Sans nous ils ne sont plus rien.

Fort de cette victoire de l'abstention, de cet éveil citoyen revigorant, non négligeable puisqu'il, cet éveil lucide, est craint, crispe et divise les "élites" politiques et sape leurs fondamentaux, jusque dans leurs croyances dogmatiques (la croissance, etc) et qu'il suscite autant de polémiques que de divisions ambiguës, que pouvons nous en faire collectivement...?

A n'en pas douter, et n'ayons pas peur des mots, c'est une victoire démocratique. C'est un appel à plus de démocratie plus exactement. Elle est démocratique cette victoire à partir du moment ou, quand celle ci n'offre pas et/ou plus de pluralités politiques, idéologiques, locales, nationales, et ailleurs, de choix quoi, voir l'enferme dans la haine ou le consensus, et encore le ni..., ni..., et que dans ces choix confisqués il existe encore moins de réelle représentativité de toutes les couches de la société (ces 50% d'actifs, non-imposables, en France, et ailleurs, peu qualifiés, de chômeurs-euses, de précaires, de pauvres retraités ou jeunes sans diplôme, gagnant moins de 1630 euros par mois), elle arrive alors à nous interroger sur ce "vivre et être ensemble" qui forme son socle commun, à cette démocratie d'apparat. Cette victoire de l'abstention souligne alors le fait que nous ne sommes plus dans une démocratie.

A l'heure ou les pouvoirs des ennemis sans visages (l'argent roi spéculatif, virtuel, des trous noirs de la finance) sans visages pour ceux-celles les adulant, sans visage pour ceux et celles se l'accaparant et le confisquant l'argent roi, dont les intérêts principaux sont communs, fusionnels sous le dogme de la monnaie et de l'individualisme, conflictuels et consensuels sous les conservatismes institutionnels des pouvoirs, et contres pouvoirs, culturels même (soit un repli sur soi mortifère, soit la guerre économique de tous contre tous et surtout les profits privés et défiscalisés, quand seuls les risques et conséquences catastrophiques sont à socialiser), à cette heure qu'ils, ces ennemis, voudraient être leur victoire, celle de notre résiliation et capitulation individuelle, de l’éradication de nos collectifs, il nous appartient de sonner le Glas de leurs dominations. Ce score de l'abstention peut être un élan formidable et constituer un levier conséquent, déterminant même, dans ce rapport de force, cette lutte des classes à sans cesse renouveler, à perpétuellement entretenir, comme un phare intemporel brillant pour le salue de tous-tes, sans distinction aucune, dans l'obscure brume nous gagnant.

Même si elle, cette victoire de l'abstention est présentée comme diffuse, confuse, dispersée, voir elle est dénigrée à plus d'un titre, jusqu'à être stigmatisée et accusée du pire..., et qu'elle finit par être instrumentalisée et récupérée, juste parce qu'elle fut locale avant d'être nationale, elle se place néanmoins à une échelle subjective certes, mais réelle dans des rapports de forces sociaux, idéologiques, politiciens, nationaux, différents. Et pour des raisons diverses, ces différentes représentations de l'abstention ont un intérêt commun. C'est celui d'un ras le bol général des même politiques stériles, des même idéologies et leurs sempiternelles promesses jamais remplies, toujours repoussées, parce qu’irréalistes, mensongères,  des même rapports de forces sociaux tronqués (comme ces soit-disant citoyens-es se plaignant sous un certain "ras le bol fiscal", au regard de la croissance de la pauvreté, du chômage  en France et ailleurs dans le monde). Ce ras le bol existe parce que nos espoirs, sont désillusions dans un lutte confisquée par ces même institutions, verrouillés, conservatrices. Ce ras le bol, en plus d'être une "débâcle" du pouvoir en place et de ses trahisons, locales, nationales, Européennes, et autres, ce "ras le bol" n'est ni une victoire de la droite droitisée fanfaronnant, pas moins qu'elle est celle de la haine.

Fort de cette victoire commune dans l'abstention, d'une force mue inexorablement par une envie et un besoin non monnayable, aspirant à une autre manière commune d'entreprendre un changement effectif, efficace, profond dans cette détermination immuable de "vivre et être ensemble", nous avons acquis, du moins reconquis un pouvoir. C'est celui de dire stop aux illusions d'une "France forte", et d'une "Europe forte", sous la seule prédominance institutionnelle de l'argent roi, de l'individualisme exacerbé introspectif, de la compétition mortifère des peuples pauvres contre les peuples plus pauvres, sous l'utopie nous faisant croire à cette aspiration à "l'universalise" (Dérisoire, au regard des inégalités croissantes dans le monde quand cet universalise n'existe pas en France...?) et au prix du saccage de nos écosystèmes, de l'hypothèque à taux usurier de cette nature que nous ne faisons qu'emprunter, pour assurer toujours la même suprématie, si ce n'est pas plus encore, toujours aux mêmes.

