La Société a-t'elle vocation à payer, à travers l'Assurance maladie, pour les responsables de pathologies dues aux pesticides ?

Les faits :

La guerre du Vietnam a été de 1961 à 1971, selon l'amiral américain E.R. Zumwalt, commandant des forces navales au Vietnam : "la plus grande guerre chimique de tous les temps". L'Agent Orange utilisé par l'armée américaine pour détruire la couverture végétale et les récoltes afin de priver les combattants de cachettes, d'empêcher leur ravitaillement, leur soutien logistique, et d'obliger les paysans à se regrouper dans des zones contrôlées par les américains, est un herbicide.

Plus de 80 millions de litres d’Agent orange (ou assimilés), chargé du plus toxique des produits chimiques connus, la dioxine, ont été directement pulvérisés sur 25% de la surface du Vietnam du Sud et le nombre des personnes exposées, réparties en plus de 20.000 villages, est estimé entre 2,1 à 4,8 millions, faisant du Vietnam une effroyable vitrine des conséquences dramatiques imputables à cet herbicide.

En France, la commercialisation des herbicides/pesticides est soumise à une autorisation de mise sur le marché délivrée par le ministère de l'Agriculture sur la base d'évaluations et d'études effectuées par le fabricant (!!!) sur des périodes très courtes ne garantissant évidemment pas la non-apparition d'effets préjudiciables dans le temps à la santé des consommateurs ! Des effets qui peuvent n'apparaître qu'après plusieurs années, voire plusieurs dizaine d'années, quand le mal est fait.

Ajoutons lenteurs administratives et lobbying forcené des multinationales qui ont conçu ces produits hautement toxiques, et une voie royale est ouverte aux malformations, aux cancers, aux maladies congénitales et autres maladies neurodégénératives, 

Les cancers sont en tout état de cause devenus, depuis les années 80, la première cause de mortalité, des cancers qui affectent d'ores et déjà un homme sur deux et une femme sur trois...

Les premiers exposés sont naturellement les milliers d'agriculteurs qui les manipulent et qui les appliquent, suivis par des millions de consommateurs ; les plus vulnérables étant les enfants, victimes des fruits et légumes ainsi (mal)traités, entre autres, qui absorbent quotidiennement des doses de pesticides supérieures à un maximum toléré dont l'évaluation du seuil d'alerte apparaît pour le moins arbitraire.

Sachant que la France est le premier utilisateur de pesticides en Europe (le 4ème au plan mondial) avec presque 64 000 tonnes en 2012 selon l'Union des industries pour la protection des plantes, sachant que des centaines de pesticides entrent dans la composition de milliers de produits commercialisés, sachant que la France est le pays européen recensant le plus grand nombre de substances autorisées, peut-on considérer comme un hasard que la progression des cancers ait augmenté de plus de 60% en 20 ans depuis les années 80 ?

95% des pesticides répandus concernent l'agriculture, les reste étant affectée à la voirie, aux espaces publics et aux jardins de particuliers.

A titre d'information, l'OMS estimait déjà, voici un quart de siècle, en 1989, que les pesticides étaient responsables d'un million d'empoisonnements et de 220 000 morts dans le monde, indépendamment des dégâts collatéraux causés par les problèmes sociaux-économique, les pays en voie de développement, où ils sont en pleine expansion, étant les plus touchés à cause de l'analphabétisme et du manque d'information dispensé aux agriculteurs à qui les fabricants et fournisseurs font miroiter des cultures abondantes à moindre peine.

Les pesticides contaminent 93% des fleuves et des rivières en France, dans lesquels on identifie 377 variétés sur 550 recherchées, y compris  des produits interdits depuis de nombreuses années.

Les DOM, Martinique et Guadeloupe, ne sont pas épargnés où les normes de qualité de l'eau sont dépassées en de nombreux endroits par la pollution aux pesticides et autres produits phytosanitaires massivement utilisés.

Les pesticides sont présents dans tous les écosystèmes, les quantités phénoménales de pesticides déversés sur les cultures polluant l'eau (eaux de surface et nappe phréatique) , l'air (une quantité très importante - 25 à 75% - se dispersant dans l'atmosphère), la végétation, les animaux et l'homme. Si leur consommation tend maintenant à stagner, ce n'est pas de cas des herbicides et du Roundup, en particulier, qui progresse malgré les scandales dont il fait l'objet : "Après moins d'un an de menus différenciés au maïs OGM, c'était une hécatombe parmi nos rats dont je n'avais pas imaginé l'ampleur", a confié le Pr Séralini à propos de l'expérience qu'il a menée sur deux ans, contrairement, souligne Planète Info, à celles des fabricants, effectuées sous leur seul contrôle, qui ne durent que 90 jours.

