L'emploi du temps, la rentrée avant l'heure

Pour chaque enseignant.e, l'emploi du temps est la première source d'angoisse de la rentrée: comment va s'organiser nos vies pendant les dix prochains mois ?

Vendredi 31 août sonnait donc la fin des vacances pour les enseignants. La pré-rentrée, comme on dit, est le moment où les choses sérieuses commencent pour nous. On retrouve les collègues, accueille les nouveaux, boit un café et on finit par se rendre, à contre-cœur, dans la salle de réunion dans laquelle nous écouterons le discours du proviseur, les résultats du lycée, les objectifs de l’année, les projets, dans une grande messe (laïque, évidemment) interminable.

En fait, les vacances nous manquent déjà. Elles ont pris fin la veille, à la réception de nos emplois du temps. Nous évitons l'ancien temps où nous attendions fébriles la distribution de ce Graal devant tout le monde, angoissés comme un élève qui voit sa copie et la catastrophe arriver. Nous n'avons pas eu à subir l'improbable "jeu" infantilisant de nos collègues de Torcy. Non, modernes que nous sommes, nous avons eu le plaisir de les recevoir la veille dans nos boites mails. Et le rire fut jaune.

Faire un emploi du temps, c'est se battre contre les contraintes implacables. Il y a les heures dues à chaque élèves, le nombre d'enseignants disponibles, les salles (notamment informatique), les structures sportives... Il faut penser aux options, aux groupes de langue vivante, et, pourquoi pas, aux contraintes indirectes comme les transports publics ou la cantine: si tout le monde arrive à la même heure, c'est la catastrophe assurée. Le numéro d'équilibriste est donc périlleux. 

Pour s'en sortir les personnels de direction ont deux atouts principaux: d'abord les logiciels de gestion d'emploi du temps qui doivent, une fois paramétrés, répartir les heures au mieux. Ils peuvent aussi s'appuyer sur les travaux préparatoires donnés par les enseignants sur leurs disciplines. Par exemple, l'équipe d'EPS prépare sa répartition horaire sur les infrastructures sportives disponibles. On se répartit également les classes dans nos services, et on ajoutes nos vœux. Avec tout ça, "y a plus qu'à".

 

Sauf que la machine se grippe vite. Je n'ai cité que les contraintes simples d'un établissement, les plus visibles a priori. Il faut se plonger dans les méandres de l'éducation nationale pour en saisir l'ampleur. Ce que je vais dire n'a pas vocation a être exhaustif, mais donne une certaine idée de la difficulté de la tache.

D'abord, il y a l'incertitude. Vous pensiez que les effectifs et le nombre de classe était prévu à l'avance ? Naïfs que vous êtes! Les établissements doivent parfois prévoir plusieurs scénarii dans les tous derniers jours avant la rentrée: Élèves arrivant dans la région, redoublants à recaser, pas d'enseignants sur un poste... chaque nouvelle information demande des remaniements. L'inspection académique, instance chargée notamment de répartir les élèves, peut imposer des effectifs supplémentaires, et donc imposer une nouvelle structure de classe à l'établissement. Le cas des recalés au bac est typique: de droit, les élèves peuvent redoubler dans leur établissement. Dans les faits, les classes montantes en terminales sont déjà pleines, et aucune place n'a été anticipée pour eux. Alors, on pousse les murs pour les accueillir. Sauf que...

Il faut aussi prendre en considération les contraintes matérielles: un lycée n'est pas extensible. Dans les établissement de forte croissance démographique et/ou de classe populaire, la région, responsable des lycée, n'a pas fait les constructions nécessaires à l'accueil des nouveaux arrivants. Les lycées sont donc au bord de l'explosion. Il suffisait pourtant de demander aux démographes des prévisions: l'augmentation des naissances autour de l'an 2000 allait forcément avoir un impact sur les structures scolaires. mais rien n'a été fait... Cela donne donc des établissement dans lesquels on augmente le nombre de classes, avec de moins en moins de salle disponible pour caser tout le monde. La solution? Allonger les journées, faire cours le mercredi après midi et le samedi matin.

 Un emploi du temps, il faut pouvoir s'y projeter. Élèves comme enseignants vont subir pendant dix mois leur emploi du temps. Il règle nos vies, nos heures de travail, nos heures de sommeil et nos moments libres, s'il en reste. Pour les élèves, faire des semaines de six jours, avec une journée de dix heure au lycée est tout simplement intenable. Les dernières heures de la journée sont inutiles et la fin de semaine un enfer. Et je ne parle pas des devoirs ! Alors que de nombreux pays européens ont fait le choix d'emplois du temps raccourcis, nous allons vers des journées et des semaines interminables. Pas certain que cela garantisse la réussite aux examens et la sérénité dans les cours. Pour les profs, un emploi du temps éclaté est tout aussi fatigant et ne permet ni l'implication dans la vie du lycée, ni d'appréhender sereinement son travail. 

 

Commencer l'année par un conflit. N'est-ce pas, au fond, ce qui peut arriver de pire? Gageons qu'avec la réforme du lycée qui sera bien plus concrète à la rentrée prochaine, et l'absence totale de réponses sur les problèmes posés dans ce billet, les problèmes d'emploi du temps seront encore légion. 

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