Vivre et être ensemble, c'est accepter de réduire, à tout jamais et prioritairement, toutes ces inégalités, ces injustes, ces déviances morales, chez nous. Balayer devant sa porte c'est faire preuve d'exemplarité comme c'est aussi faire montre de respect d’autrui ailleurs. Sans cela aucune cohésion sociale n'est possible, y compris avec l'artifice de l'achat d'une paix sociale provisoire par des formes diverses de corruptions toujours individualistes, et clientélistes. Ces inégalités qui s'étend accrues depuis si longtemps, dénaturent, sacrifient cette base fondamentale de toute société se voulant être civiliser, n'envisageant son avenir commun que dans son évolution harmonieuse avec d'autres, généreuse avec le monde, modeste avec son environnement, en partageant avec tous et toutes ceux et celles le désirant, d’où qu'ils-elles se trouvent, ses valeurs universelles.

Sans nous, la finance, le patronat ne sont plus rien. Sans nous ils ne valent rien. Sans ces miettes qu'ils nous jettent pour consommer, et espèrent récupérer derrière ce mythe du client roi, pour nous faire dépenser ce dont nous n'avons pas besoin, pour rêver illusoirement d'être "satisfait" dans une course sans fin, plus virtuelle, irréelle aujourd'hui que correspondant vraiment à nos envies partagées, pour ramer dans la survie par le travail précaire, et sa mort social qu'est le chômage puis la fin de droit produisant la pauvreté, en étant toujours plus enchaîné, esclave, divisé, et dépendant, ici comme dans les pays les plus pauvres, ou encore profitant des pays les plus pauvres pour à peine combler ces pauvres qu'on nous veut, les dividendes défiscalisés, les profits juteux fraudés (sans être condamnés), le saccage aveugle de nos conditions de vies sous des cadeaux fait au patronat cupide, individualiste (sans contreparties) n'existent plus. Oui "l'économie" est "utile". Mais elle ne l'est alors qu'en tant que simple outil subalterne à notre service commun, qu'à cet équilibre de "vivre et être ensemble". Elle n'est "utile" qu'en tant qu'outil soucieux d'équité, d'égalité, de fraternité. Et pas seulement de liberté individualiste de gruger le monde, de se servir soi même (banques, actionnaires, etc).

Sans nos votes dociles, sans ces temps de cerveaux disponibles qu'on nous veut, ces politiques, ces médias de masse, sont rien. Sans notre endoctrinement, sans notre assentiment, ils ne représentent plus rien. Sans notre consentement par un acte citoyen robotisé, lobotomisé, manipulé par la symbolique du mythe dévoyé de la démocratie, du vote dans l'urne, du sondage, y compris celui de la haine, les institutions publiques et privées à leurs seuls services s'effondrent. Tout comme la corruption, les conflits d'intérêts, etc disparaissent sans moyens financiers conséquents, sans personne pour les envier, les vouloirs. Et donc sans pantouflage et autres promesses de carrières individualistes induites par cette "systémicité" asservissant les démocraties, les responsables, la collusion finance/patronat, médias de masse, politique n'a plus raison d'être. Oui la politique est indispensable. Mais que lorsqu'elle a la noble vocation à servir prioritairement, en toute probité, intégrité, honnêteté ce "vivre et être ensemble".

Là est notre vrai pouvoir. Celui d'un devoir de résistance. C'est une force, majoritaire, que l'abstention, qu'il nous revient d'user intelligemment, de manière responsable pour préserver ce bien commun qu'est ce "vivre et être ensemble". C'est un acte politique qu'il convient d’affûter et d'argumenter face aux armes de destructions massives des ennemis à identifier, pour en faire un droit. Ce sont des actions communes et dispersées, rayonnantes sur tous les territoires et irradiantes d'espérances, d'engagements, d'abnégations, et des initiatives nouvelles et fédératrices qu'il nous faut développer. C'est prévoir de nous rassembler, pour enfin envisager de gouverner nos vies libérées du joug de l'argent roi et de ses peurs nous enserrant. Et pourquoi pas commencer par la demande d'un audit citoyen et indépendant des dettes publiques..., qui fera un effet boule de neige, à n'en pas douter...?

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