pierrototo
Abonné·e de Mediapart

4 Billets

0 Édition

Billet de blog 18 janv. 2022

Le délire émotionnel ou l’irrationalité rhétorique

Quelques observations sur la dérive idéologique du tribunal public

pierrototo
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Revue de presse pour essayer de dégager les éléments principaux de dérive idéologique, de disparition de la logique et de la réciprocité dans le débat public. De nombreuses analyses sont devenues dissymétriques. Les philosophes ont déjà écrit et commenté l’appauvrissement d’un débat dès lors qu’apparaissent des éléments de « démonstration » qui s’appuient : 1. sur l’exemple isolé et la tentation de le généraliser (biais très utilisé par les partis d’extrême-droite et/ou populistes), 2. sur l’émotion et la peur.

Il n’est aucunement question de discuter en détail de l’efficacité d’aucun traitement, ni des données épidémiologiques : seulement de décortiquer le discours dominant que nous subissons depuis bientôt deux ans, je l’espère modestement, ne tentant, tout simplement, que de renvoyer chacun face à ses contradictions. Quand je parle du vaccin et de son efficacité ou non, c'est uniquement pour tenter de déconstruire un argumentaire qui me semble fallacieux.

On pourra par ailleurs m’objecter que nombre d’ « antivax » (tous les non vaccinés étant rangés dans cette catégorie bien pratique amalgamée avec celle des complotistes) utilisent aussi des arguments fallacieux. C’est vrai, et nous savons bien qu’avec les arguments absurdes utilisés ainsi que les transformations d’informations à leur avantage, les vrais complotistes et les sphères d’extrême-droite identifiées comme telles se disqualifient d’emblée sans avoir besoin de faire le même travail d’analyse. En revanche, il me paraît utile d’interroger la sémantique dominante pour justement y retrouver des éléments similaires, contrairement aux protestations outrées des experts cathodiques autoproclamés.

Les méchants non vaccinés qui rendent les gentils vaccinés malades

Dans cet article :

https://france3-regions.francetvinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/puy-de-dome/clermont-ferrand/temoignage-on-veut-venir-chez-toi-te-faire-des-bisous-attraper-omicron-et-echapper-a-la-vaccination-2415433.html

On observe aisément toutes les dérives actuelles de la pensée journalistique et médicale (et gouvernementale, mais je pense bien que plus personne ne croit à l’existence de la rationalité au sein du parti présidentiel) :

- Ce sont les non-vaccinés qui sont responsables de sa contamination (à aucun moment, et même si, je l’admets, c’est peu probable au vu de la temporalité évidemment, il n’est soupçonné que la contamination ait pu avoir lieu dans l’autre sens ; pourtant je défie quiconque de trouver un article parlant sur le même ton de la contamination par des vaccinés) : si par hasard, ses amis avaient été vaccinés asymptomatiques, y aurait-il seulement existence de cet article ? Peu probable : c’est pourtant un cas très courant aujourd’hui dont les média ne rendent que rarement compte ; si je devais verser dans la même argumentation que ce journaliste, je pourrais citer ce couple d’amis, qui bien que vaccinés, ont eu le Covid (violemment mais sans hospitalisation) deux fois en moins d’un mois. Quelles conclusions en tirerait ce monsieur ? Encore la responsabilité des non-vaccinés ?

- Elle a souffert malgré le vaccin ; mais elle n’avait que deux doses, et l’article précise qu’il ne fonctionne qu’à partir de 3 doses, dommage ! (étonnant, d’ailleurs, puisque le passe sanitaire se reposait jusqu’à décembre sur 2 doses, considérées comme schéma vaccinal complet…). Pourtant, il semblerait que pour un vaccin (dont la définition semble mouvante depuis deux ans) le terme de «efficace» s’accorde mal avec les symptômes que cette femme a eus (vous pouvez refaire la liste de tous les vaccins existants, même ceux contre les grippes saisonnières, nous attendons toujours qu’on nous cite ceux qui permettent d’attraper la maladie contre laquelle ils sont prévus, d’en éprouver les symptômes à ce point et en plus de la transmettre). Il est effectivement de bon ton de se réjouir d’un outil aussi efficace ! Tout en blâmant les non-vaccinés, qui ici, sont asymptomatiques (et, d’ailleurs, ont effectué un test qui ne leur est pas remboursé, chose que de nombreux vaccinés ne font pas, alors que la propagation du virus se rit plus ou moins du statut vaccinal).