La maison n'est pas un refuge, dont l'air est parfois encore plus pollué qu'à l'extérieur à cause des résidus qui perdurent, véhiculés par leurs habitants et les animaux domestiques, prisonniers des sols, et plus particulièrement des moquettes et des tapis. Coupable aussi, l'utilisation de bombes aérosols insecticides et autres produits toxiques qui ont une fâcheuse tendance à remplacer les produits naturels, tout aussi efficaces, de nos grand-mères.

Un adulte accumule dans ses graisses des centaines de produits chimiques toxiques, dont une grande quantité de pesticides. Ces polluants organiques persistants atteignent le cerveau, le sang, le foie, le lait maternel, le sperme, le placenta et le cordon ombilical. L'exposition prénatale aux pesticides affecte, selon l'INSERM, le développement de l'enfant à plus ou moins long terme, de même que les risques de fausses couches et de malformation  sont amplifiés par l'exposition professionnelle de la mère à ces produits chimiques toxiques. L'INSERM établit également un lien entre pesticides et infertilité tant chez l'homme que chez la femme.

Mais l'Homme n'est pas la seule victime. Le monde animal est aussi touché par les pesticides ; les animaux intoxiqués, aquatiques, terrestres ou autres volatiles, situés en bout de chaîne alimentaire stockent également dans leurs graisses des produits chimiques et participent à la contamination humaine aussi bien qu'à celle des eaux de surface.

L'incongruité étant que sur les 2,5 millions de tonnes de pesticides répandus chaque année dans le monde, seulement 0,3% atteignent leur cible, 99,7% atteignant les autres espèces vivantes avec des conséquences identiques, certaines espèces invasives devenant même parfois de plus en plus résistantes au point de nécessiter des doses toujours plus toxiques ou plus abondantes !

Le bon sens vous fera observer que les pesticides étant des produits chimiques destinés à tuer, il n'est donc pas extravagant d'imaginer, pour employer un euphémisme, qu'ils soient nocifs pour la santé.

En France, l'association Phyto victimes lutte pour la reconnaissance en maladie professionnelle et exerce des actions en responsabilité vis à vis des pesticides, des revendeurs et des fabricants au profit des agriculteurs et autres victimes professionnelles.

Des catastrophes majeures, comme à l'usine de Bhopal, en 1984 en Inde, dont le nuage toxique généré par l'explosion d'une cuve a été à l'origine de dizaines de milliers de victimes et de centaines de milliers d'infirmes, ou comme à Sévéso, en 1976 en Italie, où une fuite de dioxine chez un fabricant d'herbicides a tué des centaines d'animaux et nécessité l'évacuation en urgence de populations victimes de graves nausées.

650 sites classés Sévéso sont répertoriés dans toute la France...

La question :

Faut-il se contenter de savoir qu'en France l'Assurance maladie prend en charge, en bout de chaîne, les soins nécessités par les conséquences dramatiques sur la santé humaine des produits toxiques dangereux élaborés et commercialisés par une industrie agro-chimique toute puissante, pratiquement jamais inquiétée, pour son plus grand profit et celui de ses actionnaires ?

Faut-il attendre sans broncher l'éclatement d'un nouveau scandale sanitaire (mondial ?) de grande ampleur faute d'avoir su imposer des mesures de protection efficaces, indépendantes des intérêts financiers, en amont ?

Car on sait qu'une catastrophe sanitaire est en cours, "qu'il faudrait appliquer aux pesticides les trois principes fondamentaux apparus en environnement ces dernières années : le principe de précaution, le principe de renversement de la charge de la preuve obligeant qu'un produit ne devrait être mis sur le marché que si l'on est sûr qu'il est inoffensif pour notre santé et non en absence de preuve sur son innocuité, et le principe de substitution en promouvant systématiquement les solutions les moins dangereuses en agriculture"..."Les dangers et les risques pour la santé sont sous-évalués. Certaines manifestations d'effets sanitaires potentiellement lourds et à long terme ne peuvent actuellement être recensées et semblent être appelées à se multiplier". C'est le constat de la Mission commune d'information sur les pesticides et leur impact sur la santé (Sénat, octobre 2012).

Et cette question en guise de conclusion :

La Société a-t'elle vocation à prendre en charge aux frais du contribuable, à travers l'Assurance maladie, en lieu et place des responsables/coupables identifiés et avides de profits immédiats (entreprises ou dirigeants), des pathologies graves dues à des pesticides mis sans précautions suffisantes sur le marché ?

 Avec le FaAOD :"Plus jamais ça !"dans le monde.

Le 10 février 2014

Pierric Le Neveu - Fonds d'alerte contre l'Agent Orange/Dioxine - www.faaod.fr et www.facebook.com/pages/FaAOD/1377319849161547

lien vers le document illustré .PDF : https://db.tt/kMbw8huZ

 

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