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Billet de blog 30 janvier 2013

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Tocqueville, Mélenchon, et une histoire qui déraille

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« Dans le même temps que la science industrielle abaisse sans cesse la classe des ouvriers, elle élève celle des maîtres. »

« Il n’y a guère à douter qu’un jour c’est entre ceux qui possèdent et ceux qui ne possèdent pas que s’établira la lutte politique ; que le grand champ de bataille sera la propriété et que les grandes questions politiques auront trait à des modifications plus ou moins profondes apportées au droit des propriétaires »

A. de Tocqueville

« [Mélenchon], vous croyez toujours [à la lutte des classes] et moi je n’y ai jamais cru. »

J. Cahuzac

« Car il faut bien que les riches comprennent que la Providence les a rendus solidaires des pauvres et qu’il n’y a pas de malheurs entièrement isolés dans le monde. »

A. de Tocqueville

« On ne peut pas être heureux tout seul dans un océan de malheur. »

J.-L. Mélenchon

« En matière de chemin de fer il y a deux systèmes à suivre, systèmes parfaitement distincts et qui, s’ils ne mènent pas à des conséquences opposées, conduisent au moins à des résultats très différents.

« Le premier consiste à s’en rapporter uniquement à l’industrie privée de la confection des chemins de fer.

« Ce sont alors des considérations commerciales qui seules font entreprendre ces grands travaux. On ne construit des voies de fer que là où le capital engagé doit produire des intérêts considérables. Les considérations politiques, les vues d’administration, les principes d’économie sociale n’occupent ici qu’un rang très secondaire. Voilà un système suivi dans certaines circonstances par toutes les nations civilisées, et adopté d’une manière générale et absolue par les Anglais.

« Il y en a d’autre, suivant lequel l’État se charge, en tout ou en partie, de la confection des chemins de fer et où la nation entière réunit ses ressources pour cet objet.

« Dans ce cas, ce n’est plus l’intérêt du capital engagé qui devient la cause déterminante de l’entreprise ; ce sont des pensées du gouvernement ; c’est le besoin de la défense nationale ; c’est le développement général des ressources du pays, l’accroissement de son commerce, la prospérité relative de toutes ses parties.

« […] La révolution a proclamé l’égalité entre les provinces, aussi bien qu’entre les citoyens. En obligeant avec raison tous les Français à supporter les mêmes charges sociales, elle leur a donné un droit semblable à tous les avantages sociaux. Du moment donc où l’État établit des chemins dans un but de prospérité locale, il doit en accorder, non à toutes les villes ni à tous les arrondissements, sans doute, mais à chacune des grandes régions qui renferme le territoire.

« […] Nous avons lieu de croire qu’en ce moment plusieurs Compagnies s’occupent de la portion du chemin de fer qui serait placée entre Caen et Paris, mais nous n’avons entendu parler de rien de semblable pour la partie du « rail-way » qui devait s’étendre de Cherbourg à Caen. Ceci, Messieurs, est une circonstance très grave. Il est évident que, de Caen à Cherbourg, le chemin de fer sera beaucoup moins productif que de Caen à Paris. Il pourrait se faire cependant, qu’on rencontrât une Compagnie qui se chargeât des deux tronçons, les grands profits de l’un compensant à ses yeux les faibles résultats de l’autre. Mais une fois que le chemin de Paris à Caen sera concédé à part, il deviendra très difficile, sinon impossible, de trouver une Compagnie pour le chemin de Caen à Cherbourg. Nous avons donc un immense intérêt à ce que les deux opérations puissent se faire en même temps.

« […] Vous entendrez, monsieur le Président, dans toutes nos villes, et jusqu’au fond de nos campagnes, réclamer l’exécution du même travail à un autre point de vue non moins digne de votre attention ; partout on vous dira que, tandis que les départements de France qui sont nos rivaux en industrie peuvent rapidement, et à peu de frais, à l’aide de chemins de fer établis par l’État ou avec son secours, apporter leurs denrées sur le marché, les nôtres, privés du même avantage, luttent contre une concurrence ruineuse.

« À ce spectacle, notre pays s’inquiète, il s’émeut, il se plaint ; nous espérons que sa voix sera entendue ; car l’égalité industrielle entre les départements n’est pas moins précieuse que l’égalité civile entre les citoyens. Ces deux grandes conquêtes de la révolution française, sont également chères à tous les cœurs. »

A. de Tocqueville

« Car la Commission propose l'éclatement total du système ferroviaire. Selon « Les Echos », la Commission propose que l'exploitation de chaque ligne fasse l'objet d'un appel d'offre spécifique. Comprenez le désastre. Avec un appel d'offre distinct par ligne, il sera impossible de compenser des pertes sur une ligne par des bénéfices sur une autre. C'est la fin du système qui permet la péréquation entre les lignes. C'est un principe fondamental du service public qui est mis à mal. Bien sûr, les groupes privés ne seront intéressés que par les lignes les plus rentables. Et les autres seront donc progressivement délaissées sinon abandonnées. Ce qui obligera les usagers à se reporter sur la voiture pour leurs déplacements. 

« D'autant que la Commission européenne a choisi l'option la plus brutale. Elle a ainsi écarté l'idée d'accorder l'exploitation de plusieurs lignes à la fois, par lots ou par secteurs géographiques au profit d'une vente à la découpe, ligne par ligne. Même le journal « Les Echos » écrit que “les modalités prévues pour cette libéralisation sont propices à faciliter l'arrivée de nouveaux acteurs. Bruxelles prévoit que cette concurrence se fasse en « open access » : tout le marché est ouvert, et chacun vient sur la ligne qui l'intéresse quitte à délaisser les liaisons non rentables. L'exécutif européen n'a donc pas retenu l'autre option envisagée au départ, à savoir les franchises : une entreprise gagne l'exploitation de toute une zone géographique, avec des obligations de desserte”. Pour la Commission européenne, le transport ferroviaire est une marchandise comme les autres. Elle ne s'embête pas avec l'aménagement du territoire, l'égalité d'accès sur tout le territoire, de l'égalité devant les tarifs ni aucune des préoccupations de la conception républicaine de la vie en société.

« Qu'en pense le gouvernement Ayrault ? Interrogé sur l'ouverture à la concurrence des grandes lignes et du TGV, le ministre des Transports a été bien timide. Il aurait dû refuser absolument toute nouvelle ouverture à la concurrence. Devant les commissions des affaires européennes et du développement durable de l'Assemblée nationale, son opposition s'est limitée à “nous avons demandé 2019 et pas avant”. On comprend que le commissaire européen n'ait pas eu très peur. De mon côté, je dis clairement ceci : si la Commission s'entête dans son aveuglement et sa brutalité, la France devra désobéir. Et ne pas appliquer le “quatrième paquet ferroviaire”. Avant de revenir sur les trois premiers. »

J.-L. Mélenchon

Drôle de similitude, à un siècle et demi, où l’argumentation du libéral conservateur Alexis de Tocqueville se retrouve chez un socialiste “d’extrême gauche”. L’âge des extrêmes a bousculé la boussole politique des hommes ; l’extrême est devenu le centre, le centre l’extrême. La politique déraille, et fait dérailler les trains. Espérons que celui du fascisme n’arrivera pas à l’heure.

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