La transition énergétique en Allemagne : tout ça pour ça ?

Depuis longtemps l'Allemagne émet beaucoup plus de CO2 par habitant que la France. Les centrales allemandes à combustibles fossiles, dont la spécialité locale le terrible lignite, tournent à plein régime, émettant CO2 et particules fines (le lignite est un charbon de très mauvaise qualité, très polluant). Il était urgent que l'Allemagne songe à réduire ses émissions de CO2 et de particules

Depuis longtemps l'Allemagne émet beaucoup plus de CO2 par habitant que la France. Les centrales allemandes à combustibles fossiles, dont la spécialité locale le terrible lignite, tournent à plein régime, émettant CO2 et particules fines (le lignite est un charbon de très mauvaise qualité, extrêmement polluant).

Il était urgent que l'Allemagne songe à réduire ses émissions de CO2 et de particules fines.
C'est commencé, répondent enfin les Grünen. En effet, l'Allemagne s'est lancée dans un vaste programme d'économies d'énergie et d'énergies renouvelables ; énergie photovoltaïque, énergie éolienne pour exploiter le fameux vent du nord, celui qui chasse l'été les Allemands des bords de la Baltique et les pousse jusqu'à la Méditerranée. L'Allemagne est maintenant l'un des premiers producteurs d'énergie éolienne au monde ; bravo !
Les Grünen français sont émerveillés, les yeux pleins d'étoiles semblant des éoliennes.

Les Grünen français ont été envoûtés par le formidable battage médiatique qui fait croire que l'Allemagne agit pour réduire ses émissions de CO2. Réduire les émissions de CO2 est la priorité des priorités écologiques.

Mais, après enquête, il apparaît que la priorité des Grünen allemands n'est pas de réduire le CO2 ; elle est de sortir du nucléaire 1.
Pendant ce temps-là les émissions de CO2 ne diminuent pas.
Pendant ce temps-là, les Grünen français sont quand même émerveillés ; parce que le coup de génie marketing des Grünen a été de mettre la sortie du nucléaire au menu, tout en offrant quelques éoliennes en zakouski ; elles sentent bon le vent du Nord, et font croire que le plat principal est du même vent et de la même eau. Les Grünen français se sont laissés séduire par les zakouski sans réaliser que le plat principal c'est encore fossile à la sauce lignite. Les zakouskis sont fait pour ça : un produit d'appel.

Entre astuces de marketing Vert et ingénuité du public par l'odeur alléché, quelques diagrammes permettent de faire le point. 

Question : Quel pays utilise le plus d'énergies renouvelables, l'Allemagne ou la France ?
Réponse :

energies-renouvelable-fossiles-france-allemagne

 

Sources :
D'après eurostat -"Part des énergies renouvelables dans la consommation finale brute d’énergie" (%) 
D'après Données banque mondiale - Consommation de carburants fossiles (% du total)

1] La France utilise plus d'énergies renouvelables que l'Allemagne. 
2] La France utilise moins d'énergies fossiles que l'Allemagne. Dont le terrible lignite.
C'est-à-dire que la France utilise plus d'énergies bas carbone que l'Allemagne.

Question : Qui émet le plus de CO2 lié à la combustion d'énergie, un Allemand ou un Français ?
Réponse :

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source : CO2 EMISSIONS FROM FUEL COMBUSTION – Highlights - IEA

1] Chaque Allemand émet beaucoup plus de CO2 lié à la combustion d'énergie que chaque Français.
2] Ces émissions de CO2 baissent, en Allemagne et en France.
3] Elles baissent sensiblement au même rythme dans les deux pays.

On peut faire dire à cette courbe que l'Allemagne est en train de sortir du nucléaire sans beaucoup augmenter ses émissions de CO2. Ce qui est vrai, et des sites militants ne se privent pas de le souligner en le présentant comme un succès. Mais où est le succès ? Ce que dit cette courbe aussi, c'est que les énormes émissions de CO2 de l'Allemagne ne diminuent pas !

L'Allemagne émettait beaucoup plus de CO2 par habitant que la France ;
Une transition énergétique après, des milliards après, l'Allemagne
est maintenant couverte d'éoliennes... et continue à émettre beaucoup plus de CO2 par habitant que la France ! Un énorme gâchis. N'aurait-il pas été préférable d'utiliser écologiquement ces milliards, pour réduire les émissions de CO2, la priorité écologique du siècle ?

L'Allemagne ayant choisi de sortir du nucléaire, voici comment a évolué la production d'électricité brute en Allemagne par source d'énergie :

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Source : ag energiebilanzen

 

Ce diagramme montre la croissance spectaculaire des énergies renouvelables en Allemagne. Des médias ont titré avec enthousiasme qu'en 2015 un tiers de l'électricité consommée en Allemagne était d'origine renouvelable 2. C'est la bonne nouvelle, en théorie.

Mais la mauvaise nouvelle est que la part des énergies fossiles ne baisse pas ! Elle reste pratiquement constante, et élevée. Parce que les énergies renouvelables ne servent qu'à remplacer une autre énergie bas carbone, le nucléaire. De sorte que la moitié de l'électricité allemande qui était d'origine fossile... est encore d'origine fossile, dont le terrible lignite ! Ce qui ne va pas dans le sens de la priorité écologique du siècle : réduire les émissions de CO2.

