Inapproprié

Inapproprié – Ce mot ne figure pas dans le Grand Robert. On y trouve seulement inappropriable, terme de droit utilisé par M. Planiol dans son Traité élémentaire de droit civil.

Inapproprié – Ce mot ne figure pas dans le Grand Robert. On y trouve seulement inappropriable, terme de droit utilisé par M. Planiol dans son Traité élémentaire de droit civil.

Inapproprié est donc un néologisme créé -par?- en tout pas pour la police et pour ses gestes (comme dirait l'autre, il y a des chansons pour ça). Certains gestes de policiers, lorsqu'ils sont carrément indigestes pour la société, seront donc dits inappropriés.

Ce matin, j'ai entendu un "syndicaliste" policier parler de gestes inappropriés pour ses collègues malheureusement filmés en train de tabasser -oh, un court quart d'heure- un homme devant chez lui et puis chez lui. Ce syndicaliste policier s'indignait de ce qu'on ait placé en détention ces agents pour de simples gestes inappropriés.

Il faut insister sur l'intelligence de ce néologisme. Il convient à merveille puisqu'il concerne à la fois ceux qui l'emploient comme ceux sur qui les gestes ainsi qualifiés sont employés. En effet, inapproprié signifie d'une part que ceux qui ont commis ces gestes n'ont pas utilisé les bons (les gestes propres, appropriés), mais il indique d'autre part que ceux qui en ont été victimes (récipiendaires, destinataires...) méritaient bien quelque chose en matière de répression. Ainsi est atténuée la responsabilité de ses utilisateurs, en même temps que ce qui leur est retiré est reporté sur leurs victimes. Ces deux contraires de départ deviennent ainsi de communs usagers à qui revient en partage le terme.

Inapproprié recouvre et couvre un grand nombre de gestes policiers, dont les conséquences sur les récipiendaires (ou bénéficiaires?) sont généralement visiblement physiques, voire invisiblement osseuses.
 

Pourquoi dès lors ne pas en étendre l'usage hors des limites trop étroites aujourd'hui convenues? 
 

Si le terme avait été créé plus tôt, peut-être ce qu'on appelle les autorités l'auraient-elles fait servir pour les actes de torture en Algérie par exemple. Peut-être qu'en étendant même les propriétés de ce néologisme, et en remontant dans le temps, on pourrait faire dire -en restant dans le domaine policier- que les rafles du Vel d'Hiv' furent simple inappropriation. Et, par extension, que les Camps de concentration de la guerre ont été inappropriés aux populations qui y furent entassées et exterminées. Les exterminations elles-mêmes pourraient ainsi devenir de simples inappropriations. Ce serait nettement plus acceptable.

Le Ministre gaulliste Maurice Couve de Murville qui, en 1982, employa l'expression litotique "ce n'est pas convenable" pour qualifier les massacres des camps palestiniens de Sabra et de Chatila entre le 16 et le 18 Septembre 1982 à Beyrouth, par les milices chrétiennes et phalangistes, à l'abri et sous couvert de l'armée occupante de l'Etat d'Israël, le ministre Couve de Murville aurait certainement trouvé plus approprié -plus concis- d'user du terme inapproprié.

Regardez comme même les massacres de la Saint Barthélémy prendraient de plus recevables couleurs si on les requalifiait en gestes inapproriés à partir du  24 août 1572.

Inapproprié deviendrait alors ce mot miraculeux à appliquer comme un baume sur les maux qu'une partie (dite inhumaine) de l'humanité inflige à l'autre. 

 

Car, et tous les violeurs vous le diront, il y a toujours une part de culpabilité chez la victime : elles l'avaient bien cherché

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