Le bal démasqué Sortir d'un système viral

Nous avons tous été ébranlés par l’épisode de confinement que nous venons de vivre. Il nous a fallu plus ou moins de temps pour dépasser la sidération et nous frayer un chemin à travers toutes les contradictions dont nous avons été abreuvés et qui continuent d’affluer. Le productivisme génère les crises sanitaires et en accentue les effets dévastateurs.

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Le bal démasqué

Sortir d’un système viral

 

 

      Nous avons tous été ébranlés par l’épisode de confinement que nous venons de vivre. Si toutes nos expériences furent forcément différentes, il n’en reste pas moins que cette période s’est révélée riche d’enseignements réels ou supposés. Il nous a fallu plus ou moins de temps pour dépasser la sidération et nous frayer un chemin à travers toutes les contradictions dont nous avons été abreuvés et qui continuent d’affluer.

Notre Président de la République a choisi d’incarner la gestion de la crise sanitaire par ses interventions télévisées qui ont été très largement suivies, occasionnant des records d’audience tandis qu’elles déclinaient des mesures inédites. J’ai choisi de m’appuyer sur ses discours du 12 et 16 avril, des « discours personnels qu’il aurait écrit lui-même jusqu’à la moindre virgule » pour développer un argumentaire que j’aimerais partager. Je précise n’avoir aucune illusion sur la détermination réelle d’un E. Macron à imposer un nouveau pacte social. Biberonné au néolibéralisme et à ses codes, cet ancien banquier d’affaires élu grâce aux contributions financières conséquentes de dirigeants d’entreprises (800 personnes seulement ont financé la moitié de sa campagne électorale) des dirigeants qui tiennent à ce que l’ultralibéralisme continue à attaquer les droits du travail, à réduire la dépense publique, les charges, les impôts, les normes, les règles et les contrôles sur la circulation des capitaux. Nous verrons néanmoins que le Président a engagé sa parole sur de nombreux sujets, cela a été dit, écrit, répété, il nous appartiendra désormais de tout mettre en œuvre pour lui rappeler ses propos et exiger des changements en profondeur.

Dès la prise de parole du 12 mars qui alerte déjà fortement sur le danger de la pandémie mais confirme le maintien du 1er tour des élections municipales, en passant par l’annonce de la fermeture des écoles, alors que quelques heures plus tôt, le même jour, le ministre de l’Education nationale affirmait qu’il n’en était pas question, puis les errements coupables à propos du port du masque, des tests, sans oublier la réouverture des écoles contre l’avis d’un conseil scientifique qu’on nous présentait comme omnipotent, les contradictions n’ont cessé de s’accumuler.

Dans une première partie j’ai choisi de décrire le cheminement suivi pour tenter de comprendre la situation actuelle, la seconde sera consacrée à des propositions de solutions et d’actions.

 

1-Analyser, décoder, re-contextualiser pour comprendre

Au gré des interventions publiques chaque membre de l’exécutif insiste lourdement sur une situation totalement inédite, exceptionnelle, sans précédent, imprévisible, historique. Ce discours permet de dissoudre les responsabilités et de masquer l’incurie éventuelle de nos dirigeants. Qu’en est-il ?

 

1-1 Une situation inédite mais ni imprévisible ni exceptionnelle

 À l’automne 1918 guerre et virus ont vraiment été concomitants. En pleine première guerre mondiale, la grippe espagnole fera 400 000 morts en France tuant dans le monde entre 6 et 8 fois plus de personnes que la grande guerre.

Chaque année, en France, la grippe saisonnière tue de 10 à 15 000 personnes malgré les vaccinations gratuites. Les groupes à risque sont les mêmes que ceux impactés par le corona virus. La crise actuelle nous interroge sur l’absence de précautions collectives et individuelles prises habituellement vis-à-vis de la grippe et sur l’exposition de nos anciens.

L’une des révélations qui a le plus marqué l’opinion publique c’est lorsque plusieurs médecins dont Patrick Pelloux, le président de l’association des médecins urgentistes, ont révélé que face à la pénurie de lits en réanimation, des choix seraient effectués entre les patients « sauvables » et ceux qui le seraient moins. Les plus fragiles, les plus âgés seraient sacrifiés. Inimaginable, profondément choquant, pourtant chaque année 40 à 50 000 morts en France sont des victimes directes de la pollution atmosphérique et des complications respiratoires induites (800 000 en Europe) et pourtant nous acceptons cette hécatombe annuelle pour continuer à rouler en 4X4, au diesel et en SUV, effectuer des trajets inutiles et pour voyager en avion.

Avec le confinement la qualité de l’air s’est considérablement améliorée et des vies ont été sauvées. Si la surmortalité a explosé dans les départements les plus touchés par le Covid 19, elle a baissé dans d’autres où l’on relève même parfois une sous mortalité. Le nombre d’accidents de la route s’est également considérablement réduit. Là encore les contradictions se multiplient.

Je finis par comprendre les raisons profondes du confinement.

Notre système hospitalier a été, années après années, affaibli par une gestion comptable libérale, il n’est plus en mesure d’absorber un afflux massif de malades. Le confinement est le seul moyen d’éviter une plus grande hécatombe encore que celle qui s’annonce, en étalant dans le temps l’évolution de l’épidémie. Il s’agit essentiellement de ralentir la vitesse de propagation du virus pour permettre aux services de réanimation la prise en charge des cas les plus lourds sans être débordés et que chacun puisse espérer être soigné. Pour la région grand-est c’est déjà trop tard des convois de malades vont être acheminés vers des départements moins touchés.

D'autres pays ont fait des choix sensiblement différents parce qu’ils ne se trouvent pas dans la même urgence (6 lits en soins intensifs pour 1000 habitants en Allemagne contre 3.1 en France. (En France, nous sommes sensiblement au même niveau qu’en Italie).

Macron n’avait donc plus le choix. D’autant que la crise sanitaire survient après des années et des années d’alertes, de grèves, de mises en gardes du personnel hospitalier sur le manque de moyens mis à la disposition de l’hôpital public.

Les gouvernements successifs sont responsables de cette situation. Macron n’a fait que l’accentuer depuis son élection mais, n’oublions pas, qu’il a accompagné Hollande tout au long de son quinquennat en occupant plusieurs postes importants : de secrétaire général adjoint de l’Elysée à ministre de l’économie dès 2014.

Début 2020, 1 200 médecins hospitaliers, dont 600 chefs de service et 470 responsables d’unités, ont officiellement annoncé, lors d’une conférence de presse, leur démission de leurs fonctions d’administration, de gestion et de représentation, en l’absence de négociation avec le gouvernement sur les moyens de l’hôpital public.

