Sacré filet... !

Nous voilà embarqué sur les eaux turbulentes de l'océan haineux et honteux surnommé « l'océan de la finance », soufflant ses rafales de vents contraires, créant des courants d'un contre-sens hallucinant..., bringuebalant notre vaisseaux chancelant, au point de nous faire prendre une gîte impressionnant sans le couvert... !

Le capitaine et ses sbires nous annoncent une pêche miraculeuse..., des prises hors du commun..., à boire et à manger pour tous, leurs familles incluses..., dans un redressement nécessaire de la barre et du cap qui nous entraîne vers ce tourbillon tempétueux et obscur, vers cette dépression sans commune mesure..., au son des sirènes, ces filles inavouées de la tourmente des profondeurs de la spéculation, envoûtant chaque individualité de notre équipage, dans une mélodie au crescendo croissant. Ce vaisseaux qui nous porte sur ces flots assombris par cette noirceur ambiante.., est à faire pâlir les concepteurs du Titanic..., qui paraîtrait pour un canot de sauvetage à coté de ce monstre des mers... ! Il a plusieurs niveaux qui abritent à chacun de ses étages, une organisation spécifique d'équipes indépendantes et interdépendantes que dans un sens. Cette organisation correspond à un processus différent de ce mécanisme, hors de toute échelle. Ce mécanisme est à comparer à une vis sans fin qui épuise l'énergie ambiante pour la concentrer ver une finalité déguisée... ! Le sens est toujours le même. Un ascenseur qui ne monte que le fruit de la pêche..., et c'est tout. L'optimisme est en haut comme l'optimisation de leur confort..., ce qu'est le pessimisme d'en bas dans l'accroissement de leur sueur et labeur sans que leur assiette ne se remplisse. La tâche de ce léviathan exponentiel dans sa croissance, ces excroissances devrais je dire..., supérieures..., consiste à pêcher les extraordinaires ressources que renferme cet unique océan tourbillonnant.. !

Chaque chose à sa place comme chacun son rôle... Cela fait des siècles que cette mécanique bien huilée s'est perfectionnée... Mais que pour les ponts supérieurs... ! Ceux qui sont hors d’atteinte du pourrissement de la structure de base, prenant l'eau de toute part, noyant des compartiments entiers, avec leur lot de catastrophes, pour leur occupants... ! Tout comme cela fait des siècles que ces tristes péripéties n'émeuvent plus personne des ponts voisins et du dessus... ! C'est à coup de retouche de peinture et de condamnation des lieux que ces faits sont maintenus sous le silence le plus total... ! Les chants enjôleurs des sirènes aident encore plus à maintenir ce masque en place... ! Ceux du dessus le savent que trop bien..., et sur fond d'études se voulant être savantes, habillent habilement ces disparitions..., par un adage bien connu maintenant, pour tout l'équipage... ! Car cela fait longtemps qu'ils ont dompté en apparence cette bête titanesque qu'est cet océan de plus en plus bourbeux, pour les équipages se succédant... !

« Il y a toujours eu des pertes dans chaque campagne... ! Elles sont structurelles, et les travaux que nous menons, les couches de peintures et la fermeture des lieux sont là pour réparer, et vous protéger... ! »

Bien peu connaissent le vrai fond de l'histoire, pour être passés à travers les mailles acérées, d'une méthodologie d'en haut bien structurée... ! « Car là est la structure... ! » C'est ce que ces rescapés nous disent... !

« La réalité c'est que ceux du haut du panier ne comptent pas ces pertes morbides..., ne colmatent pas les brèches béantes..., et maquillent ces apparences pour nous cacher qu'ils construisent par dessus, de nouveaux étages..., là où ils se trouvent..., pour donner l'impression que le flot du navire est le même..., là est leur secret. »

Il y a bien longtemps maintenant que ces gens courageux dénonçant haut et fort ces gageures de vérités sont mis aux bancs, sur la planche du non salut, et montrés comme des affabulateurs et fouteurs de troubles, des empêcheurs de faire tourner en rond l'ordre public..., des utopistes de surcroît, lorsqu'ils présentent d'autres moyens de résoudre ces soit disant problèmes structurels... ! Tout comme l'évolution sans cesse exceptionnelle et mirifique des étages du dessus, c'est dans l'air formolé respiré par les oublieux du dessous, n'écoutant que le ronron des machines, et leur ventre affamé, mais surtout les promesses des sirènes..., que l’évanescence de ces esprits critiques se dissipe, pour disparaître dans les bas fonds des oubliettes du temps... !

« Ainsi soit il... » devient la parole que certains prophétisent, en expliquant avec l'art du prestidigitateur, démontrant un savoir prestigieux..., qu'ils avancent sournoisement en parangon de vantardise..., « que la nature a fait l'Homme et que l'Homme n'est plus nature..., mais progrès... ! »

C'est sur ces belles paroles, aux oreilles de ceux qui veulent bien les croire..., que des campagnes de la honte vont saccager les plus grands fonds de ce bout d'océan se voyant rétrécir à vu d’œil.... ! Parce que son tonnage dépasse, et de très loin, dans le temps qui a été exploité jusqu'à la lie, et l'espace aujourd'hui désertique des eaux peu profondes, c'est plus que dans cet espace restreint et ce temps toujours plus court que ce livre maintenant la bataille des derniers vaisseaux restant à cette course ahurissante... ! Qui possédera jusqu'à l'extermination totale, les toutes dernières richesses des profondeurs inexplorées d'un univers inconnu... ? Telle est la question que se posent les capitaines de ces apocalyptiques embarcations fantômes... ! Ils pensent avoir réglé leur problèmes de rapacité croissante en signant un pacte... ! Le pacte du minima, on l'appelle dans les tréfonds, les entrailles, de ces monstres « avidivores ». Mais c'est tout l'équipage des hautes sphères qui doit approuver par son vote les règles incompréhensibles de ce pacte, dans l'ouragan qui se prépare... !

L'apparat de la partie émergée et brillante d'ingéniosité en trompe l’œil, du dessus des lignes de flottaison de ces cercueils flottants, cache l'abyssale hauteur immergée des cales putrides et en grande partie submergées, raclant les fonds à grands coups de filet à mailles étroites pour extirper la moindre parcelle de vie. L'équipage y vit, y travaille, y meurt dans ces tourments tumultueux de ce qu'ils appellent eux même, à ce jour, « un radeaux sans la méduse... »! C'est par contingent entier, que disparaît, sous les flots noirâtres d'une croyance absolue, à la lumière artificielle qui est entretenue au bout des coursives, la force vive, l'âme éternelle des désirs de survie des travailleurs forcenés... ! C'est par des mensonges et des éphémères superstitions, encore plus pharaoniques que les pyramides elles-mêmes..., que sont remplacés les cadavres ignorés de ce naufrage humain phénoménal... !

Mais la gîte de ce fragile équilibre est maintenant conséquente... Et c'est à la hâte que l'on construit des filets de sécurités..., tout autour de la ligne de flottaison..., de cette mortifère barcasse... ! Alors que les filets de fonds continuent inlassablement à puiser les dernières gouttes d'existence d'un monde agonisant..., sans que des filets puissent sauver les farouches et courageux moteurs de l'ascension des perfides du monde du dessus..., à grand coup de fête féerique, on sacre, à nouveau, le sauvetage d'un panier de crabe tout doré... !

Mais la mutinerie n'est pas loin..., et pendant que l'eau monte en écho aux oreilles de ceux du dessus, une voix se fait entendre... !

« Les rats ne quitteront plus jamais le navire... ! »

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.