10 principes de résistance face au terrorisme et à la bêtise

            Ces derniers jours ont avant tout été marqués par la peine et la douleur, par l’empathie de tout un peuple qui ne s’est pas laissé diviser malgré les tentatives abjectes d’une grande partie de la droite indigne de notre République. Et c’est le premier souffle chaleureux qui réconforte nos cœurs blessés, que de nous voir relever la tête, péniblement et sonnés, mais la relever avec au fond des yeux la certitude que la vie et l’amour l’emporteront.

            Loin de la rhétorique guerrière, de la politique internationale et des élans sécuritaires relancés dès lundi, nous avons rendu hommage, chacun à sa façon, à ceux qui sont tombés vendredi. Maîtriser, avec le temps nécessaire, la peur qui sans surprise peut s’instiller dans nos cœurs, est la tâche des jours à venir.

            Autant pour cela – qui ne se décrète cependant pas, ni par des mots ni par des moulins ou des mouvements de menton – que pour ne pas se laisser happer par les appels à la haine et au suivisme généralisé, je me permets de proposer à la réflexion de ceux et celles qui me liront quelques éléments de pensée. A mon sens, ce sont des principes auxquels nous ne devons pas déroger dans les temps à venir.

1.      Renoncer à nos libertés, c’est donner la victoire aux terroristes

La tentation est forte, après ces terribles événements, de demander à tout prix le renforcement des dispositifs de sécurité sur le territoire. Encore faut-il s’entendre sur ce que cela signifie. Si, à l’image du juge Trévidic, il est possible de considérer les problèmes techniques et de moyens, largement liés aux politiques de réduction des dépenses publiques et à la volonté des pouvoirs publics de tout miser sur le renseignement en ignorant les besoins des juges, il serait en revanche terrible d’accepter ne serait-ce qu’une mesure qui réduise nos libertés.

Je considère que c’est déjà l’erreur commise par le gouvernement dans la réaction post-Charlie. La loi renseignement ne sert à rien pour nous protéger et n’a d’autres effets que de limiter considérablement les libertés civiles – notamment en permettant un contrôle démesuré d’internet ou encore en autorisant les services de renseignement à engager des actions sans l’aval du gouvernement.

Après avoir répondu aux problèmes qui peuvent relever de l’efficacité de tel ou tel dispositif de sécurité, de l’inutilité d’une bonne part des mesures antiterroristes, il faut s’interroger sur ce qui doit guider notre action, et ce doublement. Tout d’abord, l’un des objectifs des terroristes, ennemis de la démocratie, est précisément l’affaissement de celle-ci. Nos principes ne sont pas négociables, et plus que jamais il est nécessaire de les réaliser et de se battre pour qu’ils prennent forme dans notre quotidien. Cela ne passe ni par la mise en place de camps de rétention (!) ni par des files d’attente de trois heures avant de prendre le train pour passer les portiques.

Notre force et notre courage doivent s’incarner dans la défense et l’accomplissement sans faille de nos principes républicains et démocratiques. La liberté et la sécurité ne se versent pas par dosettes qu’il s’agirait de distribuer. Ce sont des absolus, et la perte de liberté crée une situation d’insécurité permanente.

2.      Les migrants fuient la barbarie quotidienne, leur refuser l’hospitalité serait une honte

Le lien que certains tentent d’établir entre l’immigration et les attentats est une manœuvre politique sale et répugnante, de celles qui rougissent les yeux en même temps que la colère monte à la gorge. Nombre des terroristes étaient français, toutes les identités ne sont pas encore connues, et voilà que ces rustauds de fascistes ricanent allégrement sur les bénéfices politiques qu’ils comptent tirer de la situation. Se rendent-ils compte, ceux qui avec candeur ou automatisme, donnent leur accord à cette association d’idées funestes, qu’ils se font les alliés des terroristes ? Que les attentats ont précisément été commis pour diviser le pays ?

