Introduction à l'écriture d'un Livre Blanc de la Paix... FOUTEZ-NOUS LA PAIX !..

Introduction à l’écriture d’un livre blanc de la paix

     La corruption, vecteur de la cupidité de puissances industrielles et financières, pèse sur les dirigeants du monde entier — au détriment du « Bien commun », de la paix, de l’homme et de son environnement — et nous conduit vers une catastrophe de grande ampleur qui nous obligera à imaginer de nouveaux modèles de sociétés ou nous verra disparaître...

     La réponse de l’exécutif aux inquiétudes légitimes des pacifistes est le « Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale » une profession de foi d’environ cent-cinquante pages qui ressemble en fait, sous prétexte d’instauration de régimes démocratiques en lieu et place de dictatures, à la promotion d’interventions militaires en réponse à des conflits armés ou à des menaces terroristes suscités par l’appétit insatiable de multinationales tentaculaires dont les objectifs à peine dissimulés sont :

          - L’accaparement de ressources naturelles — dont les énergies fossiles identifiées ou supposées —, de terres agricoles, de main-d’œuvre bon marché ;

          - L’expérimentation et la vente d’armes toujours plus sophistiquées et meurtrières ;

          - La création concomitante de marchés de reconstruction et d’équipement des pays cibles dévastés...

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     Les états ont consacré 13.600 milliards de dollars en 2015 aux dépenses liées à la violence, soit 13,3% du PIB mondial, les missions de maintien de la paix ne représentant que 2% de ce montant astronomique (source Institute of Economies and Peace), et le budget de la défense français a été porté à 32 milliards d’euros en 2016.

     Une prise de conscience salutaire d’hommes et de femmes de bon sens prend donc forme à ce moment crucial de l’histoire où les ventes d’armements sont en constante augmentation dans un monde instable et dangereux, et où l’humanité doit décider de son avenir sur une planète ébranlée par les effets d’une mondialisation — aussi sauvage que dommageable — qui nous impose, au détriment d’une majorité de pauvres toujours plus pauvres et au profit d’une minorité de riches toujours plus riches, des inégalités criantes, insupportables et mortifères.

     Il nous appartient, mais le temps est compté, de définir les contours d’une ou de société(s) fondée(s) sur :

          - Le respect de la Terre et de la Vie ;
          - Les droits de l’homme et les libertés ;
          - Le partage des ressources et des savoirs,

afin de transmettre aux générations à venir des valeurs et des traditions garantes d’un monde juste, participatif et pacifique.

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À propos du « Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale »

     Héritier en grande partie de ses prédécesseurs, remanié en 2008, le Livre blanc de la défense, rendu public le 29 avril 2013 par le président de la république, définit la politique de défense de la France jusqu’en 2019.

     Outre la volonté de retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN, en dépit de la réaffirmation d’une Europe de la défense et d’une réduction des effectifs militaires et civils de défense dans une Europe qui avance, ainsi que l’a exprimé François Hollande en avril 2013, « sur la voie d’une intégration économique et financière au prix d’une maîtrise sévère des dépenses publiques des principaux pays membres », ce Livre blanc de la défense définit une stratégie de sécurité nationale qui englobe tant les questions de sécurité intérieure et de protection de la population qu’une stratégie de défense construite sur trois axes : protection, dissuasion, intervention.

     On retient que la cyberdéfense est devenue une priorité nationale et qu’il existe une chaine de commandement dédiée capable de faire face à des attaques de plus en plus sophistiquées.

     Le Livre blanc de la défense met en œuvre une stratégie de défense et de sécurité nationale réactive afin de préserver l’autonomie de la France et son initiative tactique. Priorité est donnée à une stratégie de connaissance et d’anticipation par le renseignement, l’étude des théâtres d’opérations, l’analyse prospective et la maîtrise de l’information.

     Des forces bien entrainées devront, toujours selon le chef de l’État dans son discours de présentation, « être en mesure d’avoir un impact décisif dans les régions où les menaces sont les plus grandes sur nos intérêts et ceux de nos partenaires et alliés. »

     Mais rien de donne à penser qu’une réelle stratégie de défense de la paix soit envisagée. Les modalités d’élaboration, par ailleurs, ne laissant aucune place au débat démocratique.