On observe, en lisant cet article, à quel point tous les éléments factuels sont détournés pour servir un propos unique visant à décrédibiliser (et en lisant les faits, on s’étonne de voir comment cela est possible) les personnes non-vaccinées, pour finir par sous-entendre que ce qui la fait le plus souffrir sont ses amis qui veulent acquérir un passe sanitaire sans passer par le vaccin. Qu’ils sont méchants !

Dans la même veine, mais en pire, il y a eu cette vidéo de LCI (https://www.lci.fr/sante/video-covid-19-atteint-d-une-tumeur-au-cerveau-il-voit-son-operation-deprogrammee-pour-la-troisieme-fois-2205783.html) où l’utilisation indécente de la maladie de ce pauvre jeune homme sert d’argumentaire complètement fou à la journaliste. À tel point que, quand enfin elle en vient à l'essentiel de son discours (évidemment, la responsabilité des non vaccinés dans la déprogrammation des opérations), ce dernier acquiesce du bout des lèvres, visiblement gêné de la manipulation de sa parole. Aucune remise en question de la maltraitance du système hospitalier et des soignants, rien. Seulement les non vaccinés. Immonde.

Je vous invite à compléter cette liste à l’envi. Les non vaccinés sont responsables :

- du scandale du Médiator,

- des problèmes de dosage du Levothyrox,

- du scandale de la Depakine,

- des nombreuses poursuites judiciaires dont fait l’objet Pfizer,

- de l’affaire Benalla,

- de l’accident de Tchernobyl,

- de l’incendie de Notre-Dame.

Le traitement indécent de la mort des célébrités

https://www.lemonde.fr/disparitions/article/2022/01/14/mort-de-l-architecte-espagnol-ricardo-bofill-le-concepteur-des-espaces-d-abraxas-a-noisy-le-grand-et-du-quartier-antigone-a-montpellier_6109496_3382.html

Ici, on peut observer la mauvaise foi dissimulatrice : alors que les jumeaux Bogdanoff ont été incendiés, humiliés, raillés pour leur non-vaccination, on lit que M. Bofill est mort « de complications liées au Covid-19 ». Ainsi, puisque ce n’est évidemment pas précisé, on peut en déduire, en creux, qu’il était vacciné (dans le cas contraire, le ton de l’article aurait été tout autre). Évidemment, là où le traitement de la mort des Bogdanoff s’est fait à l’aune de leur statut vaccinal, ici, rien n’est précisé quand à celui de ce pauvre M. Bofill. Encore une fois, on peut comprendre quel positionnement moral l’auteur de l’article a décidé d’adopter. Certes, la décence (le Monde se tient, encore, parfois sur ce sujet), mais aussi celui de ne pas questionner l’efficacité des traitements actuels car si ma supposition est réelle (M. Bofill était sans doute vacciné), le discours qui en découle est « il est mort du Covid » et non « malgré le vaccin », tandis que le discours concernant les frères est : « ils sont morts car non-vaccinés » et non « à cause du Covid ». Adaptabilité du langage et de la pensée, quelle merveille.

D’ailleurs, la place médiatique occupée par les deux cas est démesurée : les frères ont été cités dans quasiment tous les journaux et télévisions, alors que seuls un très petit nombre (Libération, Le Monde, les autres recopiant plus ou moins la même dépêche) rendent compte de la mort de M. Bofill.

On pourra citer, en particulier, la pensée perverse et retorse sortant de cerveaux soi-disant philosophiques comme celui de M. Enthoven (ou de M. Ferry, qui l’exprime différemment), capable des contorsions les plus grotesques et peut, la même semaine, traiter les non-vaccinés « soit de cons, soit de monstres » dans un gazouillage, puis rendre hommage aux frères Bogdanoff… Quand l’absurde le dispute au cynisme.