Mais le peuple français n’est pas fait de ce bois-là. Il l’a montré en cette fin de semaine. Sa soif de fraternité l’emportera sur l’envie morbide de pouvoir et la haine qui animent les Le Pen et consort. Ce peuple qui s’est uni pour pleurer ses morts se rend compte que pour ceux qui fuient la guerre, le 13 novembre est quotidien depuis quatre ans, que ceux qui traversent la Méditerranée sur des embarcations de fortune sont accompagnés du fantôme palpable de la mort sans cesse présent depuis le début du conflit.

Se respecter soi-même, respecter les morts tombés vendredi, c’est commencer par faire preuve de solidarité, et ne pas tomber dans un rejet sans autre fondement que les fantasmes de cette famille Le Pen et ses vassaux – rejoints par les commensaux Sarkozy et autres semeurs de haine.

3.      L’alliance objective entre la droite fascisante de ce pays et les terroristes se vérifie

Il est nécessaire de développer ce point, déjà implicite dans le précédent. Il ne s’agit pas ici d’écrire que les dirigeants politiques de la droite fascisante ont de la sympathie pour les terroristes. Ce serait absurde.

Ce qui est nécessaire est d’expliciter le sens de l’expression « alliance objective ». Dans un contexte donné – ici, les attentats qui nous ont meurtris – il est possible, et c’est le cas depuis quelques jours, que les finalités de ces deux groupes puissent être favorisées.

Ainsi, la division systématique du peuple français, son arrachement à ce qui l’a construit depuis la Révolution et la peur comme mode d’existence continu sont sinon des objectifs, au moins la conséquence permanente des discours fascistes et des actes terroristes. Les deux termes se renforcent réciproquement. Le piège historique serait de se laisser enfermer dans cette alternative qui n’en est pas une, et d’où la liberté comme la démocratie et l’émancipation humaine se verraient définitivement effacées : telles seraient les conséquences de l’avalisation générale du « choc des civilisations ».

Lutter contre les terroristes, c’est aussi lutter contre ceux et celles qui, dès le lendemain ou le surlendemain des attentats, ont commencé à répandre leurs immondices dans le pays : pour ne prendre que deux exemples parmi les plus frappants, Marine Le Pen demandant à ce que plus aucun migrant ne soit accueilli sur le territoire, ou Laurent Wauquiez plaidant pour la mise en camp de rétention des 4 000 individus faisant l’objet d’une fiche S – mesure qui, outre son caractère scandaleux, est complètement contre-productive du point de vue du renseignement, puisque la fiche S sert précisément à établir si un individu peut être dangereux pour la sécurité de nos concitoyens.

Les terroristes veulent détruire le modèle politique de la citoyenneté en France. La droite fascisante prétend que lutter contre eux passe par la réalisation immédiate de cet objectif. Telle est l’alliance objective, exposée ces jours-ci.

4.      La communauté politique doit rester unie et la fraternité primer.

Face à cela, nous devons tenir un principe fermement, principe d’action plus que d’analyse : la communauté politique doit rester unie. C’est l’unité populaire qui est ici en jeu, quand les errements à l’Assemblée nationale ont bien montré les limites de l’unité nationale lorsque tant de responsables politiques ne sont même plus capables de se tenir décemment en cette période de deuil.

Principe d’action que la fraternité en effet, qui peut être tenu et défendu par chacun et chacune d’entre nous quotidiennement. Il peut l’être dans la lutte sans merci contre tous ceux qui instillent la division. Mais, surtout, force affirmative, la fraternité doit nous guider dans les jours à venir à aimer les autres plus que jamais, à vivre, à sourire, à porter la confiance de notre incertitude individuelle au bonheur d’être ensemble. Plus que jamais casser les barrières que les ambitieux veulent dresser entre nous : acte collectif que doivent tenir les responsables politiques qui s’y inscrivent ainsi que tous les individus qui s’y reconnaissent.

Principe d’action quotidien, donc, dans le discours et les gestes, mais aussi principe politique : la fraternité, c’est l’idéal social qui anime notre République et dont ses veines vigoureuses peuvent être traversées. Il n’est pas ici le temps du programme et des mesures qui permettront au peuple de se sentir fort par lui-même, les individus assurés dans leurs moyens d’exister et leur puissance de décider. Mais c’est une dimension qu’il faut toujours garder à l’esprit quand la force de l’unité populaire nous anime.