Quelques jours à peine avant les déclarations du président, les personnels hospitaliers étaient encore dans la rue et se faisaient gazer, frapper, maltraiter par les CRS. Leur tort ? demander des moyens supplémentaires, un arrêt des fermetures de lits et d’hôpitaux, que l’on stoppe une gestion uniquement comptable de la santé, que leurs métiers soient revalorisés et leurs retraites décentes : « Ces héros en blouse blanche, ces milliers de femmes et d'hommes admirables qui n'ont d'autre boussole que le soin, d'autre préoccupation que l'humain, notre bien-être, notre vie, tout simplement » qui sont aujourd’hui félicités par le président de la République, ceux à qui il voudrait que la nation rende hommage s’étaient vus répondre sèchement et définitivement qu’il n’y avait pas d’argent. Manifestement il vient d’en trouver et dans des proportions bien plus conséquentes que ce qui était réclamé.

Dans un tel contexte le confinement est la seule alternative pour espérer atténuer la catastrophe et sauver l’image d’une gouvernance déjà mise à mal par les mouvements de contestation qui se sont succédés et qui dénoncent tous une destruction consciencieuse des services publics et des solidarités, une gouvernance verticale et autoritaire, un mépris affiché des plus faibles (Indignés, nuit debout, gilets jaunes, pompiers, policiers, cheminots, profs, opposition à la réforme des retraites).

Avec sa réélection en point de mire Macron était contraint de tout faire pour atténuer l’incendie.

Si « gouverner c’est prévoir » force est de constater que rien n’a été prévu alors que de nombreuses épidémies se sont succédées ces 50 dernières années (Ebola, H5N1, SARS, Grippe porcine, MERS, grippe aviaire….) la majorité occasionnant des syndromes respiratoires aigus.

Les stocks de masque ont été détruits et pas renouvelés, les respirateurs sont en nombre insuffisants et beaucoup restent inutilisables, les personnels soignants sont sous tension depuis des années, en sous-nombre, mal payés, avec des conditions d’exercice qui n’ont cessé de se dégrader.

   

 1.2 Les lois économiques gravées dans le marbre n’existent pas

E.Macron le 12/03/20 : « La santé n'a pas de prix. Le Gouvernement mobilisera tous les moyens financiers nécessaires pour porter assistance, pour prendre en charge les malades, pour sauver des vies quoi qu'il en coûte ».

« Tout sera mis en œuvre pour protéger nos salariés et pour protéger nos entreprises quoi qu'il en coûte, là aussi. L'Etat prendra en charge l'indemnisation des salariés contraints à rester chez eux ».

Un autre enseignement fort de cette crise du Covid 19 et du confinement c’est que, s’il existe des réalités biologiques, physiques et sanitaires, les réalités économiques, les lois dont on nous abreuve (libre échange, concurrence, lois du marché) n’existent pas.

Les certitudes viennent de voler en éclat. En raison du confinement quasiment toutes les activités ont été stoppées et nous continuons pourtant à pouvoir nous alimenter et à vivre normalement, pas de pénurie en vue. Des hébergements ont été subitement trouvés pour les sans-abris. Le ministère communique ainsi sur son site internet : « Le principe de solidarité nationale envers les personnes les plus démunies est ainsi placé au cœur du dispositif de l’Etat pour répondre à l’épidémie ». La vérité est malheureusement beaucoup plus nuancée il s’agit avant tout de limiter la propagation du virus et d’étendre le confinement à tout le monde afin de protéger tous les autres. En quelques jours l’état s’est montré capable de solutionner une de nos hontes nationales : la 5ème puissance mondiale laisse de plus en plus de personnes vivre dehors (200 000 avec une augmentation de 50% durant la dernière décennie selon l’INSEE et un taux de mortalité équivalent à celui des accidents de la route) Allons-nous accepter que cette solidarité nationale s’arrête une fois le virus passé ?

L’argent qui n’existait pas pour les hôpitaux a été trouvé, le recours massif au chômage partiel a été autorisé, l’état envisagerait même de re-nationaliser air France quand la tendance était de vendre les aéroports de Paris, la française des jeux, autant d’entreprises nationales qui rapportaient pourtant beaucoup d’argent sans oublier l’office national des forêts dont la dimension stratégique et écologique est fondamentale.

Déjà en 2008, souvenons-nous que des milliards avaient été trouvés (sans aucune contrepartie) pour sauver les banques. Jusqu’à la veille des années 90 les banques étaient pourtant la propriété de l’état. Elles ont été privatisées mais c’est bien le contribuable qui a été convoqué pour les sauver et cela nous a coûté 30 milliards d’euros. La tendance libérale reste toujours la même : privatiser les profits et mutualiser les pertes.

Des banques que nous avons sauvées mais qui continuent à spéculer sans avoir tiré les leçons de la crise, des banques qui échappent à l’impôt grâce à leurs nombreuses filiales dans les paradis fiscaux. Entre 2009 et 2015, le taux d’imposition sur leurs bénéfices n’aura été que de 8 %, bien loin du taux officiel de 33,5 %. Pour l’État, cela a représenté un manque à gagner supplémentaire de 15 milliards d’euros au cours des dix dernières années. Des banques qui favorisent l’évasion fiscale de leurs riches clients https://www.entreprendre.fr/sauvetage-banques-francaises-subprime/ .

L’évasion fiscale est responsable de la destruction des services publics et des contraintes budgétaires. Il est indécent à ce propos qu’à chaque événement dramatique national (incendie de notre dame, crise du covid) les ultrariches se muent en bienfaiteurs du pays (tout en défiscalisant 66% de leur don qui sera défalqué de leur imposition produisant automatiquement un manque à gagner pour les finances publiques). Tous usent et abusent de l’optimisation fiscale et de la domiciliation de bénéfices à l’étranger. Le système néolibéral se caractérise par une destruction des systèmes publics par les politiques d’ajustement structurel, tout en créant un espace pour l’humanitaire et la philanthropie. Les Américains ont été les précurseurs dans ce domaine également.

L’économie ce sont des conventions qu’il suffit de modifier, pas des lois.

 E.Macron 12/03/20 : « il nous faudra demain tirer les leçons du moment que nous traversons, interroger le modèle de développement dans lequel s'est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile ses failles au grand jour »

 Il n’est plus temps de « l’interroger », il faut urgemment en changer et cette immense crise sanitaire nous offre une opportunité unique de ne plus jamais reprendre comme avant.

 

1.3-Notre modèle économique mondial, le productivisme, est responsable des crises sanitaires.

Nous venons de l’évoquer, la doctrine néolibérale de réduction des emplois public et de marchandisation de la santé a conduit années après années à moins de lits d’hôpitaux, moins de personnels, moins de médicaments et moins de matériel.

Le productivisme génère les crises et en accentue les effets dévastateurs.