La perte de repère déontologique dans le corps médical

Le choix délibéré de faire intervenir de plus en plus de voix de médecins remettant en question leur engagement moral et déontologique pour charger les non-vaccinés de toutes les fautes est prégnant. Là où ,en temps normal, le conseil des médecins devrait statuer immédiatement sur la remise en cause du principe de leur fameux serment chez un praticien refusant de soigner un malade, ici, on peut entendre ou lire, à longueur de journée des médecins (toutes spécialités confondues d’ailleurs, même des urologues qui n’ont, je crois, pas de spécialisation en épidémiologie…) sur la remise en question du soin de certains malades.

Se disant « scientifiques » (ce qui peut être là aussi, questionné), ces médecins jouent de l’émotionnel et du sensationnel pour asseoir leur argumentaire et convaincre par la peur ou la menace, au détriment de leur principe soi-disant sacré du « consentement éclairé ».

https://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Karine-Lacombe-On-peut-pas-laisser-partie-dentre-nous-bord-route-2020-12-01-1201127527

Ainsi, Mme Lacombe, dont les milliers d’euros versés par des laboratoires (Gilead, l’inventeur du Remdesivir dont il est inutile de rappeler le scandale, ou encore Janssen qui commercialise des… vaccins contre le Covid) lui permettent de répondre à Libération, en 2020 et très sérieusement, qu’elle n’est pas sujette aux conflits d’intérêts et que cela est normal pour un médecin (plus d’un salaire supplémentaire par an dans son cas… ce qui n’est le cas d’aucun médecin que j’ai consulté dans ma vie, j’ai vérifié : allez faire un tour pour le(s) vôtre(s) sur https://www.transparence.sante.gouv.fr/flow/main?execution=e1s1, c’est plus parlant qu’un « expert » médical médiatique), continue à pérorer contre les non vaccinés, avec un article à faire vomir tout amateur de Candy ou Blanche-Neige : le traitement de cette famille est indécent dans la description de la souffrance, utilisée pour servir un discours déjà bien rôdé, destiné encore une fois à culpabiliser ceux qui pourtant continuent à respecter la loi (qui n’oblige pas à se faire vacciner, je le rappelle). Pourquoi tout un chacun devrait estimer que cette personne n’est pas une scientifique, ou du moins n’en a aucunement la posture ? toujours pour la même raison, l’appui sur un cas particulier pour construire un discours argumentaire et le recours aux sentiments du lecteur (quand tous les autres arguments ont échoué) avec en plus un article écrit à la première personne, comble de la subjectivité. On remarquera qu’ironiquement, cet article appartient à la rubrique « éthique », dans un journal catholique (et la charité, Mme Lacombe, et le pardon, et l’amour de l’autre ?) Et c’est elle qui accuse ses opposants d’irrationalité ?

Cet article est particulièrement symptomatique (si, n’étant pas médecin, j’ai le droit d’utiliser ce terme) : l’irruption de l’émotionnel (souvent conséquence de la maltraitance des pouvoirs publics vis-à-vis des soignants et de l’hôpital public bien plus que du statut vaccinal des malades) se fait en-dehors de tout respect des principes professionnels fondateurs. Quelle est la prochaine étape ? Des enseignants qui n’instruisent plus les élèves dont les parents sont non imposables ? Des routes abîmées pour les pauvres, des routes neuves pour les riches ?

Allez, Mme Lacombe, parlez-nous un peu, aussi, des gens vaccinés en soins critiques, que leur dites-vous, à eux ? Si si, ils existent, je l’ai vu dans les statistiques ministérielles, mais bizarrement, jamais à la télévision. N’oublions pas que Mme Lacombe, si un jour elle lit mon article, ce qui est peu probable, risque de m’inclure dans les tentatives de déstabilisation patriarcales (https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/01/07/le-feminisme-permet-de-renforcer-les-deux-piliers-liberal-et-democratique-de-nos-societes_6065437_3232.html) dont elle dit faire l’objet (étonnant, n’est-ce pas, vu le temps d’antenne qu’elle occupe, et les mensonges qu’elle en profite parfois pour proférer devant les sénateurs https://www.liberation.fr/checknews/covid-19-est-il-vrai-que-80-des-hospitalisations-concernent-des-non-vaccines-comme-le-dit-karine-lacombe-20211203_QPLLDHSJOFFH7GXEIPP6BYGMP4/ qui ne sont pourtant pas les derniers à être des représentants du patriarcat). Il est vrai que, sans doute, manipuler les statistiques et être gavé par des laboratoires, en tant que « scientifique », ce n’est pas un danger pour la démocratie...

