Perturbateurs endocriniens, colloque au sénat : un débat...sans débat.

Un de ces colloques qu'on quitte avec la pénible impression de s'être fait gentiment rouler dans la farine tant par les organisateurs que par les promoteurs et les défenseurs de ces produits toxiques qui envahissent notre environnement et nos corps...

        "LES POUVOIRS PUBLICS FACE AUX PERTURBATEURS ENDOCRINIENS" 

 

      Colloque organisé au Sénat, salle Clémenceau, mardi 11 avril 2017 ; un de ces colloques qu'on quitte avec la pénible impression de s'être fait gentiment rouler dans la farine tant par les organisateurs que par les promoteurs et les défenseurs de ces produits toxiques qui envahissent notre environnement et nos corps.

     Deux tables rondes introduites par le président de la commission des affaires européennes, Jean Bizet : « Comment identifier un perturbateur endocrinien ? » — qui deviendra en fait « Bien malin qui prouvera scientifiquement la nocivité d’une molécule » —, animée par Alain Vasselle, sénateur, et, « Comment se protéger des perturbateurs endocriniens sans bouleverser notre mode de vie » — qui deviendra in fine « Comment faire avec les perturbateurs endocriniens car on ne peut s'en passer ? » —, animée par Patricia Schillinger, sénatrice...

     Deux mondes face à face : les bons et les méchants, les anti et les pro, les ONG qui apportent des preuves concrètes de la dangerosité et de la nocivité de certaines molécules, et la FNSEA, les industriels (agrochimie, alimentation, cosmétique), les distributeurs, qui déroulent en quelques minutes leurs arguments, la main sur le cœur, arguant d'un manque de preuves scientifiques (quid des conflits d'intérêts ?) jurant qu'ils agissent pour le bien de tous avec tant de ferveur qu'ils semblent par moments confondre profits et philanthropie.

     Les acteurs :

     Les ONG, « UFC-Que choisir », représentée par Olivier Andrault, « Réseau Santé et Environnement » présidée par André Cicolella, et « Générations Futures » représentée par François Veillerette, 

D'un côté, 

     Nathalie Chaze, représentant la commission européenne, l'UIPP (Union des Industries de la Protection des Plantes), représentée par Julien Durand-Réville, responsable santé, l'ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail), dirigée par Roger Genet, la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles), représentée par Christian Durlin, la Fédération du commerce et de la distribution, représentée par Hervé Gomichon et Lionel Desence (tous deux chez Carrefour), la Fédération des entreprises de la beauté, représentée par Anne Dux, BASF (le plus grand groupe de chimie au monde), représentée par Michel Urtizbéréa, responsable du service homologation, 

De l'autre côté, 

     Et les « Experts », Professeur Young, endocrinologue, Claude Huriet, sénateur honoraire et professeur agrégé de médecine,

En arbitres,

     Ont donc chacun joué à tour de rôle leur petite musique, puis les partisans des molécules chimiques contestées par les ONG ont pu concocter, à postériori et sans débat contradictoire, des réponses convenues aux questions collectées dans l'assistance, nous laissant pour le moins démunis sous les coups d’affirmations péremptoires à sens unique.

     Pas un mot n’a été prononcé sur le lobbying des industriels — sauf pour lui « tordre le cou », selon la conclusion du sénateur Vasselle, à la réponse dans une parfaite langue de bois de la représentante de la commission européenne à ma question relative à la part des lobbies et à la part des ONG dans les décisions de la commission — ; pas un mot non plus sur l'objectivité ou sur d'éventuels conflits d'intérêt des experts consultés par cette même commission européenne qui sait interdire, sous la pression de la soiété civile, bien que malheureusement parfois avec beaucoup de retard, des molécules dangereuses, mais s'empresse d'autoriser, sur la foi de recherches effectuées par les fabricants, des molécules de substitution qui finiront par s'avérer tout aussi dangereuses (recrudescence des cancers, des maladies neurodégénératives, des dysfonctionnements du système hormonal…) avant d'être à leur tour interdites...puis remplacées par des molécules de substitution qui..., etc, etc...

     Des experts, encore, semblent davantage craindre de condamner des molécules innocentes que de sauver des molécules potentiellement coupables !..

      Personne, parmi les défenseurs ou les promoteurs des perturbateurs endocriniens, ne s'offusque ou même simplement ne s'étonne de la déclaration alarmiste d'André Cicolella à propos de l'augmentation particulièrement inquiétante du nombre de personnes atteintes de troubles du spectre autistique qui serait passé en une poignée d’années aux États-Unis, dans certaines régions, de 1/20.000 à 1/45 (Des chiffres, pour mémoire, en forte hausse en France également : 1 enfant /150 serait diagnostiqué comme autiste en 2012, contre 1/ 10 000, 15 ans auparavant) ; pas plus que lorsqu'il évoque l'épigénétisme et les effets transmissibles de génération en génération, comme s’il s’agissait dans ces deux cas d’une fatalité acceptable, repoussant au passage d’un revers de manche un sournois effet cocktail de ces molécules — composantes d’un même produit —, dénoncé par les ONG… 

     Des supporters des perturbateurs endocriniens redoutent, par ailleurs, que le citoyen ne se laisse enivrer par les mots de lanceurs d'alerte, d'autres détracteurs éclairés ou de victimes... 

     Quand le citoyen, soit dit en passant, paie à la fois par la dégradation de sa santé, pour le coût des soins et pour celui des dégâts occasionnés à la nature et au climat, mais dans tous les cas pour le plus grand profit d'actionnaires des sociétés incriminées.

     Le devenir des plans Écophyto n'incite pas à l'optimisme — Écophyto 1 devait diminuer par deux une consommation de pesticides qui a en réalité augmenté de presque 10%, et Écophyto 2 ne semble pas être né sous de meilleurs auspices...

     Pour conclure, les défenseurs des perturbateurs endocriniens montrent qu’ils s'accrochent à réclamer la production, par leurs détracteurs, de preuves à l’évidence difficilement démontrables scientifiquement de la nocivité de leurs produits, récusant en même temps la responsabilité les dégâts sanitaires et environnementaux que pointent les ONG, bien que reconnaissant du bout des lèvres le témoignage de ce cultivateur, Paul François, gravement intoxiqué et souffrant de pathologies durables et invalidantes pour avoir manipulé des produits phytosanitaires hautement toxiques, mais qui a gagné un procès contre Monsanto tant en première instance qu'en appel.

     Confrontés aux perturbateurs endocriniens, les pouvoirs publics se bornent en fin de compte à constater qu’ils peuvent nuire sans toutefois se risquer à prendre des décisions radicales — pour cause de gestion européenne compliquée par des disparités criantes entre états —, susceptibles de contrarier les intérêts des industriels des secteurs concernés et l’emploi.

     L’industrie agrochimique, à travers l’agriculture productiviste, détruit les sols, la biodiversité, les écosystèmes, la santé, l’environnement, le climat ; les molécules de synthèse envahissent nos maisons, les produits du quotidien et nos corps.

Pierric Le Neveu - FaAOD - www.faaod.fr - Paris, le 11 avril 2017

Lien vers le PDF illustré : https://drive.google.com/open?id=0B36SceQkfrgXclpQdDlqakdwMlE

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