L’épidémie de la vache folle compte parmi les nombreux exemples illustrant cette assertion. La quête de la productivité, du rendement et du profit conduisant à donner à des herbivores des farines animales contaminées. L’appât du gain faisant perdre tout bon sens. Pourtant, aujourd'hui des farines animales sont toujours utilisées en aquaculture pour nourrir les poissons d’élevage.

Le virus Covid 19 provient d’une mutation de microbes animaux en agents pathogènes humains. La chauve-souris et le pangolin en seraient les vecteurs probables. Ce phénomène est pourtant loin d’être nouveau ou méconnu mais il se développe, s’accentue et s’accélère avec la mondialisation des échanges et des transports mais également en raison de la réduction de la biodiversité.

Dès la domestication des animaux et la destruction de leurs habitats des épidémies sont apparues. La rougeole et la tuberculose sont dues aux vaches, la coqueluche aux cochons et la grippe aux canards.

Le SIDA dont on ne guérit toujours pas et qui a fait 770000 morts en 2018 (36 millions depuis l’apparition de la maladie) vient du macaque.

Choléra, SRAS, Ebola, Zika, maladie de Lyme, grippe aviaire, toutes ces épidémies ont en commun les activités humaines : la destruction des écosystèmes, les élevages industriels intensifs, les transports des animaux généralisés, leurs promiscuités, les montagnes de déjections qui permettent un développement énorme de bactéries. Des bactéries que l’on retrouve dans les sols enrichis de nos légumes tout comme les antibiotiques utilisés à grande échelle pour contrôler sanitairement des exploitations agricoles de plus en plus surdimensionnées. Nous en ingérons dans notre alimentation et créons sans le savoir des conditions idéales pour le développement d’antibiorésistances.

« Plus on prend d’antibiotiques, plus le risque de faire émerger des bactéries résistantes s’accroît. La résistance aux antibiotiques s’est progressivement développée et concerne aujourd’hui l’ensemble des bactéries pathogènes. Elle résulte de l'administration répétée d'antibiotiques chez l'homme ou l'animal qui crée des conditions, appelées « une pression de sélection » favorisant l’acquisition et la dissémination de souches résistantes aux antibiotiques. Aujourd’hui, les nouvelles molécules sont rares et il n’est parfois plus possible difficile, voire impossible de traiter certaines infections. » https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/infections-associees-aux-soins-et-resistance-aux-antibiotiques/resistance-aux-antibiotiques

En Europe, le Centre européen de contrôle des maladies évalue à 25 000 le nombre de décès par an résultants de la résistance aux antibiotiques. https://www.pasteur.fr/fr/centre-medical/fiches-maladies/resistance-aux-antibiotiques

Capturer, transporter et vendre des animaux sauvages vivants, entassés dans des cages dans des conditions insalubres sur des marchés (comme à Wuhan), met en contact des espèces qui ne se côtoient pas habituellement dans des espaces très réduits et favorise le passage des virus entre elles, humains compris. Dans la nature, la propagation des virus est freinée par la diversité des espèces, mais surtout par la diversité génétique interne à chacune. Elle est un vrai labyrinthe, ils doivent faire face à des individus toujours différents, dont certains leur résistent, ce qui freine leur expansion. Le déclin de la biodiversité augmente les risques de transmission des pathogènes et l’émergence des maladies associées. Une étude d’avril 2020 révèle qu’aucun virus zoonotique (transmissible à l’homme) n’a été détecté chez la grande majorité (88,7 %) des 5 335 espèces de mammifères sauvages terrestres étudiées.

https://www.researchgate.net/publication/340512527_Global_shifts_in_mammalian_population_trends_reveal_key_predictors_of_virus_spillover_risk

Une extinction massive d’espèces vivantes, déjà en partie irréversible, est en cours. Elle est davantage imputable aux activités humaines (déforestation, agriculture et élevage intensifs, pesticides, pollutions chimiques, surexploitation des sols, massacre animal…) qu’au réchauffement climatique.

Toutes ces dérégulations fragilisent le vivant, rompent les équilibres et favorisent le développement de futures pandémies.

Ce qui est vraiment inédit avec le Covid 19 c’est sa contagiosité et sa vitesse de transmission.

Pour la première fois le monde entier est concerné au même moment par une pandémie. Le développement du transport aérien et du tourisme de masse ont permis cette explosion.

Là encore le modèle ultralibéral fondé sur les inégalités criantes entre les pays nourrit l’industrie touristique. Il est beaucoup plus avantageux financièrement de partir à l’autre bout du monde que de rester à proximité de chez soi pour prendre des vacances. La dérégulation des droits du travail et le dumping social et fiscal s’invitent même directement dans nos ports. Les croisières MSC ou Costa proposent des prix et des services défiants toute concurrence. Leur main d’œuvre est recrutée dans les pays les plus pauvres du monde (65 heures de travail par semaine sans aucun congé pendant plus de 6 mois pour 600 euros mensuels). Des salariés qui paient au départ pour décrocher ce travail jusqu’à 2000 dollars et doivent par la suite rembourser des prêts à des taux d’intérêt énormes. Cela relève de l’esclavage moderne. Si les compagnies maritimes peuvent se permettre de payer si peu leurs salariés, c'est qu'elles sont très souvent immatriculées dans des pays qui offrent des conditions très peu contraignantes, en matière de fiscalité, de sécurité du navire mais surtout de droit du travail auquel est soumis l'équipage. C'est ce qu'on appelle plus généralement les pavillons de complaisance. Ces navires par la promiscuité qu’ils organisent (personnels logés dans des cabines de moins de 5m2 parfois à plusieurs), le nombre de passagers (ce sont entre 3 et 8000 personnes qui sont transportées dans un espace réduit) sont des vecteurs privilégiés pour les épidémies. Plusieurs ont été interdits d’accoster récemment.

Ces paquebots, de surcroît, sont extrêmement polluants : « Les 94 bateaux du croisiériste de luxe Carnival Corporation (Costa) émettent dix fois plus d'oxyde de soufre que l'ensemble des 260 millions de voitures du parc automobiles européen selon Transport & Environnement. La compagnie n'est pas la seule dans le viseur de l'ONG : le deuxième croisiériste le plus important du monde, Royal Carribean, en rejette, lui quatre fois plus ». 

https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/pollution/les-bateaux-de-croisiere-emettent-une-pollution-colossale_135358

Les émissions continuent largement quand les bateaux sont à quais, les moteurs continuant de tourner pour alimenter leurs besoins monstrueux en énergie.

A travers ces exemples non exhaustifs, les conséquences de notre modèle de développement économique unique et mondial sur le réchauffement climatique sont édifiantes.

Le libéralisme est un dogme qui a été implanté dans nos esprits. Le productivisme, clef de voûte du néolibéralisme est totalement antinomique avec l’écologie et le développement durable. Plus grave le maintien du productivisme sonne le glas à très moyen terme de la présence de notre espèce sur la planète. Il s’agit d’accroitre constamment la croissance et la consommation, l’extraction de matières premières, la destruction des écosystèmes pour fabriquer, consommer et jeter toujours plus d’objets inutiles et/ou irréparables, à l’obsolescence programmée qui accélèrent notre perte.

