud du Bd de l’Hôpital.

Parcours officiel

Tout se passe bien.

Le dispositif policier est massif ; il bloque absolument toutes les rues adjacentes si bien que personne ne peut aller et venir, ni même sortir de la foule, très dense par endroit, en cas de problème. Les malaises étant monnaie courante dans ce genre de manifestations, il y a un mépris des règles les plus élémentaires de sécurité de la part des forces de l’ordre.

De manière incompréhensible,  du moins sur le moment, je remarque que la rue Jeanne d’Arc est ouverte (peut-être aussi la rue Dumeril). Le cortège se scinde en deux au croisement avec le Bd Saint-Marcel.

Oh! un trou dans le dispositif policier… Pas fait exprès hein? promis, juré, craché !

Je continue pour ma part sur le parcours officiel en descendant le Bd Saint-Marcel, direction nord-est (vers la Seine). À la jonction avec le boulevard de l’Hôpital le dispositif policier est impressionnant, certainement le plus imposant de tout le parcours.

De manière inexplicable, sur le moment, ceux qui ont pris en travers, rue Jeanne d’Arc, et qui auraient dû remonter vers Place d’Italie, arrivent à notre rencontre. Je commence à avoir des doutes sur le dispositif policier mis en place. Je reste environ dix minutes sur place. La jonction Bd Saint-Marcel — Bd de l’Hôpital, lieu idéal pour nasser, se remplit rapidement. La foule est calme. Comme deux parties du cortège se rencontrent, beaucoup de gens ne comprennent pas quelle direction prendre. Certains s’assoient par terre. À ce stade les gens sont dans l’incompréhension. Niveau sociologie, quelques jeunes, pas mal de gens âgés. Les GJ apportent de la couleur au paysage diversifié. De manière officielle les GJ devaient occuper l’avant du cortège ; en réalité la plupart des gens ne tiennent pas beaucoup compte des différents cortèges et circulent librement.

Elle est par où la Place d’Italie ? Elle est pas par là…

La place à la jonction entre Bd Saint-Marcel et Bd de l’Hôpital se densifie. La situation peut devenir dangereuse mais les policiers sur place, en très grand nombre et aidés de camions positionnés pour faire barrage, n’interviennent pas et laissent les gens se masser plutôt que de donner des consignes pour remettre le cortège en route.

Pris d’un doute je finis par remonter à pas rapide le Bd Saint-Marcel. On entend des tirs. Je constate :

— La rue des Wallons a été gazée juste avant que je n’arrive.

Ça pique !

— Le cortège a été scindé en deux par l’utilisation de lacrymo et d’un canon à eau, qelques dizaines de mètres tout au plus avant le cortège syndical. GJ et syndicats sont séparés. Les GJ continuent à avancer dans le cul-de-sac, pour s’éloigner des lacrymos. Le cortège syndical est à l’arrêt. J’étais côté Bd Saint-Marcel, mais je confirmerai mes doutes en me rendant sur le Bd de l’Hôpital plus tard, de plus l’incident de l’hôpital me confirmera plus tard que la situation était critique de ce côté. Autrement dit, la nasse est en place.

Faits comme des rats.

— En remontant le Bd, je constate que toutes les rues adjacentes menant vers le Bd de l’Hôpital, y compris Rue Jeanne d’Arc, sont bloquées par le dispositif policier, et ce jusqu’aux Gobelins. La Rue Jeanne d’Arc a donc été laissée ouverte pour les GJ, et fermée à l’arrivée du cortège syndical (qui empruntera lui entièrement le parcours officiel.

« Je me sens observé »

Depuis les Gobelins, je refais le parcours inverse, prend rue des Wallons et remonte Boulevard de l’Hôpital, totalement gazé. Bloqué au croisement avec Rue Jeanne d’Arc, le cortège scindé a donc bien été empêché d’aller Place d’Italie pour se retirer en direction de la Seine. Le dispositif est toujours en place lorsque j’arrive (la place d’Italie est derrière). Ce qui confirme mes doutes.

« Vous ne passerez pas ! »

Des gens, ordinaire, âgés, des familles ont été nassés et gazés, sans leur laisser aucun échappatoire. Ce faisant les policiers ont pris un très grave risque de provoquer une panique qui aurait pu dégénérer en un mouvement de foule avec l’éventualité d’avoir des blessés graves voir des morts.

Outre l’incident de l’Hôpital, d’autres ont cherché à fuir vers la Seine. Une vidéo édifiante :

À 2:13, la jonction, derrière le principal dispositif policier qui ferme la nasse, on entend les gens vouloir sortir © Media Investigation

Les policiers finissent par autoriser les gens à sortir de la nasse, direction Seine, puis les disperse, comme le montre la vidéo. Le cortège syndical reprend son avancée, sur le Bd de l’Hôpital l’avant de la manifestation a totalement été «nettoyé ». Il n’y a plus de cortège GJ devant les syndicats.

La tête est coupée. Le flic est-il un révolutionnaire qui s’ignore ?

Pourquoi analyser la stratégie policière ?

Parce que contrairement aux exactions individuelles, faits de quelques têtes brûlées parmi la police — encouragés et enchantés de cette sale besogne —, l’analyse stratégique met directement en cause la responsabilité du gouvernement dans ce qui s’est passé. Du choix du parcours jusqu’aux déclarations (étonnamment précipitées) faites à la suite des incidents, tout laisse à penser que le gouvernement à tenter de provoquer un drame pour en accuser les GJ. Les directions syndicales sont potentiellement en cause aussi.

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