"Dans le lycée on se croirait à Châtelet!"

A l'heure où le ministre de l'éducation annonce la suppression de poste dans le secondaire, et donc la baisse de l'encadrement des élèves, la question des sureffectifs devrait être centrale... non?

Les lycées de banlieue sont pleins à craquer. Dans les quartiers populaires, les nouveaux établissements promis n'ont jamais vu le jour, pas plus que les agrandissements des structures déjà existantes. Pourtant cette situation aurait pu être anticipée facilement: le nombre des naissances, en hausse autour de l'an 2000, permettait de deviner que cette génération aurait besoin d'être accueillie dans le système scolaire. Pendant 18 ans tout le monde a détourné les yeux. Et nous sommes en pleine lutte des places, qui se recoupe avec des politiques de la ville déficientes.

 

Un lycée en sureffectif se remarque avant même d'y mettre les pieds: les transports en commun sont surchargés. S'il faut emmener 2000 élèves au même endroit, il faut des moyens, et les réseaux de transports sont peu enclins à les mettre en place. Alors on s'entasse dans des bus bondés dans lesquels"c'est pas la peine de se tenir, on est tellement tassés qu'on bouge pas quand ça freine!". La sécurité ira se faire voir ailleurs. Il reste toujours des élèves sur le trottoir, sachant déjà qu'ils seront en retard, qu'ils resteront à la porte, se feront sermonner par les profs, CPE et parents réunis... et puis bien sur, rebelote le soir pour rentrer chez soi. 

 

Dans les couloirs la circulation se fait parfois impossible, il faut jouer des coudes pour rejoindre la salle de classe. Le bruit généré, entêtant, fatigue sans qu'on s'en aperçoive vraiment. là aussi retard, fatigue, stress. "On se croirait à Châtelet dans ce lycée!" me faisait remarquer une élève. Et c'est vrai: ne manque que les panneaux indicateurs déplaçables. Pardonnez-nous: on a pas les moyens d'en avoir, y compris pour la signalétique d'évacuation.

 

Les classes chargées augmentent les difficultés scolaires. Ce n'est pas pour rien si le ministère a choisi des classes à petits effectifs en CP: on y travaille évidemment mieux. Une logique que les élèves du secondaire aimeraient goûter ; ils devront se serrer la ceinture. Là où nous pourrions, comme nos collègues du primaire, travailler plus individuellement, vérifier l'acquisitions des savoirs et des compétences et faire participer chacun, nous devons souvent gérer une classe pleine à craquer et prier (laïquement!) pour que le le cours serve à quelque chose. Cela reste parfois un vœu pieux. Que dire du suivi sur l'orientation pourtant bien nécessaire après le fiasco de Parcoursup ? 

 

L'augmentation du nombre d'élève impacte aussi les emplois du temps: on ne sait plus où mettre toutes ces classes ! alors le mercredi après midi et le samedi matin sont réquisitionnés. Parfois même les deux. En travaillant sur six jours, comment un élève peut-il espérer se repose, travailler, avoir une vie sociale, une activité sportive...? La motivation des élèves est en chute libre à la lecture des emplois du temps, et travailler semble bien inutile.

 

Evidemment toute l'infrastructure du lycée est impactée: les toilettes sont en nombre insuffisant, le service de la cantine s'allonge, les places manquent en salle de travail, l'infirmerie voit toujours plus d'élèves défiler... et les agents de service, dont le nombre est calculé selon la surface de l'établissement, voient leur charge de travail augmenter aussi.

 

Épuisement. C'est sas doute le mot qui convient le mieux pour parler du sureffectif. Tout devient fatiguant, stressant, bruyant, incertain. La hausse de 40 000 élèves à la rentrée prochaine annoncée par le département des statistiques du ministère nous promet encore de beaux entassements.

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