On peut chercher le nom des médecins médiatiques sur transparence santé, le résultat sera le même (je vous propose Bruno Lina, Jean-Michel Pawlotsky, David Smadja,...)

De toute façon, il est clair et établi depuis quasiment le début de la mandature actuelle que notre gouvernement se rit des conflits d’intérêts le concernant (https://www.mediapart.fr/journal/france/170122/l-elysee-le-conflit-d-interets-qui-passe-comme-une-lettre-la-poste) mais évidemment, ne manquerait pas de le dénoncer chez ses contempteurs.

Enfin, si ces médecins ont tant de patients Covid à traiter, où trouvent-ils le temps pour nous illuminer de leur Sainte Parole ?

La science à géométrie variable

J’avais entendu parler de cette amie de mes parents qui, vaccinée de manière très légale par un sérum autorisé dans son pays d’origine, l’Argentine (où elle séjourne alternativement), s’est retrouvée à devoir refaire ses injections à zéro une fois revenue en France pour avoir son passe sanitaire, car, évidemment, le fameux Sputnik, venant de Russie, n’est pas autorisé en France. Ainsi, la réalité des vaccins s’arrange visiblement avec les nationalités. Ou les médecins argentins sont moins compétents que les français ? Ou, peut-être, est-ce une décision politique ? (mais non, encore une thèse complotiste !)

https://www.google.com/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=&cad=rja&uact=8&ved=2ahUKEwjc84bf7bv1AhWkyIUKHWtvBAoQFnoECAUQAQ&url=https%3A%2F%2Fsolidarites-sante.gouv.fr%2FIMG%2Fpdf%2Finfog_vaccins_de_l_etranger.pdf&usg=AOvVaw1kO__34ab7Tbszh8b5VVf9

https://www.lefigaro.fr/international/toutes-nos-vacances-sont-perturbees-le-casse-tete-des-vaccins-etrangers-non-homologues-pour-les-expatries-20210706

https://www.publicsenat.fr/article/politique/passe-sanitaire-le-casse-tete-du-vaccin-pour-les-francais-de-l-etranger-190152

Les non vaccinés, ces idiots pauvres et illettrés

Il suffit de lire ces articles pour comprendre à quel point le mépris de classe et le mépris intellectuel s’exprime :

https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/coronavirus-qui-sont-les-5-millions-de-francais-non-vaccines-7900107821

https://www.europe1.fr/societe/qui-sont-les-non-vaccines-4088032

En résumé, les méchants « antivax » sont donc des pauvres (cela est vrai pour les SDF, bien entendu, mais la responsabilité leur en incombe-t-elle, ou aux pouvoirs publics qui ne font rien pour eux ?), des gens isolés, des militants d’extrême gauche ou d’extrême droite. Et voilà. C’est pratique et facile. Vous êtes soit intelligent et rationnel soit bête et militant.

L’utilisation de données erronées dans un argumentaire et/ou la manipulation des statistiques

Outre le fait qu’un des premiers éléments démonstratifs de l’appauvrissement de la pensée est l’utilisation systématiques du mot chiffre (qui, je le rappelle, désigne un DESSIN utilisé pour écrire des nombres à l’instar des lettres pour les mots) en lieu et place des mots nombre, donnée ou statistique, on dégage de cette nouvelle information la volonté claire d’atténuer toute erreur venant de la pensée dominante :

https://www.leparisien.fr/societe/sante/cas-positifs-et-hospitalisations-par-statut-vaccinal-pourquoi-les-donnees-de-la-drees-ont-ete-corrigees-14-01-2022-U7MF6HEKHJBIJC7XJEJYKSUGNQ.php

Ainsi, l’argumentation de l’exécutif, des journalistes et des soi-disant experts médiatiques s’est appuyée pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, sur des données partiellement fausses et mal interprétées ? On a mélangé allègrement les données « avec Covid » et « pour Covid » ?