     La dissuasion reste d’actualité, bien qu’il soit envisagé de réduire drastiquement le nombre d’armes nucléaires, de missiles et d’avions porteurs, l’arsenal de la France devant, au final, être réduit à trois cents têtes nucléaires, une quantité jugée suffisante. Une estimation peut-être dictée aussi par la situation budgétaire et l’endettement du pays.

     « Si vis pacem, para bellum ».

     La référence à la paix est malheureusement réduite à une notion de « La paix, c’est quand la guerre est ailleurs ». Il n’est aucunement fait crédit au droit à la paix qui devrait être reconnu, ainsi que l’a signalé en son temps le Mouvement pour la paix, comme un droit fondamental tel que défini dans la Charte des Nations unies ; il n’est pas davantage exprimé comment sortir des logiques de forces et de domination pour faire respecter le droit international.

     La France vole au secours de la paix...prépare les guerres de demain avec un réalisme qui confine au cynisme. Le Livre blanc de la défense est un avertissement au monde entier adossé à des dispositifs ruineux ; il est paré de vertus imaginaires et reste sans effet réel de dissuasion, sans contribution à une notion de paix à l’échelle mondiale et sans référence à la conscience humaine.

     La commission du Livre blanc de la défense, enfin, est passée, selon une sénatrice écologiste de l’époque, « à côté de l'origine environnementale et énergétique de la majorité des conflits actuels ».

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Vers une Paix universelle...

     l’ONU a pour finalité la paix internationale. Ses objectifs sont « de faciliter la coopération dans le droit international, la sécurité internationale, le développement économique, le progrès social, les droits de l’homme et la réalisation à terme de la paix mondiale. »... Mais le chemin semble encore long, qui permettra d’atteindre ce but ultime...

     l’UNESCO a pour objectif de « contribuer au maintien de la paix et de la sécurité en resserrant, par l’éducation, la science et la culture, la collaboration entre nations, afin d’assurer le respect universel de la justice, de la loi, des droits de l’Homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinction de race, de sexe, de langue ou de religion, que la Charte des Nations unies reconnaît à tous les peuples »... Et on s’aperçoit qu’on est encore, ici encore, bien loin du but...

     Sociologiquement, la paix désigne « l'entente amicale de tous les individus qui composent une société. Elle n'implique pas l'absence de conflit, mais une résolution systématiquement calme et mesurée de toute difficulté conséquente à la vie en communauté, principalement par le dialogue. »

     En ce sens, la paix entre les nations est l'objectif de nombreux hommes et organisations, comme L’ONU, qui œuvre pour la paix. Mais l’ONU et L’UNESCO apparaissent bien souvent comme des multinationales bien-pensantes, nombrilistes, et trop soumises à des pressions politiques ou à des conflits d’intérêts pour être pleinement efficaces.

     Ces institutions restent des mastodontes dépendants d’une gouvernance mondiale faite de réglementations publiques et privées nées des diktats des puissances industrielles et financières, et sans réelles perspectives novatrices pour l’instauration d’une véritable paix mondiale.

     Psychologiquement la paix désigne « l'état d'un esprit placide et serein et plus généralement de sentiments enthousiastes, et positifs. Elle est donc souhaitée pour soi-même et éventuellement pour les autres, au point de devenir une salutation (Pax vobis en latin, la paix soit sur toi, salaam en arabe, shalom en hébreu) ou un but de vie. »

     L’expérience prouve malheureusement que ces souhaits ont tendance à résonner comme des vœux pieux dans nos sociétés gouvernées par l’ignorance de l’autre, l’appât du gain ou le conflit d’intérêts.

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     Selon l’Institut of Economies and Peace, seuls dix pays dans le monde, et un seul en Europe, vivraient en paix totale en 2016, non engagés dans un quelconque conflit, qu’il soit interne ou externe à leurs frontières...