 La croissance infinie est fondée sur un triple mensonge : Illimitation de la production (occasionnant une prédation des ressources naturelles renouvelables et non renouvelables), illimitation de la consommation (création de nouveaux besoins artificiels et superflus), et surtout, illimitation dans la production des déchets (pollution de l’air, de la terre et de l’eau).

Ces trois pollutions ont des effets désastreux de plus en plus manifestes : dérèglement climatique avec les émissions de gaz à effet de serre, extinction massive d’espèces animales, pandémies de cancers, d’asthme, d’obésité, de maladies pulmonaires, de troubles cardio-vasculaires. Saturation de l’air en particules fines et en perturbateurs endocriniens. La mort des sources, des rivières et des océans, la désertification et la désagrégation des sols empoisonnés aux pesticides et engrais chimiques, sont, parmi bien d’autres, les effets visibles de cette idéologie de la croissance qui ravage la planète.

Toujours plus de profits et toujours moins de charge et d’impôts pour quelques-uns. Toujours moins de services publics, de solidarité, de liberté et d’égalité pour tous les autres. Les « réformes » successives vont toutes dans le sens d’un creusement des inégalités et de la précarisation.

 

 1.4-La réforme des retraites doit être envisagée comme un projet de société

Malheureusement ce dernier est édifiant : d’une part ses dispositions sont calculées sur une hypothèse de croissance dont on connaît les ravages.

D’autre part la décision de bloquer les ressources disponibles pour les retraités à 14% de la richesse nationale alors même que leur nombre va croître considérablement, équivaudra à : plus de retraités pour un même « gâteau » (dans le meilleur des cas) et donc automatiquement de plus petites parts.

En indexant la réforme des retraites sur une hypothèse de croissance et en figeant les montants reversés à 14 % du PIB, les dirigeants confirment une vision libérale, productiviste et anti écologique du modèle social : « On va dire aux retraité·e·s que leur niveau de vie dépendra de la croissance, et donc le lier à la dégradation des conditions de vie de leurs enfants et petits-enfants » https://reporterre.net/la-reforme-des-retraites-aggraverait-la-crise-ecologique

L’«âge pivot» conduira immanquablement au recours à des retraites complémentaires . Ceux qui le pourront souscriront des fonds de pension qui sont un désastre économique et écologique. Leur besoin continuel en liquidités conduit à la destruction d’emplois (moins de masse salariale= moins de coût = Plus de dividendes). Ironie du sort, les fonds de pension nous viennent des Etats-Unis, ce sont donc les retraités américains qui ponctionnent les richesses et les gains de productivité des actifs européens. Ce système risqué d’épargne retraite a poussé à la ruine des milliers de retraités outre atlantique, on se souvient particulièrement de leur place centrale dans la crise des subprimes de 2007.

Le chômage est au cœur du recul des solidarités : moins d’actifs c’est moins de cotisants et automatiquement moins de contributions à notre modèle social. Pourtant, là encore, le discours politique est fondé sur un mensonge : le chômage que l'on continue à nous présenter comme conjoncturel est devenu structurel lorsque dans les années 80 (et sans que nous ayons été consultés), la libéralisation du mouvement des capitaux a déplacé le pouvoir économique vers la sphère financière.

Au temps du capitalisme des entrepreneurs, salaires, profits, investissements et emplois évoluaient ensemble, convergeaient, le gain de l'un conditionnant les autres. A présent le capitalisme est " actionnarial " le dividende ne se nourrit pas conjointement aux autres revenus mais des ponctions qu'il opère sur eux. Il s'agit d'un véritable racket des richesses produites par le travail. (Voilà pourquoi des entreprises qui réalisent des profits colossaux se mettent à licencier avec pour effet immédiat des actions qui grimpent !)

L’actionnariat a transformé l’économie capitaliste en introduisant des tiers qui ponctionnent directement les richesses produites, poussent à accroître la productivité, les licenciements au détriment des salaires des travailleurs et de leur protection sociale. Moins de cotisants= un gâteau de plus en plus petit à partager.

Christiane Marty économiste d’ATTAC. « La croissance n’est pas bonne ou mauvaise en soi : tout dépend de son contenu, dit-elle. Ce qui est insoutenable, c’est l’accumulation sans fin, le “produire toujours plus” sans critères d’utilité sociale ou environnementale, ce qui mène à un épuisement des ressources, à la pollution et au changement climatique. » À l’inverse, des politiques volontaristes pour créer des emplois dans la transition écologique permettraient selon elle de répondre à l’urgence climatique et de garantir les pensions : « Davantage d’emplois, c’est davantage de cotisants et de cotisantes, ce qui est un déterminant de l’équilibre financier des caisses de retraite. »

 

1.5- De la nécessité vitale de changer de modèle économique

La crise du Covid 19 est une parenthèse mondiale qui démontre à ceux qui en doutaient que le productivisme conduit à notre perte. Le libéralisme ne marche pas il est mortifère. Si l’on ne sort pas immédiatement de cette logique, la planète et nos enfants sont irrémédiablement condamnés. Productivisme, libre échange, croissance nous proposent une accélération continuelle du réchauffement climatique, un accroissement des pollutions et des dérèglements, le développement du chômage, de la précarité et de la pauvreté, l’accroissement des inégalités et la réduction continuelle des protections sociales et des solidarités.   

L’espèce humaine est menacée au même moment par un virus inarrêtable. On constate que les délocalisations voulues par la dérèglementation mondiale qui nous a été imposée sans concertation nous mettent en danger (masques et médicaments fabriqués uniquement en Chine). Les traités économiques, ceux-là même qui fixent leurs « lois » économiques ont été signés sans l’aval des peuples, Les accords de l’OMC (office mondial du commerce), les traités européens, les accords de libre-échange (dernièrement encore avec le Canada et en pleine crise du Covid avec le Mexique). Même lorsque nous avons rejeté un traité européen par référendum, il nous a été imposé par la voie parlementaire. Ces traités sont les plus grands dénis de démocratie de notre époque. Ils sont responsables de la perte de souveraineté des états et nourrissent les votes extrêmes et populistes. Ce sont ces conventions qu’il faut changer pour sortir très vite d’une logique productiviste dont on connaît trop bien l’issue.

La crise Covid 19 est un immense coup de projecteur mondial instantané sur la fragilité de l’humanité face aux lois biologiques, écologiques et sanitaires, sur nos interdépendances et nos responsabilités collectives et individuelles. Le déséquilibre est mondial, le productivisme l’a généré et c’est toute l’humanité qui est concernée et menacée au même moment.

