Le Colonel Daoust, directeur de l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN — institut partenaire du DIM Analytics, qui coordonne en Ile-de-France les laboratoires innovant en matière d’analyse chimique) se félicite des progrès récents en matière d’analyse : « Il est de moins en moins facile de fabriquer de fausses preuves. À la limite, les malfaiteurs ont meilleur jeu de brouiller les cartes en laissant de multiples traces qu´il sera difficile d´interpréter, et encore... »

En effet, les avancées de la chimie analytique parviennent à faire parler toujours davantage d’indices. Dernière évolution en date, l’analyse des surfaces textiles qui s’intéresse aux traitements des fibres laissées sur les scènes de crimes. En effet, les chercheurs ont mis au point une technique pour identifier de manière plus précise la provenance de tissus. « Les fibres de coton blanc sont si communes et ont si peu de traits distinctifs qu'elles étaient largement ignorées par les légistes sur les scènes de crime », constate Brian Strohmeier, chercheur à Thermo Fisher Scientific, une société basée dans le Massachusetts. « Mais la plupart des tissus d'aujourd'hui passent par divers procédés de fabrication et de traitement - pour les rendre résistants aux tâches ou imperméable à l’eau par exemple – laissant des produits chimiques organiques uniques à la surface des fibres. Donc, en analysant la signature chimique de la surface des fibres, on peut, par exemple, identifier l'origine des fibres de tissu trouvées sur les scènes de crime. » Pour mettre au point cette nouvelle méthode, les chercheurs ont adapté la technique appelée spectroscopie de photoélectrons (X-Ray Photoelectron Spectroscopy — XPS), qui permet de mesurer le nombre d'électrons émis dans un intervalle en fonction de l'énergie de liaison des électrons. Chaque élément chimique étant caractérisé par un spectre unique, cette méthode spectroscopique permet d'analyser précisément la signature chimique d'un matériau donné. « La XPS était utilisée auparavant pour caractériser la nature des fibres textiles qui n'ont pas de revêtements chimiques », explique Strohmeier. « Mais elle comportait certains inconvénients, comme la durée de l’analyse ou la nécessité de grandes surfaces d’échantillon. » Et surtout, elle ne permettait pas de distinguer des matériaux identiques ayant subi différents traitements chimiques.

Pour étudier la chimie des fibres traitées, les chercheurs ont besoin d'aller plus loin et d’analyser les couches juste en dessous de la surface. Pour ce faire, ils procèdent à l’irradiation aux ions d’argon de leurs échantillons. L’exposition à un faisceau d’ions d’argon crée un trou peu profond sur la surface de la fibre et révèle la couche sous-jacente. Par une sorte de dynamitage de la première couche de l’échantillon, avec peu de dégâts en dessous, on permet ainsi à la spectroscopie de faire une analyse plus profonde. Et d’identifier les différentes couches composant la surface des matériaux textiles, pour en déduire les processus de fabrication, et donc, potentiellement, l’origine.

Parallèlement, les instruments XPS se sont améliorés et l'analyse peut désormais se faire sur des échantillons de quelques dizaines de microns carrés seulement. Bien que, du fait de leur coût notamment, leur usage ne soit pas encore généralisé dans les instituts de recherche légale, ils devraient à terme permettre un approfondissement considérable de l’analyse des lieux de crime. « On va pouvoir réouvrir grand nombre de dossiers », se félicite, à l’IRCGN, le Colonel Daoust.

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