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Billet de blog 17 juillet 2020

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18 Juillet: Journée Internationale d'hommage à Nelson MANDELA

À l'occasion de la Journée Internationale Nelson MANDELA marquant les soixante-sept ans de lutte de cet homme d'envergure exceptionnelle, le Washington Mandela Fellowship invite la jeunesse africaine à honorer la mémoire de Madiba, à travers diverses actions sociales et numériques.Cette oraison funèbre que j'avais écrite lors de sa disparition le 5 décembre 2013, est plus que jamais d'actualité.

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Eulogie pour Mwalimu[1] Nelson Rolihlahla MANDELA

Te voilà à présent Mwalimu, en route pour l’éternité. Cette route que tu viens toi-même de demander à tes vénérés ancêtres. Te voilà en route, à travers les majestueuses et verdoyantes vallées et collines de Qunu[2], pour rejoindre tes illustres Ancêtres : Dinga, Bamtaba, Hintsa, Dalasilé[3]et tous les autres.

Enkosi Mwalimu,Uhambe hakuhle !Uhambe hakuhle ! Uhambe hakuhle ![4]. Là, t’attendent déjà Steeve Biko, Walter Sisulu, Oliver Tambo, Albert Lutuli, Guwan Mbeki, Ahmed Kathadra, Dulcie September[5].Je les devine tous, t’accueillant au son des trompettes en corne de zébu, sur les rythmes de l’ancestrale danse Toï Toï. Et toi, ton légendaire large sourire aux lèvres, te mêlant gaiement à cette foule de bienheureux en liesse.

Des rives majestueuses du Limpopo aux monts Drakensberg, du désert du Kalahari aux immenses plaines de l’Etat libre d’Orange, écoutes-en ce moment monter jusqu’à toi toutes ces clameurs Ecoute, Mwalimu, unies dans une même ferveur, toutes ces voix des filles et fils de Mère-Afrique.

A l’unisson, s’élèvent du Sénégal au Guardafui, du Cap à Tamanrasset, et même au-delà des mers et lointains océans, des voix anonymes à toi reconnaissantes : merci pour avoir brisé nos longues chaînes reliées au tiennes durant vingt-sept ans. Merci pour ta vision panafricaniste, pour tous tes sacrifices. N’avions-nous pas un temps, désespéré de ton combat pour la restauration d’une véritable humanité sur la terre de nos Ancêtres ? Mais l’énergie et la force de conviction que tu nous as inculquées le 11 février 1990, jour historique de ta libération, consacrèrent la renaissance de l’Afrique tout entière et l’espoir d’autres victoires à venir. «Je suis convaincu que votre douleur et votre souffrance ont été plus grandes que les miennes » : telles furent tes premières paroles d’homme libre ce jour-là. Elles résonnent encore dans nos oreilles. Quelle leçon de grande humilité tu nous donnais déjà !

Vingt-sept ans et quatre-vingt- dix jours n’ont entamé ni ton endurance, ni ta détermination, ni tes exigences.

Un funeste jour du mois d’août 1962, t’en souvient-il ? Ce jour-là, c’est toute la terre qui semblait s’arrêter, et avec elle, notre souffle, pour dénoncer la parodie de justice de Rivonia. Perçant les fétides et glacials murs de la geôle de Robben Island, traversant ses épais barreaux comme pour conjurer cette l’iniquité, l’écho de l’Afrique combattante se mêlait à ton célèbre cri de ralliement : Umkhonto we sizwe[6] Et, c’est tout en chœur que nous t’exhortions: «sois invincible comme la puissante Fer de Lance de la Nation, à l’instar de l’intrépide Chaka Zoulou, sois résistant comme le grand bouclier de Chiskeyo Ka Mpande. Rivonia fut la justice du plus fort, Robben Island ne sera pas ton tombeau. Messager des Ancêtres, ta mission est loin d’être terminée ».

Ton message d’amour, de pardon et d’humanisme, tu le portas Mwalimu, aux quatre coins de la planète, et jusqu'au paroxysme de la conscience humaine.

Là où on attendait la vengeance, tu étonnas par ton inégalable esprit de pardon. À la bestialité afrikaner, tu opposas ta sincère humanité. Face à l’impénitence des tenants de l’immoral ordre ancien, ton poing naguère fermé et revendicatif de Umkhonto we siswe se mua en une main ouverte et tendue. « Pardonner, mais ne pas oublier », aimais-tu à répéter. Ultime manifestation de cet esprit de Grand Pardon : ta plus noble profession de foi  « Vérité et Réconciliation », comme pour exorciser les maux et traumatismes de ton peuple, pour absoudre des décennies de crimes contre l’Azanie, l’Afrique et l’Humanité.