     Vivre en paix signifie, au minimum, la réunion de plusieurs conditions : vivre sereinement, vivre en sécurité, vivre libre, manger à sa faim, disposer équitablement et raisonnablement de ressources naturelles renouvelables, des richesses et des savoirs dans un environnement préservé pour être capable d’offrir aux générations à venir un futur meilleur... Soit l’exact contraire de ce qui se passe actuellement dans un monde où 1% de la population possède aujourd’hui autant (et chaque année davantage) que les 99% restants, à savoir : 50% des richesses ; dans un monde où la jeune génération vivra, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, moins longtemps en bonne santé que celle qui la précède ; dans un monde où la corruption dénature les relations entre les hommes, entre les peuples ; dans un monde où éthique et politique sont incapables de cohabiter ; dans un monde de maîtres et d’esclaves ; dans un monde générateur de crimes contre l’humanité et de crimes contre la nature.

 

     Les mentalités doivent changer d’elles-mêmes plutôt que par les effets douloureux d’une catastrophe économique, sanitaire ou même naturelle. Il faut réhabiliter la notion de conscience humaine, cette conscience qui regroupe « le sens de l'éveil, la connaissance de soi et la perception de l’environnement » ; une conscience capable d’appréhender le temps qui passe et de maintenir un lien entre le passé, le futur et l’instant de prendre des décisions.

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     Pour vivre en paix, il faut — après un inévitable changement en douceur (hypothèse optimiste), ou (plus probablement) un changement brutal des mentalités selon qu’il résultera d’une prise de conscience salutaire ou d’une incommensurable catastrophe — démanteler toutes les installations et industries dangereuses pour l’homme, le climat, l’environnement et la biodiversité, développer des alternatives scientifiques et techniques vertueuses, ne retenir que l’utilisation des seules énergies renouvelables tout en restant conscient que l’abondance énergétique, même vertueuse, doit être réservée à des besoins vitaux sous peine de retomber dans des excès destructeurs.

     Pour vivre en paix, il faut convertir l’équivalent actuel des effectifs et matériels militaires à la défense de la planète, à la lutte contre les conséquences du réchauffement climatique ou à celles des catastrophes naturelles, ainsi qu’à la restauration complète d’un environnement favorable à la vie de l’homme et du règne animal.

     Pour vivre en paix, il faut cultiver la résilience, le respect et l’épanouissement de l’humain dans un monde apaisé et reposé ; s’inspirer, pourquoi-pas, de la démarche du Bhoutan qui a récemment choisi d’abandonner la notion de PIB (produit intérieur brut) au profit du BNB (bonheur national brut) ?

     Une démarche qui pourrait paraître « exotique », voire naïve, dans un monde aujourd’hui dominé par ces puissances industrielles et financières qui se maintiennent au-dessus des lois et agissent en toute impunité : des puissances « tyranniques » et sources de l’essentiel des maux qui nous frappent. Mais c’est une démarche qui nous offre aussi de découvrir les faiblesses de cette tyrannie à travers ces maximes d’Étienne de La Boétie — extraites du Discours de la servitude volontaire — qui éclairent de façon singulière la vraie raison des dérives de nos sociétés de consommation :

     « Pareillement les tyrans, plus ils pillent, plus ils exigent, plus ils ruinent et détruisent, plus on leur baille, plus on les sert, de tant plus ils se fortifient et deviennent toujours plus forts et plus frais pour anéantir et détruire tout ; et si on ne leur baille rien, si on ne leur obéit point, sans combattre, sans frapper, ils demeurent nus et défaits et ne sont plus rien, sinon que comme la racine, n’ayant plus d’humeur ou aliment, la branche devient sèche et morte. »

     ... Et, aussi, une explication à la persistance d’un système actuel à bout de souffle :

     « le tyran tyrannise grâce à une cascade de tyranneaux, tyrannisés sans doute, mais tyrannisant à leur tour ».

     Que la pyramide s’effondre !..

     Pour vivre en paix, il faut faire le lit d’une véritable démocratie participative contre la démocratie (non)représentative et l’État spectacle, et faire en sorte que l’accès au pouvoir ne soit plus jamais l’apanage d’une minorité de professionnels de la politique au service d’intérêts privés, au détriment de la Paix, de l’intérêt général, et donc, du Bien commun, des Droits de l’homme et des Droits de la nature.

Pierric Le Neveu - le 17 juin 2016 - Lien vers le document PDF : ICI

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