L’économie devrait être au service de l’homme et pas l’inverse. Le productivisme est au service de la destruction de notre planète pour générer des gains toujours plus démesurés pour une poignée d’ultra riches.

Les gilets jaunes voulaient bloquer la France, le Covid a bloqué le monde. Le confinement nous oblige à nous recentrer sur l’essentiel. Nous prenons conscience quotidiennement de nos vrais besoins. Il nous met également face aux inégalités de logement, accentue les précarités et expose encore davantage des milliers de femmes aux violences conjugales, au non partage des tâches ménagères avec souvent l’ajout nouveau du suivi scolaire du télé-enseignement des enfants. Les violences faites aux femmes sont une autre honte de notre pays, le nombre de féminicides ne cesse de croître, personne ne semble en mesure de protéger les victimes qui ont le plus souvent déjà alerté les pouvoirs publics. Là encore il s’agit d’une volonté d’état qui passe par des moyens, des infrastructures et des agents publics. L’exemple de l’Espagne est pourtant là pour nous montrer un arsenal de solutions qui fonctionnent. Plus largement nous devons nous interroger sur la place de la femme dans notre société, sa sous-représentation dans les postes à responsabilité, les inégalités salariales criantes qui persistent, le harcèlement de rue, le retour des attaques contre l’avortement, autant de signes de régressions archaïques qui laminent le vivre ensemble. La crise sanitaire montre également que ce sont les femmes qui fournissent le gros des effectifs des métiers exposés qui permettent à notre pays de continuer à fonctionner. Elles sont sur-représentées chez les infirmières et les aides-soignantes, chez les caissières, les vendeuses, les enseignantes du 1er degré volontaires pour accueillir les enfants de soignants.

Le confinement a tout stoppé, il nous permet de porter un regard sur nos quotidiens d’avant, de prendre enfin un peu de distance d’avec l’emballement de nos vies et les accélérations continuelles qui nous sont imposées. Si le confinement ne peut être comparé à la guerre, les conditions de vie qui sont imposées à des milliards de personnes sur la planète s’apparentent à un combat permanent. Malnutrition, famines, pauvreté, mortalité infantile très élevée et espérance de vie réduite pour les pays les plus pauvres. Chez les pays les plus riches : ce sont l’insécurité, l’impossibilité de se projeter, de se protéger, la précarisation, les pressions économiques, psychologiques, le stress. Agressivité, agitation continuelle, bruit, fracas. Les peurs nous accompagnent et elles sont entretenues par les classes dominantes. Nous sommes toujours plus exploités (travailler plus pour gagner moins et dépenser plus). Les publicités sont omniprésentes, les démarchages téléphoniques, les présentations de produit, les informations commerciales, partout, constamment, nous sommes sollicités, interpellés voire agressés pour acheter, consommer, adhérer, nous engager et payer toujours davantage alors que nos charges fixes (alimentation, énergie, transport) sont déjà considérables et souvent injustifiées. Le productivisme est une prédation du vivant. Tout est organisé par et pour l’exploitation économique qui produit un asservissement de plus en plus prégnant de ceux qui peuvent y participer et l’exclusion des autres, des plus faibles, des plus fragiles ou des rebelles.

Muhammad Yunus économiste et prix Nobel de la paix déclare « le monde d’avant le coronavirus nous était néfaste. Avant qu’il accapare toute l’attention médiatique, l’humanité se préparait à une avalanche de tragédies. La catastrophe climatique allait rendre la planète impropre à la vie humaine, le compte à rebours avait commencé ; l’intelligence artificielle nous conduisait tout droit vers le chômage de masse ; la concentration des richesses atteignait des niveaux explosifs » Pour lui la crise du corona virus nous ouvre des horizons illimités pour tout reprendre à zéro (Le Monde du 05 mai 2020).

Serge Halimi écrit dans le monde diplomatique d’avril 2020 « le protectionnisme, l’écologie, la justice sociale et la santé sont liées » Ils doivent permettre de proposer dès maintenant un programme de rupture.

Jacques Attali lui-même, économiste libéral reconnu qui a conseillé tous les présidents Français de Mitterrand à Macron nous alerte sur la nécessité impérieuse de mettre en place une économie de guerre qui se réoriente vers ce qu’il nomme « les métiers altruistes » qui doivent être revalorisés et développés : santé, alimentation, éducation culture, information, distraction, transports, finance, hygiène…. Selon lui « l’empathie doit devenir le modèle de société et l’altruisme le modèle de développement ».

Des métiers altruistes qui, selon la logique ultralibérale et productiviste ne produisent pas de richesses. Ils ne fabriquent rien, ne transforment aucune matière première, pas de plus-value directe et monnayable, ils ne produisent aucun déchet directement, ils s’occupent de l’humain. Pour Attali une économie peut aisément fonctionner en consacrant 60 % de sa richesse à ce type de métiers. » (J. Attali Quotidien du 24 mars 2020)

L’utilité sociale de ces métiers est sans comparaison possible avec celle d’un trader qui n’en a aucune de ce point de vue. Trader qui possède un pouvoir de nuisance considérable (spéculations sur les matières premières qui peuvent conduire à des famines chez les pays pauvres). Pourtant aujourd’hui c’est bien le trader qui est rémunéré 70 000 euros annuels de salaire de base auxquels s’ajoutent des primes pouvant représenter jusqu’à 8 fois cette somme. Nous pourrions également parler des conseillers en communication et autres tenants du markéting qui ne sont pas là pour faire du bien aux autres. Corréler les rémunérations (ou leur imposition dans un 1er temps) selon l’utilité sociale, le bénéfice collectif apporté, est essentiel pour changer diamétralement de perspective.

Cette utilité sociale des métiers a également été soulignée en pleine crise par un E. Macron Ne comptons pas sur lui pour instaurer un nouveau pacte social. C’est à nous d’agir partout pour obtenir des changements en profondeur.

Pourtant, en préambule de la constitution française figure la deuxième phrase de l’article premier de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26/08/1789 :

« Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune » E. Macron le 13/04/20 l’a lui-même rappelé lors de sa quatrième allocution solennelle depuis le début de l'épidémie de coronavirus, « Il nous faudra nous rappeler que notre pays, aujourd’hui, tient tout entier sur des femmes et des hommes que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal ».

Soignants, caissières, éboueurs mais aussi les paysans qui nous nourrissent et sont les 1ères victimes de l’économie de marché en subissant les contraintes imposées par la grande distribution et les grossistes, beaucoup ne parviennent plus à vivre de leur travail.