Dans tout autre débat, à propos de tout autre sujet, ce fonctionnement aurait provoqué une levée de boucliers, cela constituant un outrage intellectuel. Pourtant, ce fait passe plus inaperçu que le discours sur les non-vaccinés, radoté, radoté, radoté à longueur d’onde.

On aura beau jeu d’arguer de la complexité de la période et du fait que les réalités du terrain évoluent très vite. Un discours rationnel et scientifique ne s’appuie pas sur des données mouvantes et inexactes ; un scientifique qui ne peut démontrer un fait se doit de rester neutre, objectif et de parler de suppositions. Personne n’a obligé ni le gouvernement, ni les media à affirmer aussi souvent des opinions, avis, décisions de manière aussi péremptoires et contradictoires. Il est toujours autorisé de rester pondéré et décent.

Ici, on peut voir que même LCI, pourtant peu favorable aux non vaccinés (rappelez-vous, la vidéo du pauvre jeune homme atteint d’une tumeur plus haut) ne peut que donner tort à M. Castaner qui invente lui aussi des statistiques inexistantes : https://www.lci.fr/politique/vaccination-covid-epidemie-castaner-y-a-t-il-vraiment-eu-85-000-primo-injections-realisees-vendredi-2207405.html

(Mise à jour du 19/01/22 au soir) : Et puisque il ne se passe pas un jour sans une nouveauté, j'ajoute : https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2022/01/19/covid-19-20-des-hospitalisations-ont-une-autre-cause-que-le-virus_6110118_4355770.html

L’utilisation du choix truqué et de la peur

Préférez-vous qu’on vous coupe un bras ou que votre fantasme sexuel couche avec vous ? Question difficile…

Eh bien : préférez-vous vous priver de toute vie sociale ou obéir à notre injonction ? Je ne sais lequel choisir.

Quant à la peur… eh bien… dois-je vraiment résumer ? Tout a été mis en scène dès lors que Jérôme Salomon est apparu à la télévision (je ne remets pas en question le contenu des données, mais la volonté de faire peur).

Comment les théories complotistes deviennent discrètement la thèse privilégiée

Eh bien, je vous invite à lire ces articles, dans l’ordre. Qu’ajouter de plus ?

https://www.liberation.fr/les-idees/2020/03/30/pourquoi-les-electeurs-du-rn-croient-que-le-coronavirus-a-ete-invente-en-laboratoire_1783527/

https://www.liberation.fr/sciences/biologie/covid-et-accident-de-laboratoire-des-scientifiques-remettent-une-piece-dans-la-machine-20210514_6NVT7DD7EZGSPBZBOBPDIEAU7U/

https://www.liberation.fr/checknews/covid-19-les-medias-ont-ils-fait-volte-face-sur-lhypothese-dun-virus-echappe-dun-laboratoire-20210603_ZWMYCSD74NDPVPC6WPINOSOKZQ/

Évidemment, dans ces cas-là (à part dans Marianne, qui a l’élégance de reconnaître son erreur), on entend peu de journalistes admettre s’être trompés.

Quant à la réalité de l’apparition du Covid… attendons.

La réinvention et la confiscation de concepts philosophiques clés

Sans article pour exemple direct (mais des déclarations peuvent se trouver tout au long des discours des gouvernants et des autres), il y a la volonté de confisquer et réinventer les concepts de droits, devoirs, libertés, citoyenneté, collectif (on peut aussi citer, parallèlement et dans un autre registre, la laïcité, la bienveillance et l’intégration réinventées par M. Blanquer), en particulier dans la bouche de notre président quand il annonce nous emmerder (concept qui, lui, n’a rien de philosophique ; ajoutons qu’il est bien démontré que l’agressivité n’a pas tendance à convaincre le contradicteur d’un débat), inventant même la destitution de citoyenneté pour ses « sujets » qui ne font que respecter la loi qu’il a lui-même fait voter (ce qui interroge par ailleurs sur la séparation des pouvoirs et le rôle des chambres législatives) et implicitement condamnant lui-même, donc s’asseyant aussi sur la présomption d’innocence, là où pourtant aucun crime n’est commis ; d’ailleurs, LREM invoque ce principe alors que ses députés ont déjà reçu une condamnation (https://www.mediapart.fr/journal/france/180122/l-elysee-la-rescousse-de-la-deputee-sira-sylla-mise-en-cause-pour-harcelement, https://www.mediapart.fr/journal/france/281221/les-nouveaux-faits-d-armes-du-depute-simian-toujours-protege-par-l-assemblee-nationale). On comprend par ces simples mots qu’il ne maîtrise rien ou au moins se fout de la constitutionnalité actuelle – et il en est encore pour excuser cette attitude morale en confisquant, à leur bénéfice, le « principe républicain ».

