Les lycées ont craqué

En pleine réforme du baccalauréat, le ministre annonce la suppression de 3000 postes pour l'année à venir. Cela s'ajoute à la longue liste des sacrifices demandés aux lycées.

Le fiasco de Parcoursup n'est pas encore oublié, mais il devient presque anecdotique dans cette rentrée houleuse.  De nombreux lycées voient leurs locaux se dégrader  et leurs agents s'épuiser comme au lycée Mozart du Blanc-Mesnil. Les problèmes d'emplois du temps concernent également de nombreux établissements (à Epinay par exemple), avec des cours impossibles à assurer. Même à Versailles la fronde monte ! Impossible dans ces conditions de parler de cas isolés: le problème du lycée est global, et ne va pas aller en s'arrangeant. 

 

Le lycée semble être le parent pauvre de l'éducation nationale: En primaire, les classes à effectif réduit semblent convaincre les enseignants. Moins d'élèves signifie logiquement un suivi plus personnalisé et un repérage plus rapide des difficultés, avec des solutions pouvant être mises en place plus rapidement. Les déclarations du ministre indiquent que le primaire continuera à recevoir les moyens dont il a besoin. Au collège, le dispositif de Réseau d'Education Prioritaire (REP, et parfois même REP +) devrait garantir également des moyens supplémentaires: des classes à effectif limité à 25 et des primes pour encourager les équipes pédagogiques à rester dans ces établissements. Si les primes sont toujours d'actualité, les seuils d'effectifs sont désormais dépassés.

Le lycée est lui sacrifié. Il n'y a plus d'équivalent des REP arrivé en seconde: les zones d'éducation prioritaires (ZEP) n'existent plus, et les moyens qui allaient avec non plus. Les effectifs explosent partout, avec des classes atteignant parfois 36 élèves. Les vertus des effectifs limités sont ici oubliés: pour les élèves, c'est marche ou crève. Matériellement, les enseignants n'ont pas le temps d'apporter de réponses à leurs problèmes. Les moyens alloués sont clairement insuffisants. d'année en années, la dotation horaire globale (DHG) attribuée aux établissement et qui permet de répartir les heures fond comme neige au soleil. La DHG doit permettre aux établissement d'accorder des heures en fonction des besoins pour travailler en demi classe ou sur des projets par exemple, mais cette liberté des établissements ne peut s'appliquer réellement tant la marge de manœuvre est réduite. On s'en tient donc parfois au strict minimum légal... et encore.

Autre problème de taille : Les recalés du baccalauréat ne peuvent trouver de place pour retenter leur chance: les classes montantes de premières sont déjà pleines. Au moment de leur constitution, il faudrait anticiper ces échecs afin de garantir des places... ce qui n'est bien sûr jamais fait. Pourtant, la loi garantit la réinscription dans son établissement d’origine... 

 

C'est dans ce contexte de crise que monsieur Blanquer annonce la suppression de 1800 postes dans l'éducation nationale, mais il faut traduire. Le primaire verra finalement ses effectifs augmentés: 1900 postes seront créés en 2019. Les postes supprimés seront donc exclusivement dans le secondaire, comme il suit: 2.600 postes dans le secondaire, 400 dans les services administratifs, 600 dans l'enseignement privé.

L'argument martelé par le gouvernement serait la diminution des effectifs à venir dans le secondaire. Pourtant, les statistiques du ministère montrent que les effectifs vont continuer à augmenter, au moins jusqu'en 2022. 40 000 élèves supplémentaires sont attendus à la rentrée prochaine. Comment ces élèves vont-ils être accueillis? Comment allons nous les accompagner vers leur diplôme et dans leur choix d'orientation ? Le ministre promet que le problème sera réglé à coup d'heures supplémentaires, arguant même que cela augmentera les salaires des professeurs. Pour cela, dégeler le point d'indice serait plus efficace... Plus d'heures ne signifie pas un meilleur suivi des élèves, mais seulement une plus grande charge de travail et une moindre disponibilité. Tout le contraire de ce qu'il faudrait, donc.

La nouvelle organisation du lycée se verra véritablement à la rentrée prochaine: les élèves du lycée général ne choisiront plus des filières mais des spécialités. Un nouveau système qui s'annonce complexe à gérer, pour lequel les équipes pédagogiques et administratives verront à coup sûr leur charge de travail augmenter. Réduire le personnel encadrant est totalement contradictoire dans ce contexte. Les élèves les moins à l'aise avec le système scolaire auront encore plus de mal à se retrouver dans leurs choix de spécialités, et, ne l'oublions pas, anticiper leur choix d'orientation dans le supérieur.

Les lycées craquent. Investir dans les locaux, redonner des heures et des enseignants aux élèves sont des priorités absolues. Ces établissements sont des étapes vers le supérieur: si nous voulons que les élèves y réussissent, les lycées doivent être un tremplin, pas une planche que nous laissons pourrir. 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.