Retrouvons-nous autour de ce texte fondateur et exigeons que ses principes soient enfin respectés

Un pacte social basé sur ce choix de l’utilité commune serait de nature à générer plus de cohésion sociale, un consensus vers plus d’égalité et de fraternité qui inclurait une diminution des écarts de salaires. Une société axée davantage sur les métiers altruistes et empathiques produirait automatiquement un mieux-être global qui aurait des répercussions sur les conduites à risques (alcoolisme, tabagisme, addictions), les violences, les incivilités, la délinquance et l’insécurité et toutes les pathologies liées au stress. C’est la qualité de vie de toutes et tous qui serait impactée. Davantage de structures et d’équipements pour soigner, de personnel disponible et compétent, une véritable prise en compte du vieillissement de notre population, pour permettre le maintien à domicile de nos anciens et leur accueil en institut médicalisé lorsque c’est nécessaire, sans distinction de ressources, dans des conditions dignes d’un pays développé. Les bassins d’emplois sont conséquents.

Il faut en finir avec le modèle dépassé de la compétition et de la concurrence. Voyons ce qui se passe aujourd’hui en Biologie : « Le fait est établi depuis Darwin : la lutte pour la survie est le seul ressort de l'évolution du vivant. Toute la biologie du siècle s'est construite sur cette idée fondatrice de la compétition entre espèces. Le seul problème… c'est qu'elle est aujourd'hui battue en brèche. Car de nouvelles techniques d'investigation ne cessent de mettre en évidence une nouvelle "loi de la jungle" : au fond des mers, sous la terre, dans nos intestins… les êtres vivants survivent bien mieux s'ils tissent entre eux des relations de coopération et de mutualisme. Voilà qui met à mal l'un des dogmes les mieux établis du siècle. Surtout, voilà qui oblige à repenser l'évolution à l'aune d'une nature, non plus exclusivement belliqueuse et égoïste, mais aussi altruiste et généreuse ». (Yves Sciama Science et vie 27/03/2013).

La crise du Covid 19 est une occasion unique de ne plus reprendre la vie d’avant. L’élan viendra des citoyens. Macron a essayé de nous faire croire que nous entrions en guerre, nous devons l’informer que nous entrons en résistance. Poussons de toutes nos forces pour qu’il respecte les engagements solennels que nous venons de rappeler.

 

 

2 Comment agir et réagir ?

 

2.1 Des propositions pour attaquer le néolibéralisme et le productivisme dans ses fondements :

   - La suspension et la renégociation de tous les traités de libre-échange et des accords commerciaux.

Ils ont tous été signés sans l’aval des peuples et sont élaborés pour servir un modèle de développement international (le productivisme) or l’urgence vitale est d’en sortir pour un nouveau projet de société. Les fameuses « lois économiques » sont là, elles n’existent qu’à travers ces traités et les sanctions financières démesurées promises et appliquées aux pays qui s’en écartent. Ils édictent des règles qui nous sont présentées depuis des décennies comme des lois gravées dans le marbre.

Ces accords accentuent les échanges, les transports, le réchauffement climatique, la destruction des emplois, des protections sociales. Ils sont responsables aujourd’hui de millions de morts, demain du calvaire de nos enfants et petits-enfants et de la disparition de notre espèce.

C’est l’occasion idéale : Des millions de personnes ont constaté qu’en régime de libre-échange leur pays n’était pas en mesure de les protéger. Ils ne l’oublieront pas. Les états unis 1ère puissance mondiale, le pays qui incarne l’ultralibéralisme est dévasté par les ravages du Covid. Trump et Bolsonaro qui ont exploité la perte de souveraineté de leurs pays pour accéder au pouvoir en désignant des boucs émissaires et en proposant des analyses simplistes voire absurdes démontrent leur incapacité à prendre des décisions éclairées protégeant leurs peuples. Leurs discours productivistes et antiécologiques ne sont malheureusement plus à démontrer, leurs deux pays sont les plus touchés par l’épidémie.

La délocalisation de la fabrication des masques, des gels hydroalcooliques, des médicaments (90 % des substances actives des produits pharmaceutiques sont produites dans deux pays seulement), des respirateurs (la plupart des cent pièces qui entrent dans la fabrication d’un respirateur ne sont pas produites dans les pays où les appareils sont montés) met en danger de mort les personnels hospitaliers, les livreurs, les caissières, les éboueurs, les facteurs, les pharmaciens, etc…. Toutes celles et ceux qui nous permettent de continuer à subvenir à nos besoins essentiels. Avec l’organisation de chaînes de production mondialisées et extrêmement tendues, toute la chaîne s’interrompt si l’un de ses centaines de maillons — une société, quelque part sur la planète — n’est pas en mesure de fonctionner. L’économie ce sont des conventions qu’il suffit de modifier, pas des lois.

 - La relocalisation de la fabrication des biens de première nécessité est désormais une évidence. Nous, citoyens devrons veiller à ce que les déclarations d’intention soient suivies d’effets.       

 - Les paradis fiscaux doivent disparaître.

Aucun état prétendant investir dans le domaine de la santé et de la protection des populations ne peut tolérer que persistent de telles aberrations. En France l’évasion fiscale est estimée à 100 milliards d’euros chaque année https://www.nouvelobs.com/economie/20190121.OBS8848/en-france-l-evasion-fiscale-c-est-100-milliards-d-euros-par-an-le-budget-de-l-education.html. Les états ont réussi à se mettre d’accord sur des traités de libre échange complexes et incompréhensibles dont nous constatons les ravages sociaux et environnementaux, la suppression définitive des paradis fiscaux n’est qu’une question de volonté politique. Elle doit être portée par tous ceux qui prétendent renforcer leur système de santé pour faire face aux futures pandémies.

Une économie de guerre pour reprendre l’expression de Jacques Attali c’est également :

- Imposer des réorientations industrielles et économiques conformes à l’intérêt commun et à nos véritables besoins.

C’est l’idée défendue par Attali lorsqu’il parle d’un « économie de guerre ». Si l’on revient sur l’exemple des bateaux de croisière, certains pourraient être réquisitionnés, couverts de panneaux solaires et servir de logements d’urgence pour offrir un élément de réponse à la crise du logement et devenir des résidences universitaires. La façon dont notre pays traite ses étudiants et sa jeunesse en général venant compléter les hontes nationales déjà évoquées précédemment. Les propositions vont se multiplier dès lors que nous saurons nous accorder sur des objectifs clairs issus de valeurs majoritairement partagées. La diminution du tourisme de masse permettant de dégager de nouvelle possibilité d’hébergement (comme ce fut le cas durant le confinement). Les ressources sont là, les richesses aussi, les objectifs doivent devenir communs et solidaires.

 - Recruter plus de personnels soignants et augmenter nettement leurs  salaires

 - Valoriser les métiers altruistes par rapport à ceux qui ne le sont pas (salaires, primes, imposition) afin d’attirer davantage de jeunes vers ces carrières et que l’utilité commune devienne l’étalon qui justifie enfin les distinctions sociales.