Les éoliennes allemandes sont le cache-sexe du lignite allemand.

Et si l'Allemagne avait choisi de sortir du CO2 ?

L'Allemagne peint en Vert des milliards d'euros... sans réduire ses énormes émissions de CO2 ! Elle fonce quand même dans le mur du réchauffement climatique, nous entraînant avec elle, parce qu'en cette affaire nous sommes tous accrochés comme des wagons, tous lancés sur les mêmes rails : le réchauffement climatique ne s'arrête pas à la frontière. 

Faisons un peu d'histoire-fiction, d'uchronie. Et si l'Allemagne avait choisi une autre priorité ? Non pas sortir du nucléaire, mais sortir du CO2. Avec le même investissement, cela aurait donné le digramme suivant, où la même progression des énergies renouvelable sert à réduire les énergies fossiles, et donc CO2 et particules fines, , et non à compenser une réduction du nucléaire. 

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On pourrait faire encore mieux, proposer un un scénario encore plus révolutionnaire, où le nucléaire ne serait pas constant, mais augmenterait, pour que les énergies fossiles baissent encore plus. Épidémie d'apoplexie chez les grünen à prévoir ! Pourtant, c'est un scénario déjà en oeuvre, en Chine, qui développe hydraulique (barrage des Trois Gorges), éolien, photovoltaïque... et nucléaire ! Tout ce qui permet de réduire charbon et CO2, bonne nouvelle pour la planète. Faut-il protester ? Quel seraient les arguments du grünen qui serait tenté d'aller faire la leçon aux Chinois ? 
Lles rapports de l'AIE et du GIEC indiquent que pour espérer limiter le réchauffement climatique à moins de 2°C toutes les énergies bas carbone sont indispensables, y compris le nucléaire.

Sortir du nucléaire ou sortir du CO2 ?

On comprend aisément les décisions allemandes ; elles sont inspirées par la peur du nucléaire, entretenue et amplifiée par les Grünen, les Verts, les Verde, et autres. Mais la peur vient du cerveau reptilien, elle n'est plus bonne conseillère à l'ère quaternaire. Le cerveau reptilien fonctionne à l'émotion, à la sensation, à la propagande, toutes choses trompeuses ; il ne connaît pas la réflexion, l'analyse des pour et des contre, des avantages et des inconvénients. Sortir du nucléaire ou sortir du CO2 ? Est-il plus urgent d'échanger un accident nucléaire éventuel, local et limité, contre un réchauffement climatique inéluctable, global, peut-être globalement catastrophique ? Sans parler des particules fines. Mais si on ne réduit pas les émissions de CO2 et que la planète brûle, à quoi aura servi de sortir du nucléaire ?

La pire réponse est celle du bonimenteur qui fait croire que tout est possible : sortir du nucléaire et en même temps réduire les émissions de CO2, avec l'argument des miraculeuses énergies renouvelables. L'Allemagne fait la démonstration, en temps réel, que les énergies renouvelables peuvent compenser une réduction limitée de nucléaire, mais sans diminuer les émissions de CO2. Même avec des éoliennes derrière chaque clocher, l'électricité allemande sent mauvais ; elle sent le gaz russe, le charbon d'ailleurs, et la spécialité locale, le lignite : il y avait 52 % d'énergie fossile dans l'électricité allemande en 2015.

Électricité allemande : 52 % d'énergie fossile en 2015.
Électricité française : 6 % d'énergie fossile ; sans lignite.
Les arbres d'acier de quelques éoliennes cachent la gigantesque forêt fossile allemande.

Le gouvernement allemand s'était lancé tout schuss dans les énergies renouvelables. Il en découvre maintenant les difficultés et les limites, et doit se résoudre à quelques slaloms, et même à descendre prudemment en chasse-neige. Face aux difficultés de gestion du réseau électrique allemand (en plus de l'augmentation spectaculaire du prix de l'électricité pour les particuliers), le Parlement allemand a adopté le 8 juillet 2016 une réforme de la loi sur les énergies renouvelables, visant à en limiter le coût et le développement.

La Chine étouffe déjà sous les fumées et particules fines ; les dirigeants chinois, réalistes, ont choisi de développer le nucléaire.
Ce serait bien que les candidats à l'élection présidentielle en France soient réalistes.

 

1 « Nous sommes prêts à accepter un retour temporaire au charbon comme source d'énergie afin d'épargner à l'Allemagne les effets destructeurs de l’atome. Après tout, ce qui nous importe à tous c'est la protection de l'environnement » (Jürgen Trittin, chef du groupe des Verts au Bundestag).

2 Toutefois peu de médias ont noté que les nouvelles énergies renouvelables produisent de l'énergie... même quand on n'en a pas besoin. Au point même que l'on paye parfois le consommateur pour utiliser cette électricité dont on ne sait que faire.
"Il devient en effet plus coûteux d'arrêter la production pour quelques heures (coût de démarrage, seuil technique de puissance minimum, durée minimale d'arrêt…)". "Le producteur peut préférer payer pour écouler sa production plutôt que d'interrompre la production." (Denis Voisin, porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot) 

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