5.      La prolongation de l’état d’urgence est inutile et entretient un climat de psychose

La sidération absolue pouvait nous saisir à l’annonce de la prolongation de l’état d’urgence sur une durée de trois mois. Pourquoi pas trois ans ? L’utilité réelle de la présence massive de forces de l’ordre et des forces armées dans la rue sur une telle durée n’a jamais été démontrée. En revanche, elle entretient un état de psychose et de peur dans la population pour longtemps. Quant à la possibilité de réaliser pendant trois mois des perquisitions administratives, c’est passer un peu vite sur l’Etat de droit et la nécessité que le pouvoir judiciaire s’exerce.

Le juge Trévidic annonçait clairement que si nous poursuivions dans cette voie, nous nous retrouverions dans une situation similaire à celle que nous critiquions pour la prison de Guantanamo. Nous ne pouvons pas laisser la France se salir par de pareils comportements, ni abdiquer ses principes.

L’état d’urgence est concomitant du ralentissement considérable, voire total, du débat politique. Les manifestations peuvent être interdites plus aisément, et les atteintes à l’Etat de droit se multiplier pendant cette période – ainsi de l’annonce proprement surréaliste de François Hollande souhaitant faire entrer certaines dispositions de la loi d’urgence modifiée dans la Constitution. Modifier la Constitution pendant l’état d’urgence, voici une conception bien particulière de la démocratie. Une telle modification mériterait a minima que l’on prenne le temps de la délibération, sinon qu’on en appelle directement au peuple pour en discuter.

Les moyens de lutte contre le terrorisme s’inscrivent dans le moyen terme, une fois résolus les problèmes techniques de moyens des services judiciaires. Faire croire aux citoyens qu’un état d’urgence les protège est un mensonge dangereux. Il l’est car il ne pose pas correctement le problème, qu’il procure une sensation illusoire de sécurité, et que de ce double fait il étouffe les débats nécessaires : déradicalisation, renforcement des principes républicains, lutte efficace contre Daech.

L’autoritarisme devient à chaque pas de plus dans cette direction une menace tangible. Cela ne peut être un horizon souhaitable pour notre pays.

6.      Un innocent est innocent où qu’il se trouve

Ce principe n’est pas sans rejoindre celui qui affirme la nécessité de la solidarité avec les migrants. En effet, les civils tués par Daech ou par d’autres forces impliquées dans le conflit au Moyen-Orient sont partout dans cet état de douleur affective que nous connaissons ces jours-ci, et les premiers parmi nous les proches et les familles des victimes.

 L’arrachement à leur terre est une douleur supplémentaire, poids infini qui pèse sur eux à chaque instant. Ce n’est pas un hasard si le groupe qui jouait au Bataclan ainsi que de nombreuses familles ont immédiatement fait part de leur volonté de paix.

L’observatoire syrien des droits de l’homme, ONG, faisait savoir que la coalition avait tué 52 civils à Kobané vendredi dernier. S’il est clair qu’en zone de conflit, de telles atrocités sont monnaie courante, elles ne doivent pas être banalisées pour autant. C’est en sachant cela qu’il faut également mesurer précisément les dimensions tactiques et stratégiques des actions militaires menées là-bas.

L’empathie ressentie par chacun et chacune d’entre nous peut passer les frontières, et ainsi nous permettre d’imaginer le calvaire subi par tant d’êtres humains, et depuis tant d’années.

La rhétorique guerrière irréfléchie et les bombardements stratégiques – c’est-à-dire de la seule aviation – ne peuvent pas tenir lieu de politique internationale.

7.  Déclarer que nous sommes en guerre est une erreur colossale

Le discours ouvertement belliciste tenu ces jours-ci est impropre. Daech n’est pas un Etat, et il ne demandait pas tant à la France que de l’admettre comme tel dans sa réaction. L’espace occupé par Daech est déstructuré, coupé par les interventions kurdes, il recule plus que jamais, et voici que la diplomatie française fait volte-face et lui concède une guerre. Il apparaît dès lors plus puissant que jamais alors qu’il subit défaite militaire sur défaite militaire depuis quelques semaines.