Les seules personnes qui ont d’ailleurs raison à ce sujet sont Rousseau, Montesquieu et leur contemporains (et nous ne pouvons que les suivre) : ils ont définis eux-mêmes ces termes tels que nous les utilisons aujourd’hui (seulement, Rousseau n’utilise pas le mot devoir), les expliquent dans leur littérature, et notre société s’appuie directement dessus, à travers les successives Déclarations des Droits de l’Homme et du Citoyen et notre constitution ; tout doute devrait amener les personnes honnêtes à vérifier l’adéquation du discours public avec ces concepts qui n’accordent que peu de place à l’approximation, en particulier l’affirmation abusive de M. Macron que le devoir vient avant le droit (Rousseau explique simplement le processus conjoint et simultané de l’apparition de tous droits créances et droits libertés) ; Ah, ça ! Il est sûr que dans l’histoire humaine, de nombreux devoirs sont apparus avant les droits… mais ce n’est pas notre paradigme démocratique.

On pourra citer nombre d’articles qui versent dans ces biais idéologiques. Observer par exemple les traitements donnés aux isolements, aux tests, aux gestes barrières dans le cadre des croisières de loisir où, bien que tout le monde soit vacciné, des foyers apparaissent.

J’invite chacun à interroger la réciprocité et la dissymétrie : la parole médiatique traite-t-elle les personnes de la même façon, de manière égalitaire et objective ? Demandez-vous, systématiquement, si en inversant les rôles, l’argumentaire aurait pu être identique. Cela est difficile, considérant que la presque totalité des communications n’est à charge que dans un sens, court-circuitant a priori la possibilité de le faire. Toutes ces tentatives désespérées de pression idéologique ressemblent plus à des mantras à visée autoréalisatrice qu’à une réelle réflexion, sinon scientifique, du moins rigoureuse. Est-il normal et éthique par exemple d’acter des traitements différents dans la population sur la base d’une donnée médicale (dont la confidentialité reste assurée par la constitution). Mais peut-être que le gros mot, pandémie, court-circuite immédiatement toute velléité de distanciation (ici dans son acception normale et non en lieu et place de « distance » comme le gouvernement nous l'a fait utiliser dans son plus pur style anglophile soumis).

On pourrait aussi analyser la confiscation et l’emploi (souvent erroné et abusif) du terme de science (à la place de technique ou technologie, par exemple) pour se justifier, dans une pirouette godwinienne disqualifiant de fait toute observation contradictoire, créant (ou renforçant) la nouvelle religion scientiste.

Enfin, il est paradoxal que cette culpabilisation permanente, s’appuyant sur une argumentation empruntant assez souvent aux propagandes idéologiques ou totalitaires, au minimum sur un abus d’arguments d’autorité, taise complètement l’attitude de la France quant au partage des vaccins dans les pays pauvres : quel argument peut tenir s’il ne s’applique qu’à une fraction relativement faible de la population mondiale ? Comment faire croire aux non vaccinés français qu’ils sont responsables de la situation alors que la France refuse, comme tant d’autres pays, de donner les doses promises (ou, quand elle le fait, c’est parce que personne n’en veut chez nous, comme le vaccin AstraZeneca qui tend à se périmer) ? Ce discours est-il à l’épreuve de la logique ? S’ils croyaient vraiment à l’efficacité de ce vaccin, cela fait longtemps que des efforts auraient été faits pour vacciner l’intégralité de la population mondiale soit en donnant plus, soit en demandant la levée des brevets (M. Macron ne parlait-il pas de bien commun en 2020 ?), car les virus n’ont pas de frontière, malgré tous les crypto-fascistes anti-immigration qui nous entourent et s’échinent à vouloir les fermer (nos frontières).