Comment en effet oublier un demi-siècle de domination démoniaque afrikaner ? Comment oublier les abyssales abominations du régime d’Apartheid comme les programmes de stérilisation des femmes noires ? Comment oublier toutes ces processions ininterrompues d’assassinats aveugles, d’arrestations et d’éliminations des militants de l’ANC ? Et les ségrégations scolaires, culturelles, résidentielles ? Tout cela au nom d’une prétendue et abjecte suprématie blanche.

Entendions-nous seulement les aboiements des chiens dressés pour traquer les Noirs ? Et les crépitements des armes automatiques dans les townships? Quoi ! Et Soweto la Conscience Noire, Shaperville la Martyre, Port- Elisabeth la « blanche » et éternelle rebelle : tous ces féconds lieux mémoriels, symboles de nos légitimes revendications, de nos rêves, nos espoirs, mais jamais de nos renoncements et soumissions. Et ces townships et bantoustans endeuillés par les quotidiennes descentes policières, ces corps d’enfants et de femmes criblés de balles, ces cris de détresse de pauvres hères balayés par des canons à eau ? Des crimes contre l’humanité passés par pertes et profits d’une inhumanité cryptée.

« Je voulais que l’Afrique du Sud voie que j’aimais mes ennemis, alors même que je détestais le système qui nous dressait les uns contre les autres », proclamais-tu au Cap en 1990, comme pour prouver une fois de plus aux yeux du monde, ton incommensurable sens de pardon.

Dès lors, sonnant la charge du retour à une vraie humanité à réinventer sur l’ancestrale terre d’Afrique du Sud donnée pour le Golgotha de nos sueurs, de nos larmes, de nos humiliations, tu décidas de faire table rase de ce douloureux passé. Aussi, tu t’engageas dans la reconstruction d’une nouvelle Afrique du Sud que tu voulais « arc-en-ciel », à l’image de toutes les « couleurs » de ton beau pays : les beaux motifs multicolores Ndebele et le drapeau national. Une Afrique du Sud, cette fois-ci ouverte à tous : Blancs, Noirs, Métis, Indiens, Asiatiques…, au sein de laquelle, déclarais-tu : « de l’expérience d’un désastre humain qui n’a que trop duré, doit naître une société dont l’humanité sera fière ».

Cette quête d’un monde meilleur, « l’Ubuntu », c’est aux sources de notre antique sagesse africaine fondée sur l’altérité et la communauté de destin que tu iras la puiser : l’humanité individuelle n’est possible qu’à travers celle de tous les êtres humains.

Les sons des tams-tams royaux et les chants des circonstances exceptionnelles chers à tous les peuples de Mère-Afrique t’accompagnent désormais au cours de ce long voyage, Mwalimu. Nous te pleurons, nos cœurs saignent mais nos yeux n’auront pas de larmes. En Afrique, on ne verse pas de larmes quand un guerrier rentre chez lui, dans sa « vraie demeure », pour un repos bien mérité.

« Je m’approche de la fin. J’aimerais pouvoir dormir pour l’éternité, un large sourire aux lèvres, sûr que tous, des jeunes aux faiseurs d’opinion, se tendent la main par-delà les divisions, pour essayer d’unir la nation » : tel est le testament que tu nous as légué à l’occasion de tes soixante- dix- sept ans. Maintenant, tu peux partir en toute tranquillité, te réveiller dans ravissantes collines et vallées de cet autre Qunu où t’attend majestueusement N’kouloum-Kouloum[7] lui-même. Sois en rassuré, de nouvelles mains sont déjà prêtes pour parachever selon ton vœu, ta grande et noble œuvre à peine entamée.

La postérité africaine continuera à rechercher en toi sa Sagesse, sa Force de conviction, son Endurance et sa Dignité. Elle continuera à perpétuer ton héritage dont elle se sent fière. Elle sait que depuis ta nouvelle demeure, tu continueras à veiller sur l’Afrique et à la guider, persuadée que : « les morts ne sont pas morts, ceux qui sont morts ne sont jamais partis, ils sont dans la case, ils sont dans la foule […] », ainsi que le proclamait un autre sage africain. Que nos divins Ancêtres t’accompagnent et illuminent ta route. Bon voyage Mwalimu.

[1] Mwalimu : En Ki-swahili : « guide » (spirituel), maître, enseignant.

[2] Village natal de Nelson Mandela.

[3] Chaka Zoulou fut le fondateur du Royaume zoulou en 1820 ; Chiskeyo(ou Cetawayo) Ka Mpande lui, se distingua par son héroïsme au cours de la guerre anglo-zouloue de 1879.

[4] En langue xhosa, parlée par le groupe ethnique de Mandela, cette expression signifie : « Merci Maître, bon route, bon voyage ! ».

[5] Militants de l’A.N.C. qui ont lutté aux côtés de Mandela aux premières heures. La plupart ayant été assassinés par le régime de l’Apartheid.

[6] Signifie « Fer de Lance de la Nation » : mot d’ordre de combat adopté par la branche armée de l’A.N.C.

[7] Dans la mythologie sud-africaine, en particulier zoulou, divinité tutélaire.

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