Il y a ici une seconde erreur : considérer que le conflit au Moyen-Orient implique directement la France, que celle-ci fait cette « guerre », est une invitation à nous attaquer de nouveau doublée d’une illusion dans l’analyse. Le conflit est en effet avant toute chose régional et social, et doit, si notre politique vise à construire des conditions durables de la paix dans cette région, s’appuyer sur les acteurs régionaux. Dans le combat, cela signifie avant toute chose soutenir les Kurdes, en Syrie comme en Irak, et demander à la Turquie qu’elle cesse de jouer les tireurs dans le dos contre cette force décisive dans la lutte contre Daech.

Jouer les gros bras pour satisfaire une envie de vengeance que certains pourraient ressentir sous le coup de l’émotion est inconséquent politiquement. D’autant que cette intensification unilatérale des bombardements précédait de peu la visite du Premier Ministre qatari, dont il est avéré que l’Etat a financé Daech. Vendre des armes semble plus important qu’adopter une politique internationale cohérente pour en finir avec Daech.

8.      Il ne faut jamais oublier les origines sociales et économiques des conflits

Pour lutter, encore faut-il savoir contre quoi nous luttons. Ce n’est pas un Etat – et, sur ce point, les interventions de Bertrand Badie ce week-end sur France Inter ont été très claires. Qu’est-ce donc ? Je reprends à mon compte la réponse de ce professeur et chercheur en relations internationales : une entreprise clientéliste qui progresse sur fond de misère. A partir des ressources engrangées par l’exploitation des puits de pétrole, cette organisation, en même temps qu’elle finance ses activités terroristes, clientélise et terrorise une vaste partie de la population de l’espace qu’elle contrôle. Sa naissance comme son recrutement n’ont été possibles que du fait de l’état de délabrement dans lequel les Etats-Unis ont laissé l’Irak et dans lequel la guerre civile a plongé la Syrie.

Maintenant se pose une question éminemment décisive dans la résolution du conflit : qui achète le pétrole de Daech ? Par quelles banques cet argent transite-t-il ? Pourquoi ces transactions ne sont-elles pas bloquées ? Qui a fourni le capital de départ à cette organisation ?

Daech contrôle 24 institutions financières sur les territoires syrien et irakien, information que j’ai recueillie dans un reportage d’Arte sur le sujet. La liste est connue. Bloquer leurs transactions internationales serait un premier pas. Mais il faut toujours se méfier de l’appétit du gain et de la cupidité, même quand tant de vies sont en jeu. Quant aux capitaux de départ, le Qatar et l’Arabie Saoudite auraient sans doute quelques histoires à raconter à ce propos. Enfin, le pétrole, question clef, est aussi la plus épineuse. L’une des plus importantes dimensions du problème,  sur laquelle l’action pourrait être la plus rapide est la suivante : est-ce que des Etats membres de l’UE achètent du pétrole à Daech ? Une récente enquête de Mediapart nous le suggère fortement.

Il faut que cela cesse, immédiatement. Nous retrouvons ici la nécessité absolue que des acteurs locaux, les Kurdes, s’emparent du combat avec notre appui financier, logistique – sans que nous envoyons pour autant des troupes au sol. En effet, quand viendra le temps de la construction politique d’un Etat stable, il faut que leur victoire soit vraiment la leur, base plus solide pour retrouver une cohésion sociale.  

9.      Répéter 2003, c’est condamner notre futur

L’essentiel de ce principe est contenu dans ce qui précède : une intervention au sol des puissances dites occidentales – catégorie vide acceptée comme tel dans notre espace de débat – produiraient les mêmes effets qu’auparavant : renforcement de Daech qui pourra mobiliser une rhétorique contre l’étranger qui envahit et se poser en résistant, déstructuration encore plus profonde du tissu social. Une telle initiative serait de nature à produire des organisations comme Daech à répétition, et tendrait à rendre autoréalisatrice cette prophétie inepte du choc des civilisations qui ne satisfait que les intégrismes et de vils calculs, en France comme en Syrie.

