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Billet de blog 2 janv. 2016

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Les éoliennes vivent sous perfusion d'eau ou de charbon

Les nouvelles énergies renouvelables (solaire, éolien...), peuvent produire beaucoup d'énergie... Mais seulement de temps en temps, quand elles veulent bien travailler. C'est bête à rappeler : il y a aussi des jours sans vent et des nuits sans soleil.

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Les nouvelles énergies renouvelables (solaire, éolien...), peuvent produire beaucoup d'énergie...
Mais seulement de temps en temps, quand elles veulent bien travailler.
Et elles ne veulent pas très souvent ! 1/4 du temps pour les éoliennes, un dixième pour les panneaux photovoltaïques (ce sont les facteurs de charge approximatifs).
C'est bête à rappeler : il y a aussi des jours sans vent et des nuits sans soleil.
Une éolienne produit selon l'humeur du temps, selon la bise et le zéphyr, elle peut même ne rien produire du tout ; il faut une autre source d'énergie, fiable, pour la secourir lorsque le vent manque.

Les éoliennes ne sont pas autonomes, elles ne peuvent vivre que sous perfusion.

Les nouvelles énergies renouvelables n'ont produit qu'environ 1 % de l'énergie mondiale en 2013.

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Sources : IEA statistics - Key renewable trends - 2015

(Les arrondis peuvent conduire à des totaux imparfaits.)

Le caractère aléatoire de l'énergie produite par éoliennes et panneaux photovoltaïques pose des problèmes aux gestionnaires du réseau électrique. Lorsqu'ils sont entièrement maîtres des générateurs d'électricité, ils contrôlent et pilotent la production pour l'adapter à la demande variable des utilisateurs. 

Mais lorsque les contrôleurs ne contrôlent plus rien, lorsque la production d'électricité est elle-même variable et imprévisible, à la merci d'une saute de vent ou d'un nuage qui passe ? Il faudrait au minimum des talents d'équilibriste-jongleur-fil-de-fériste pour équilibrer une production aléatoire incontrôlable et une demande variable. Sans garantie ; même le meilleur fil-de-fériste ne s'aventure pas lorsque le vent souffle en rafales tournoyantes imprévisibles. Les techniciens du réseau n'ayant même pas reçu de formation d'équilibriste-jongleur-fil-de-fériste, on ne sait pas faire fonctionner sans risque de blackout un réseau comportant plus de 20 % de sources fluctuantes aléatoires telles que les éoliennes.

Pourtant, on cite le cas danois pour démontrer qu'on peut le faire. Le Danemark réussit à injecter 35 % d'électricité éolienne dans son réseau (2013). Mais cette démonstration est fausse, car le Danemark n'est pas isolé du reste du monde, il échange de l'électricité avec ses voisins ; c'est l'ensemble de ces réseaux interconnectés et coopérants qu'il faut considérer. Pour le Danemark, ça tombe bien, les voisins disposent d'une hydroélectricité abondante, qui est pilotable : lorsque le vent danois faiblit, il appelle au secours l'eau norvégienne.

Les éoliennes danoises sont sous perfusion d'eau de Norvège.

La combinaison du vent danois et de l'eau norvégienne est idéale. Mais elle exploite une combinaison géographique exceptionnelle, et rare. Ce cas idéal n'est pas applicable partout, c'est la géographie qui dispose. Par exemple, l'Allemagne aussi a du vent, le vent du nord ; c'est pourquoi les Allemands préfèrent passer leurs vacances au bord de la Méditerranée plutôt qu'au bord de la Baltique. L'Allemagne développe aussi l'énergie éolienne. Les éoliennes allemandes aussi ont besoin de perfusion. Mais l'Allemagne n'a pas l'eau et le relief, elle n'a pas de tuteur hydroélectrique, ni chez elle ni à sa porte, elle a surtout des centrales à combustibles fossiles.

Les éoliennes allemandes sont sous perfusion de combustibles fossiles.

« On peut de ce point de vue noter qu’en Allemagne la croissance de l’offre intermittente d'électricité d’origine renouvelable a nécessité l’ouverture de nouvelles capacités de production thermiques à charbon (13 GW) ainsi que le développement de l’exploitation du lignite conduisant à des émissions accrues de CO2 et surtout de polluants (oxydes d’azote et de soufre à l’origine des pluies acides…). »

« Sans moyen de stockage de l’électricité à grande échelle », on ne peut « éviter que l’intermittence de ces sources d’énergie ne conduise à utiliser des combustibles fossiles lorsqu'elles ne fournissent pas l'énergie demandée. » (" Avis sur la transition énergétique - dans le cadre du débat sur le projet de loi relatif à la transition énergétique pour la croissance verte " - Académie des Sciences française, 6 janvier 2015)

C'est pour ces raisons que l'Allemagne maintient en service ses centrales fossiles existantes, et doit en outre – c'est en cours – construire ou moderniser de nouvelles centrales au gaz, au charbon, au lignite. (Germany plans to build, revamp 84 power plants-BDEW - Reuters, 23 avril 2012 - Les centrales à charbon et au gaz en Allemagne : Chiffres clés et état des lieux - octobre 2012)

Les cheminées des centrales allemandes fumeront encore dans 40 ans.

Les éoliennes danoises marchent à l'eau de Norvège ;
les éoliennes allemandes marchent au charbon.

 http://ecologie-illusion.fr/

 Pierre Yves Morvan

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