 - Il est indispensable de promulguer des lois garantissant l’indépendance totale des véritables contre-pouvoirs (Presse, justice, télévision et radio).

Là encore l’ultra-libéralisme pèse de tout son poids : la quasi-totalité des organes de presse est aux mains de quelques milliardaires. Le chantage des annonceurs est récurrent, il musèle les rédactions. Le canard enchaîné et Médiapart sont les seuls à vivre uniquement de l’argent de leurs abonnés, sans aucune publicité et ce sont eux qui révèlent les scandales les plus importants. Radio et télévision publiques doivent devenir totalement indépendantes du pouvoir politique.

 - L’interdiction du lobbying et sa pénalisation

2.2 Le modèle productiviste mondial peut être attaqué en bout de chaîne par les consommateurs.

Les marchandises qui ne sont pas consommées ne seront plus produites, transportées depuis le bout du monde. Nous avons tous un premier pouvoir c’est de modifier nos modes de consommation (alimentation, énergie, déchets, transports). Engager une réflexion sur nos besoins, le confinement a forcément proposé un éclairage différent qu’il nous faut approfondir. De nombreuses initiatives existent déjà pour une consommation éclairée et responsable : boycotter certaines marques, privilégier les circuits courts de distribution, réduire la quantité de protéines animales, etc…. Qu’est-ce que j’achète, pour quel besoin, d’où ça vient, quelles conséquences (transport, impacts directs de la production sur l’environnement : déforestation, pesticides, souffrance animale, emballage et déchets, etc…)

Ne comptons pas sur les dirigeants internationaux actuels pour s’attaquer à ce problème. Quels que soient les régimes politiques, tous adhèrent au productivisme. Là encore les pressions doivent être massives et citoyennes. Pétitions, manifestations, information, communication, association, chacun devant s’investir au niveau qu’il décidera.

 

 2.3-Fragiliser le système néolibéral de l’intérieur. Résister jour après jour :

 Attaquons le système à ses deux extrémités (traités de libre-échange et consommation individuelle) mais fragilisons-le également de l’intérieur.

Il s’agit déjà de déconstruire nos croyances, les 1ers à convaincre ce sont nous-mêmes et les résistances seront solides. Ayons toujours à l’esprit que c’est au moment du conseil national de la résistance, alors que la France sortait exsangue des années de guerre et d’occupation que furent inventées et mises en place la sécurité sociale et la retraite par répartition. Il y eut une véritable consultation nationale, des synergies entre toutes les tendances politiques et syndicales et l’implication de citoyens venus de tous les milieux sociaux.

Nous avons été conditionnés par le néolibéralisme. En 1996, Vivianne Forrester (l’horreur économique. Fayard) décrivait cette nouvelle pensée unique et ses conséquences désastreuses pour l’immense majorité des humains : une dégradation des conditions de vie et de travail, un creusement des inégalités, une augmentation de la pauvreté et une déshumanisation du système économique. A cela s’ajoutent des conséquences écologiques qu’elle n’évoquait pas et qui font du productivisme une arme de destruction massive de la planète au profit immédiat d’une toute petite minorité d’humains.

Pierre Bourdieu s’est attaché à analyser la propagande idéologique subtile que nous subissons et la novlangue qui l’accompagne. Il parlera de « nouvelle vulgate planétaire » en soulignant l’apparition soudaine et généralisée de termes comme « mondialisation, flexibilité, gouvernance, employabilité, fragmentation, post moderne », etc…. Un vocabulaire dont sont absents capitalisme, classe, exploitation, domination, inégalité et qui a été adopté même par ceux qui prétendent combattre l’idéologie qui est véhiculée. Le langage est l’outil de la pensée. Celui qui contrôle le langage, contrôle la pensée, donc l’opinion.

Le philosophe Victor Klemperer a montré comment le régime nazi avait élaboré un langage qui a contaminé insidieusement les esprits et réussi à imposer l’idéologie totalitaire comme une évidence naturelle. Il parlait de « l’adoption mécanique de l’idéologie par les mots ». Une « fausse monnaie langagière » produite par les communicants politiques et les médias sans douleur ni fracas. Une vague de licenciement devient désormais « un plan de sauvegarde de l’emploi » (difficile par conséquent de s’y opposer), on dit aussi « plan social ». Transformer chômeurs en « demandeurs d’emplois » n’est pas neutre. Pauvreté en « pouvoir d’achat », grève en « grogne sociale » qui « prend en otage les usagers » non plus. Les impôts deviennent « pression fiscale » la force de travail « coût du travail », les cotisations sont des « charges sociales ». On ne dit plus syndicats mais « partenaires sociaux », exclus mais « assistés », privatisation mais « ouverture de capital », le dumping social est remplacé par « la compétitivité ». « Flexibiliser » c’est en fait faciliter le licenciement. On attend les « arbitrages » c’est-à-dire que le pouvoir tranche autoritairement. Pour éviter de parler de récession nous avons même désormais la « croissance négative » !!!!

Il s’agit de masquer par le langage et des formules positives, des réalités politiques pour les rendre acceptables par l’opinion. Ils fabriquent des expressions qui ne veulent rien dire « pacte de responsabilité », « TVA sociale » « contribution climat énergie » « école de la confiance », « nation apprenante », etc….

Quand le langage s’impose dans l’usage c’est que la réalité est admise. Les mots enferment notre pensée. Résister consistera aussi à nous réapproprier le langage et la signification véritable des mots.

Quotidiennement et quels que soient nos métiers, nous sommes tous confrontés à la novlangue.

Cette crise a vu apparaître un autre enseignement indiscutable : partout les salariés ont repris les rênes, ce sont directement d’eux que les innovations ont surgi. Dans les hôpitaux tout d’abord où les soignants se sont affranchis de la hiérarchie administrative et ont immédiatement gagné en efficacité et en réactivité. Idem dans les établissements scolaires, mais également dans des usines qui se sont reconverties pour fabriquer des masques ou du gel hydroalcoolique, une forme d’autogestion prometteuse est née.

Les services publics sont détruits par les restrictions budgétaires mais également de l’intérieur par l’acharnement à imposer un management dicté par une idéologie contraire aux principes mêmes de ces services. Les agents de l’état sont de plus en plus nombreux à être poussés vers la démission, la dépression, le burn out, jusqu’aux suicides qui se multiplient. Les ministères respectifs se refusant toujours à publier les chiffres officiels.

Les métiers que nos agents publics avaient choisi par adhésion à des valeurs républicaines, ils ne les reconnaissent plus. Ils finissent par passer plus de temps à renseigner des indicateurs administratifs, des fichiers Excel et des tableaux mis en place par leur hiérarchie pour les contrôler, qu’à soigner, enseigner ou aider autrui.