Les néconservateurs – du nom de ses pseudos-théoriciens étatsuniens qui ont encouragé l’intervention de 2003 en Irak, et désormais plus influents en France – ressemblent fort à ces libéraux qui ont vu leurs principes s’effondrer dans la crise financière de 2008. Si notre pensée n’a pas marché, c’est que nous ne sommes pas allés assez loin dans son application. Il est temps que ces apprentis-sorciers qui n’illusionnent plus personne se rangent tranquillement dans les poubelles de l’histoire. Ils n’ont rien à nous apprendre.

Je n’écris pas ici que le problème est simple. J’essaie, à ma mesure, de dessiner quelques axes pour le penser alors que toutes les manières d’aborder la crise au Moyen-Orient ont échoué. Il faut donc s’y confronter de nouveau, en prenant le temps de la pensée et de l’action raisonnée. Heureusement qu’Obama préside les Etats-Unis, sans quoi je crains que cette répétition dramatique aurait eu lieu. J’ose espérer que sa probabilité est faible.  

10.  La France devrait avoir un rôle de paix et d’affirmation des principes fondateurs de sa République : soutien aux Kurdes et dialogue avec les acteurs régionaux  

Enfin, et c’est le principe le plus important, la France doit retrouver les moyens diplomatiques de s’affirmer comme puissance de paix. A l’intérieur, ce ne sera jamais assez répété, cela signifie ne pas céder aux tentations si multiples qui vont nous être présentées de nous diviser, d’ethniciser le débat en rapportant tout à l’origine ou à la religion – indistinctement pour les esprits les plus consternants qui pratiquent cette affaire. Positivement, cela signifie construire un horizon collectif digne de ce nom, avoir confiance dans notre destin commun et nos principes pour vaincre la peur.

A l’extérieur, cela signifie appuyer les Kurdes pour soutenir ensuite un processus de paix porté par les populations elles-mêmes, et non par je ne sais quel comité d’experts venus porter la bonne parole. Cela signifie également redevenir une force de dialogue avec tout le monde ; en d’autres termes, faire de la diplomatie. Ceci pourrait nous ramener au conflit israélo-palestinien, la principale matrice historique des conflits au Moyen-Orient. Mais je ne veux pas m’étendre sur ce point ; il suffit d’écrire ici que notre soutien sans failles à Israël – tournant diplomatique pris depuis 2007 – est une erreur diplomatique majeure, et que nous devrons réviser notre position à ce sujet.

Les défis qui attendent chacun et chacune d’entre nous dans les jours à venir sont nombreux. Puiser en soi la force de retrouver la vie et sa légèreté, se battre pour nos droits, user de notre liberté, lutter pour l’égalité et pratiquer la fraternité. Résister à la bêtise, qui ne manquera pas de se faire sa place dans les discussions à venir. Analyser la situation comme si nous étions en situation de décider, afin de comprendre ce que le gouvernement fait endosser au peuple et la pertinence de sa stratégie militaire. Enfin, plus que jamais, croire en notre capacité à construire une société juste et émancipée, possibilité honnie par les terroristes. J’espère que ces quelques lignes peuvent y aider, ainsi que ces vers de Paul Eluard :

« Savoir régner savoir durer savoir revivre

Il rejeta ses draps il éclaira la chambre

Il ouvrit les miroirs légers de sa jeunesse

Et les longues allées qui l’avaient reconduit

 

Etre un enfant être une plume à sa naissance

Etre la source invariable et transparente

Toujours être au cœur blanc une goutte de sang

Une goutte de feu toujours renouvelée

 

Mordre un rire innocent mordre à même la vie

Rien n’a changé candeur rien n’a changé désir

L’hiver j’ai mon soleil il fait fleurir ma neige

Et l’été qui sent bon a toutes les faiblesses

 

L’on m’aimera par-dessus tout ordre

Et je suis prêt à tout pour l’avenir de tous

Et je ne connais rien de l’avenir

Mais j’aime aimer et je mourrai d’amour »,

 

Poésie ininterrompue, Gallimard, 1946, p.14-15

 

 

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