Vive la grève ! Vivent les syndicats ! Vive la 6e République sociale !

Revenons-en au commencement : une loi dont personne ne veut dans le pays, majoritairement rejetée au sein de l'assemblée, a été adoptée par le coup de force permis par l'article 49 alinéa 3 de la Constitution.

                Le gouvernement actuel patauge avec difficulté dans une mare qu'il a créée avec méthode et ingéniosité. Personne ne se joint à lui, il est seul à jouer, et les atouts de la légitimité tombent de ses épaules comme des roses fanées, annonciatrices de la fin prochaine de l'arbuste. Revenons-en au commencement : une loi dont personne ne veut dans le pays, majoritairement rejetée au sein de l'assemblée, a été adoptée par le coup de force permis par l'article 49 alinéa 3 de la Constitution.

            Quel plaisir pour Manuel Valls, dont le rôle préféré est de jouer les pères fouettards en donnant du menton et en faisant les yeux noirs. Il devait, par ce coup de force, incarner l'autorité. Il prend un plaisir malsain à cette comédie qui ne fait plus rire personne. Il avait oublié, comme ce gouvernement l'a toujours fait, une puissance particulièrement importante en démocratie, la seule qui compte : le peuple.

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La résistance démocratique des syndicats

            Si je prends la plume aujourd'hui, c'est avant tout pour saluer et apporter un soutien, fût-il symbolique, aux syndicalistes de la CGT, mais aussi de FO ou de SUD-solidaires, qui ont porté le mouvement social à la hauteur du défi posé par ces traîtres à leurs promesses qui prétendent gouverner. L'usage du 49.3 aurait pu nous assommer, atténuer le mouvement, faute de perspectives concrètes pour que la loi soit retirée.

            Puis, soudain, comme un souffle d'espoir, les raffineries se sont mises en grève les unes après les autres, les dockers avancent, en rangs serrés et solidaires, les centrales nucléaires s'y joignent, les cheminots continuent la lutte, et tant d'autres se mettent en mouvement. Deux perspectives prennent corps et débordent sur les écrans de télévision qui ne les évoquent jamais : une aspiration démocratique existe dans notre pays, et l'une de ses bases les plus fortes se trouve dans la classe ouvrière trop souvent rendue invisible.

            L'orgueil démocratique, c'est de pouvoir dire non à ces dirigeants fantoches qui débordent de fatuité et d'autosatisfaction. C'est comme un seul homme se lever et poser clairement les termes du débat : vous avez des méthodes autoritaires, nous utiliserons nos moyens pour vous faire reculer, ce que certains, facétieux, ont appelé le 49.3 citoyen. Et quels sont-ils, ces moyens ? Ceux de produire, tout simplement, ceux d'animer l'économie entière et faire vivre le pays. Les esprits encroûtés des éditocrates peinent à y croire : des individus concret font tourner l'économie, ce ne sont pas que des capitaux et des gentils patrons !

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De la mare gouvernementale à la boue médiatique

            Ces éditocrates se remettent vite de leurs émotions, et voici que des ondes radio et télé déborde le même message, envoyé à tous les citoyens pour tenter de diviser le mouvement. Mais pour qui se prennent-ils ? Quelle est la légitimité de ces syndicats ? Les refrains se succèdent, se ressemblent et le disque tourne en boucle, inlassablement. Rayé. Lequel des éditorialistes type Apathie s'est-il scandalisé qu'un gouvernement utilise le 49.3 pour faire passer une loi qui allait à l'encontre de ce pour quoi il avait été élu ? S'en est-on ému autant ?

            C'était un sujet, certes. Mais les termes étaient bien différents. Je n'ai pas vu, ces dernières semaines, un journaliste défendre que Manuel Valls "prenait en otage" les Français et qu'il fallait absolument "libérer" Matignon d'un fou furieux en voie de "radicalisation". C'est exactement les trois termes sur lesquels repose le bourrage de crâne actuel. Il ne fonctionne pas, d'ailleurs, l'opinion publique considérant à raison que la responsabilité des actuels blocages revient au gouvernement. La CGT livres vient de bloquer la parution des titres de presse hormis L'humanité. Ce n'est que justice.

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            J'insiste sur l'inconséquence incroyable de l'usage de ces termes. La prise d'otages est un événement qui relève de la criminalité voire du terrorisme. Les chiens de garde comparent ces salariés qui ont le courage de lutter démocratiquement en faisant usage de leur droit de grève à des criminels. Dans la droite ligne de ce gouvernement qui a refusé d'amnistier les syndicalistes. Et l'opposition de droite qui jubile et appelle à briser les grèves en réquisitionnant les salariés. Ambiance XIXe siècle. Merci Hollande, Valls & Co.

            En être à débattre du droit de grève en 2016, c'est le signe d'un gouvernement et d'un système politique rétrogrades. Après une année tragique où tous en ont appelé aux grands principes de la République, en oublient-ils la dimension sociale ? Ils font pire que cela : ils renvoient ceux et celles qui luttent au terrorisme, analogie insupportable et honteuse. A faire pleurer de rage. Une bonne raison, d'ailleurs, pour abandonner ce terme vide de radicalisation. Il sert un peu facilement la soupe à ces puissants "radicalisés" dans leur lutte contre les intérêts du peuple.

Construire une démocratie au service du peuple

            Nos gouvernants, en plus de s'être oubliés, ont laissé de côté, si jamais ils l'ont eu à l'esprit, l'ambition démocratique au cœur du projet révolutionnaire français depuis deux siècles. Ils ont foulé au pied le socialisme dont ils se réclamaient. Ils ont confisqué le pouvoir et entendent le conserver en jouant sur la peur de l'extrême-droite. Ils ne nous auront pas à ce jeu-là, nous sommes fatigués du chantage. Du PS au FN, toutes les idées avancées semblent tendre vers plus d'autoritarisme et veulent affaiblir le pouvoir citoyen.

            Mais ce qui est en train de se passer est  enthousiasmant, dessine pour le pays un autre horizon que marcher en rang derrière des cadavres ambulants. La rupture entre les prétentieux de la caste et le peuple en mouvement est consommée. Forts de notre énergie collective retrouvée, nous pouvons nous donner un projet ambitieux : décider ensemble de changer les règles, faire que les représentants du peuple le servent et non qu'ils exigent l'inverse des citoyens, se doter d'une nouvelle Constitution.

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            La 6e République est possible. Le mouvement pour la 6e République (www.m6r.fr) porte cette idée depuis deux ans déjà, un candidat à la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon, l'a inscrite à son programme. Je n'ai qu'un seul souhait, quelle que soit la forme que cela prendra : que nous parvenions à transformer cet élan démocratique qui traverse le pays, incarné par Nuit Debout également, en énergie positive de transformation. Que le peuple reprenne les rennes pour en finir avec le bateau ivre de la Ve République. 

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