Dans l’affolement de la crise, l’incompétence des petits chefs est souvent apparue de façon éclatante, leur inutilité et leur incapacité à prendre des initiatives profitables aux usagers. Partout les échos sont les mêmes : les agents sont là pour aider les autres (malades, familles, élèves, parents, contribuables, assurés sociaux…) nombre de petits chefs œuvrent pour eux, leurs primes, leur « carrière » dont l’évolution dépend directement de l’orthodoxie avec laquelle ils transmettent et veillent à l’application des consignes ministérielles fussent-elles contraires aux intérêts des usagers.

La fonction publique applique les règles voulues par les néolibéraux de façon souvent encore plus caricaturale que dans le privé. Le dumping social se développe : les fonctionnaires titulaires recrutés par concours et bénéficiant d’un statut ne représentent plus que 60% des effectifs. Année après année le recrutement de vacataires et contractuels s’accentue. Et que dire de l’apparition grotesque des « chargés de mission » et autres « faisant fonction », une escroquerie langagière qui désigne l’attribution de responsabilités et de charges nouvelles de travail sans les avantages salariaux et statutaires afférents. Une version locale du « travailleur détaché » corvéable à merci alors même que les postes occupés donnent lieu à des recrutements sur concours. Honte à ceux qui acceptent ces fonctions illégitimes qui confinent à l’usurpation. Encore une fois résistons au cœur même de nos métiers. Un professeur doit refuser d’être inspecté par un collègue certifié ou agrégé comme lui, mais « chargé de mission d’inspection » un chef d’établissement ou un adjoint ne doit pas être un « faisant fonction ».

Faisons la chasse à la novlangue qui inonde également les emplois publics, les formations en « distanciel » en « présentiel », le jargon déshumanisant que nous avions fini par adopter les « apprenants » « reformuler dans ses propres mots la trame narrative d’une histoire » « Classer le vocabulaire par catégories sémantiques » autant d’énormités qui figurent sur les livrets scolaires des enfants de maternelle ! Les livrets de compétence issus de la réforme des collèges grouillent également d’absurdités qui éloignent les familles qui en ont le plus besoin de l’école de la République.

Recentrons les services publics sur leurs missions et organisons-nous collectivement pour ignorer les injonctions qui les dévoient et les petits chefs qui détériorent nos conditions de travail. Un chef à qui personne n’obéit devient un emploi fictif.

Attaquer le productivisme de l’intérieur c’est également refuser de changer de téléphone et de voiture (pour ceux qui le peuvent) trop fréquemment. En pleine crise la 4G a montré son efficacité malgré une tension inédite des réseaux. Refusons l’implantation de la 5G dont l’objectif principal est de nous vendre de nouveaux appareils alors même que les anciens fonctionnent encore.

Les objets doivent pouvoir être réparés, recyclés, réhabilités. Combien d’objets inutiles stockons-nous chez nous alors que nous pourrions les offrir à d’autres qui en auraient besoin, pourquoi accumuler et conserver autant de vêtements que nous n’utilisons jamais ? Le partage et la solidarité peuvent commencer et se développer dans chaque foyer. Là encore des initiatives existent et se développent nous pouvons y adhérer

Durant cette crise, les errements de la communication politique, le ridicule des éléments de langage ânonnés par les différents ministres ont été éloquents.

Ils nous ont menti sur les masques qui étaient inutiles voire néfastes tant que nous n’en avions pas pour devenir souhaitables, puis indispensables et obligatoires à partir du moment où ils devenaient disponibles. Les tests suivent le même cheminement tortueux.

Macron nous exhorte à nous confiner tout en multipliant de son côté les sorties, les visites et les déplacements. Au cœur de la crise il a prétendu prendre ses décisions avec l’aval des blouses blanches » du conseil scientifique un moyen pour lui de se dédouaner. Pourtant le conseil scientifique est bien contre la réouverture des écoles et l’information a été dissimulée jusqu'au dernier moment.

Dès le déclenchement de cette sanitaire les décisions ont été prises verticalement et sans consultation. E.Macron prend la, parole, annonce, coupe et tranche et nous obéissons.

Nous apprenons un jour que le gouvernement a décidé de sauver Air France avec notre argent. Quelles seront les contre parties exigées par l’état ? Y en aura-t-il ? Pourquoi ne pas re-nationaliser dès lors que ce sont les français qui rembourseront ? (Mutualisation des pertes et privatisation des profits). Nous ne devons pas accepter de reproduire ce qui s’est passé avec les banques sous Sarkozy ! Les compagnies aériennes sont importantes mais elles figurent parmi les activités les plus polluantes. Là encore, ne ratons pas une occasion unique de faire avancer le changement vital de modèle économique.

Le politique est élu pour prendre des décisions d’intérêt général, il doit être responsable devant la nation de ses choix, or les sénateurs viennent de voter à l’unanimité une loi amnistiant tous les élus (y compris des ministres), les employeurs et les fonctionnaires quand ils auront pris certaines décisions ayant conduit à la contamination de personnes !

Notre forme d’organisation de la démocratie était à bout de souffle, elle s’est définitivement disqualifiée, nous sommes dans un régime où le président est un monarque (et Macron reste convaincu que c’est ce que les Français veulent). Je vous renvoie vers l’excellente analyse politique de l’appel de Vincent Lindon ainsi qu’à ses propositions judiciaires concernant les politiques, je les partage entièrement.

 

2.4 - Défendre nos libertés

Quand le pouvoir est contesté il utilise la force et attaque les libertés. L’un des grands dangers de l’après Covid est là.

L’état d’urgence décrété après la succession d’attentats terroristes a donné lieu à un régime d’exception qui n’a cessé d’être prolongé. Les écoutes téléphoniques, les croisements des fichiers, les modes de détention ont donné lieu à des abus manifestes qui vont continuer. La crise sanitaire a accentué encore la tendance alors même que les violences policières s’étaient multipliées, juste avant qu’elle ne survienne, lors des protestations sociales qui se sont succédées.

Nous avons envisagé des solutions pour rétablir plus d’égalité et de fraternité, il ne faudra surtout pas oublier la liberté.

Une poignée d’individus va perdre, mais c’est toute l’humanité et notre planète qui vont y gagner.

Historiquement notre pays a été un précurseur en matière de droits de l’homme. Notre déclaration des droits de l’homme et du citoyen a été partout reprise, elle jouit d’une reconnaissance mondiale. La conquête des droits sociaux : sécurité sociale, retraite par répartition, chômage, congés payés, code du travail nous avait permis de construire le meilleur système de santé au monde et une école Républicaine que le monde nous enviait. Lentement mais sûrement notre pays a reculé malgré des gains de productivité considérables en raison des « réformes » libérales successives que nous subissons.

Nous devons reprendre le flambeau de nos anciens, montrer à nouveau la voie et faire que notre pays redevienne fidèle à son triptyque Liberté égalité Fraternité.

Cela dépend de nous.

 

 

P.Roldos

 

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