Il n’est sans doute pas nécessaire de renvoyer aux travaux de Paul Nizan puis de Serge Halimi concernant les chiens de garde et les compromissions (plus ou moins conscientes et acceptées) des journalistes envers le pouvoir en place.

Seuls l’avenir et les historiens nous permettront de voir clair dans cette période et de savoir qui avait raison, mais le présent nous permet déjà de dire qui ne supporte aucune contradiction et est responsable des dérives idéologiques dans le débat public.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Gauche(s)
En Seine-Maritime, Alma Dufour veut concilier « fin du monde et fin du mois »
C’est l’un des slogans des « gilets jaunes » comme du mouvement climat. La militante écologiste, qui assume cette double filiation, se lance sous les couleurs de l’union de la gauche sur ce territoire perfusé à l’industrie lourde, qui ne lui est pas acquis.
par Mathilde Goanec
Journal — Sports
Ligue des champions : la France gagne le trophée de l’incompétence
La finale de la compétition européenne de football, samedi à Saint-Denis, a été émaillée de nombreux incidents. Des centaines de supporters de Liverpool ont été nassés, bloqués à l’entrée du stade, puis gazés par les forces de l’ordre. Une faillite des pouvoirs publics français qui ponctue de longues années d’un maintien de l’ordre répressif et inadapté, souvent violent.
par Ilyes Ramdani
Journal — Europe
En Italie, Aboubakar Soumahoro porte la voix des ouvriers agricoles et autres « invisibles »
L’activiste d’origine ivoirienne, débarqué en Italie à l’âge de 19 ans, défend les ouvriers agricoles migrants et dénonce le racisme prégnant dans la classe politique transalpine. De là à basculer dans la politique traditionnelle, en vue des prochaines élections ? Rencontre à Rome. 
par Ludovic Lamant
Journal — Moyen-Orient
Le pouvoir iranien en voie de talibanisation
La hausse exponentielle des prix pousse à la révolte les villes du sud et de l’ouest de l’Iran. Une contestation que les forces sécuritaires ne parviennent pas à arrêter, tandis que le régime s’emploie à mettre en place une politique de ségrégation à l’égard des femmes.
par Jean-Pierre Perrin

La sélection du Club

Billet de blog
Mères célibataires, les grandes oubliées
Mes parents ont divorcé quand j'avais 8 ans. Une histoire assez classique : une crise de la quarantaine assez poussée de la part du père. Son objectif à partir de ce moment fut simple : être le moins investi possible dans la vie de ses enfants. Ma mère s'est donc retrouvée seule avec deux enfants à charge, sans aucune famille à proximité.
par ORSINOS
Billet de blog
« La puissance des mères », extrait du livre de Fatima Ouassak
A l'occasion de la fête des mères, et de son braquage par le Front de mères pour faire de cette journée à l'origine réactionnaire une célébration de nos luttes et de nos victoires, extrait du livre « La Puissance des mères, pour un nouveau sujet révolutionnaire » de Fatima Ouassak. Il s'agit de la conclusion, manifeste écologiste, féministe et antiraciste, lue par Audrey Vernon.
par Jean-Marc B
Billet de blog
Les mères peuvent-elles parler ?
C'est la nuit. Les phares des voitures défilent sur le périphérique balayant de leurs rayons lumineux le lit et les murs de ma chambre d'hôpital. Je m'y accroche comme à un rocher. Autour de moi, tout tangue. Mon bébé hurle dans mes bras.
par Nina Innana
Billet d’édition
Ma grand-mère, fille mère
Les récits familiaux reprennent dans l'édition «Nos ancêtres les gauloises». Celui-ci nous est proposé par un contributeur qui tient à rester anonyme. Son histoire, entre mémoire et fiction, explore un secret de famille où la vie des bonnes «engrossées» par leur patron rencontre celle des soldats de la Guerre de 14...
par ELISE THIEBAUT