Pourquoi je soutiens Jean-Luc Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon, le 11 février dernier, a proposé sa candidature pour l’élection présidentielle de 2017. Je souhaite exposer en quelques mots les raisons de mon soutien.

Je n’ai aucune envie de tomber ici dans la polémique engagée ici ou là à coup d’arguments mal dégrossis à propos de césarisme ou autre conservatisme républicain. La mauvaise foi transpire trop de ces propos pour constituer une base raisonnable de discussion. Je préfère noter l’élan constructif en train de naître autour de cette proposition de candidature.

Un mouvement populaire

                Il n’est pas de conquête sociale et politique nouvelle possible sans élan populaire ; conscient de cette constante historique, Jean-Luc Mélenchon, loin de partir seul, lance une pratique inédite, la construction d’un mouvement populaire en marchant vers la présidentielle. La France insoumise, celle-là même qui dans la résistance du quotidien laisse apercevoir un lendemain meilleur. Sans ces millions de citoyens et citoyennes qui lèvent sans cesse la tête, au courage certain de regarder vers le soir quand le lever est déjà si difficile, aucune alternative n’est possible. Sans ceux et celles qui luttent et espèrent une porte de sortie où l’avenir serait de nouveau à inventer, tout lendemain meilleur est condamné avant d’être né. C’est sur cette base que la plateforme jlm2017.fr (http://www.jlm2017.fr/) permet l’intervention populaire à deux niveaux essentiels : les actions de campagne (http://www.jlm2017.fr/agir), et la constitution du programme (http://www.jlm2017.fr/le_projet).

               L’invention est le maître-mot dont doivent se saisir les citoyens et citoyennes qui s’engagent dans ce processus. Et il n’est pas d’inventeur sans audace. Sans crainte, proposer des mesures, aussi mal assuré qu’on puisse être. Sans peur, proposer sa musique, ses mots, ses affiches, ses manières de rencontrer et de parler pour que les cercles insoumis grandissent au fil de l’année. J’ai vu ici ou là des moqueries fuser sur les réseaux sociaux quant à telle ou telle proposition, capture d’écran à l’appui. Souvent, ces sourires froids venaient de militants politiques, et avaient pour slogan : cachez ce peuple que je ne saurais voir. Ce que propose Jean-Luc Mélenchon, c’est la pratique immédiate et quotidienne de la participation populaire, n’en déplaise à ceux-là. Le chemin se trace dans la marche elle-même. A l’heure où j’écris, près de 300 groupes d’appui ont été créés dans tout le pays et plus de 43 000 citoyens et citoyennes ont appuyé cette démarche.

L’urgence historique

                Les sept axes programmatiques proposés par Jean-Luc Mélenchon, sur la base de L’humain d’abord, répondent au temps présent : 6e République, partage des richesses, sortie des traités européens, politique internationale de paix, progrès humain, planification écologique, nouvelles frontières. Voici des bases de discussion sérieuses, et les milliers de contributions programmatiques déjà réunies en une semaine témoignent d’un vif intérêt pour la démarche. L’inertie est la pire ennemie lorsque la bataille est déjà engagée. Or, force est de constater que toutes les tendances politiques hors la nôtre disposaient d’un espace clairement défini avant la proposition de candidature de Jean-Luc Mélenchon. Nous étions les seuls tapis, comme cachés et déjà las d’une campagne que certains à gauche imaginaient uniquement comme l’occasion de se recomposer. Mais l’objet de cette élection n’est pas là. Si la France ne parvient pas à faire peuple autour des axes dessinés par ce programme, non seulement elle s’abîmera dans les poubelles de l’histoire mais risquera de souffrir encore cinq ans, voire davantage, des politiques injustes, frappant les plus pauvres, loin de l’écologie ou de la démocratie.

                L’élection à venir n’est donc pas un moment dans une recomposition de plus en plus improbable d’une gauche que Valls et Hollande ont vidé de son sens. Contre ces gens qui pratiquent une politique économique encore plus agressive à l’égard des classes populaires et moyennes que Sarkozy et sa clique, il faut en appeler au peuple. Les airs de fin de régime pris par ces dernières années peuvent, un instant proche, se cristalliser. Et laisser place au dépassement démocratique et à la prise en compte claire des enjeux contemporains, ou, au contraire, balayer toute force progressiste du paysage politique français. L’histoire en mouvement est là, sous nos yeux, et nous serions supposés attendre, patienter tranquillement que des cadres de partis discutent entre eux sans savoir où aller ni que faire, conscient de leurs désaccords et aimant à les ressasser tous ensemble, mille bonnes fois pour toutes.

                S’il y a une fondation théorique et pratique à cette proposition de candidature, elle est à trouver dans l’urgence du temps présent, à laquelle les atermoiements infinis de ladite « gauche de la gauche » ne permettent nullement de répondre. Alors, oui, proposer et tracer une ligne, que chacun et chacune puisse s’y adjoindre et dessiner de nouveaux contours pour l’action collective ; que les organisations et les associations puissent également s’y joindre lorsqu’elles le souhaiteront. Voici le choix raisonnable et juste. Si nous sommes engagés pour la démocratie sociale et politique, pour l’écologie comme mode de réorganisation de notre société, c’est que nous savons cette option la plus juste, moralement et selon les critères de la raison. Nous savons à quel point les tendances actuelles nous ont déjà mené dans le mur et ne sont pas loin de nous enterrer ; à quel point le champ politique traditionnel est devenu la sphère suprême du néant institué, comme ce Président réduit à être la plus pure allégorie du rien.

Cohérence et clarté

 

                C’est donc un moment particulier que nous vivons, où l’exigence de cohérence et de clarté se fait plus que jamais sentir. Si certains s’imaginent qu’en organisant cinq primaires différentes, ils parviendront à rassembler le peuple, ou ne serait-ce qu’à lui parler, ils se trompent. L’heure est au choix politique, pas à la compétition interpersonnelle et aux commentaires médiatiques extasiés sur la question. Et la plus solide assise populaire que nous ayons pour répondre à cette heure s’est constituée en 2012 autour de L’humain d’abord et de Jean-Luc Mélenchon. Qu’à travers sa campagne, un collectif citoyen prêt à renverser la table se crée, et nous pourrons changer le visage du pays. Comme l’écrivait Eluard, « nous sommes corps à corps, nous sommes terre à terre, nous naissons de partout, nous sommes sans limites ». 

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