La chasse au gaspi - L'agriculture bio gaspille la terre

Du bio ou rien ! réclament les bio addict. Ce pourrait être rien. Parce que l’agriculture bio n'a pas pris la précaution élémentaire de s'assurer qu'elle pourrait nourrir l'humanité, toute l'humanité. On sait pourtant les famines d'autrefois, lorsque tout le monde mangeait bio.

Du bio ou rien ! réclament les bio addict.
Ce pourrait être rien. Parce que l’agriculture bio n'a pas pris la précaution élémentaire de s'assurer qu'elle pourrait nourrir l'humanité, toute l'humanité. On sait pourtant les famines d'autrefois, lorsque tout le monde mangeait bio.

De nombreuses études ont évalué les performances de l'agriculture biologique. Évidemment il faut comparer ce qui est comparable : les rendements pour de mêmes variétés, dans des sols et des climats comparables, avec les mêmes méthodes de culture (avec ou sans rotation de cultures par exemple, qui n'est pas une exclusivité bio), etc. Lorsque cette exigence élémentaire n'est pas respectée – ça arrive – on peut obtenir n'importe quel résultat, ce qui permet à des sites militants d'affirmer n'importe quoi. Mais lorsqu'on compare ce qui est comparable, pas des choux et des navets, on mesure que les rendements bio sont plus faibles que ceux de l'agriculture "conventionnelle".

« L’analyse montre que l’AB souffre d’un handicap de productivité physique (moindres performances agronomiques et zootechniques.) » (Vers des agricultures à hautes performances. Volume 1. - Analyse des performances de l’agriculture biologique, Inra - 2013)

« Notre analyse des données disponibles montre que les rendements bio sont globalement inférieurs aux rendements conventionnels » (Comparing the yields of organic and conventional agriculture - Seufert - 2012)

« Nous avons analysé 362 études comparant les rendements de l'agriculture bio et de l'agriculture conventionnelle ► L'écart est de 20 %, mais diffère selon les cultures et les régions » (The crop yield gap between organic and conventional agriculture - de Ponti - 2012)

Cette dernière étude précise que les différences de rendement dépendent grandement du contexte, et de ce que l'on compare :

« Les différences varient entre des rendements bio inférieurs de 5 % (légumes non irrigué et plantes vivaces sur les sols faiblement acides ou faiblement alcalins), 13 % de rendement inférieur (lorsque les meilleures pratiques organiques sont utilisées), à des rendements 34 % moins élevés (lorsque les méthodes classiques et organiques sont le plus comparables). »

Les différences de rendement selon les cas permettent, en choisissant bien les exemples, à des sites militants de faire croire à d'excellents rendements du bio. Mais la réalité globale est que "lorsque les méthodes classiques et organiques sont le plus comparables", les rendements bio sont inférieurs de 34 %.

L'agriculture bio gaspille le premier bien le plus précieux de tous, la terre !

Les vendeurs de bio prétendent que l'agriculture bio préserverait la terre, contrairement à l'agriculture conventionnelle qui la dégraderait. Toutefois, sur cette terre dite dégradée, la réalité est que les rendements de l'agriculture conventionnelle se maintiennent ou progressent, et sont bien supérieurs à ceux de l'agriculture bio.
Peu importe la réalité... Les vendeurs de bio demandent quand même que l'agriculture biologique soit encore plus subventionnée,
en raison des externalités positives imaginaires qu'ils lui attribuent gratuitement, la supposée préservation de la terre.

La même "logique" demanderait de taxer l'agriculture biologique pour ses "externalités négatives" : le bio gaspille la terre – ça ce n'est pas imaginaire, c'est la réalité mesurée – et ce gaspillage aggrave l'urgence alimentaire sur la planète

Alors que la terre manque déjà, manquera de plus en plus (*), nourrir toute la planète en bio nécessiterait de nouvelles terres cultivables ; où les trouver ?

« Répondre à la demande alimentaire mondiale croissante impliquera soit une agriculture intensifiée (en utilisant davantage de produits chimiques, d'énergie et d'eau et des cultures et des espèces plus efficaces) ou de cultiver plus de terres. » (Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE) - rapport 2007 "Global Environment Outlook" (GEO-4))

  •  "Agriculture intensifiée" par des espèces plus efficaces. On sait faire, des espèces plus efficaces ça existe, ça s'appelle des OGM. Mais l'agriculture biologique refuse les OGM.
  •  "Cultiver plus de terres". On sait faire aussi ; c'est une autre façon de dire : "abattre des forêts". C'est déjà commencé ! Dans la forêt amazonienne, en Afrique équatoriale, en Asie...

Les solutions existent, on a l'embarras du choix...

Plus de bio, c'est moins de forêt.

 

(*) Cette évolution est le résultat de pressions contradictoires :
- La population augmente ; il faut donc plus de logements, de bureaux, de commerces, de routes...
- Mais l'augmentation des rendements agricoles permet d'utiliser moins de terre pour une même production.
- Mais les niveaux de vie augmentent, engendrant des demandes nouvelles :
« On observe aussi durant cette période [entre 1982 et 2003] un décrochage entre l’accroissement de la population et la "consommation" d’espace, traduisant une augmentation annuelle des "besoins" par habitant de 7 m2 : maison individuelle au lieu de l’habitat collectif, surface plus grande des maisons (+ 15 m2 entre 1984 et 2006) et des jardins (510 m2 avant 1974 et 720 m2 après 1999), surfaces en espaces verts et de loisirs, diminution du nombre de personnes par logement entraînant une demande supplémentaire de logements (de 2,9 en 1984 par maison individuelle à 2 en 2006, et de 2,4 en logement collectif à 2) ». (Courrier de l’environnement de l’INRA n° 57, juillet 2009)
►L'augmentation des niveaux de vie est un problème.
►L'urbanisation doit tendre vers le vertical en non l'horizontal.

 

http://ecologie-illusion.fr/agriculture-bio-peut-elle-nourrir-humanite.htm

Pierre Yves

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.