À chaque académie, son Pôle innovant lycéen ?

Le Pôle innovant lycéen existe depuis bientôt 20 ans, et relève de l’article L. 314-2 du Code de l’éducation nationale qui autorise les expérimentations pédagogiques au sein des établissements scolaires. Il propose de prendre en charge des décrocheurs de longue durée qui ont entre 16 et 21 ans grâce à différents facteurs de raccrochage qui sont autant de classes différentes. cf. www.pilparis.org

élèves du pil élèves du pil

 

 

 

 

À plusieurs reprises, Monsieur Blanquer a annoncé que durant la période de confinement, malgré la “continuité pédagogique”, entre 5 et 8 % des élèves ont disparu des radars de l’Education Nationale1. On peut aisément deviner que la période dans laquelle on vit est et sera propice au décrochage scolaire. 

La France compte 5 679 400 collégiens et lycéens. Le nombre de décrocheurs “potentiels” serait donc de 283 970. En île de France, bien avant cette crise sanitaire, on estimait qu’environ 30 000 décrocheurs (plus de 100 000 pour toute la France) sortent chaque année sans diplômes ni qualification du système scolaire. Rappelons que le décrochage scolaire touche aussi bien les collégiens que les lycéens, les très bons élèves que d’autres avec de moins bons résultats, et des élèves issus de toutes les couches de la population. Notons également que les raisons des décrochages scolaires sont nombreuses, changeantes, et souvent multiples ou associées. Citons pêle-mêle : les addictions (aux drogues, à l’alcool, aux jeux vidéos…), les situations de mal-être, angoisses, phobies des transports, agoraphobie, phobies scolaires (liées au non au harcèlement), maladies physiques, psychiques, situations familiales pathologiques, situations économiques, sociales difficiles et d’autres situations plus conjoncturelles comme le confinement qui renforcera assurément la propension au décrochage des élèves les plus fragiles.

Pour l’académie de Paris on dénombre à destination des collégiens décrocheurs : quelques classes ou dispositifs relais, tel le SAPPEJ et, à destination des 16-21 ans : un Microlycée, quelques micro-structures comme le lycée du temps choisi et le Pôle Innovant Lycéen, soit seulement quelques centaines de places (et quelques dizaines d’enseignants).

Ces projets et les méthodes qui les accompagnent, mis en oeuvre par des enseignants convaincus, font leurs preuves depuis 20 ans à l’instar du Pôle Innovant Lycéen ; ils pourraient être utilement étendus à d’autres académies. Ces enseignants, qualifiés dans la lutte contre le décrochage scolaire, qui sont rodés à l’écoute (présentielle ou à distance), au tutorat, au “réapprivoisement” des jeunes en difficulté dont ils ont la charge, pourraient partager utilement leur expertise, leur savoir-faire.

À ces professeurs en poste dans des structures scolaires spécifiques (affiliées majoritairement à la FESPI2) et bénéficiant d’un autonomie certaine, il faut ajouter d’autres enseignants nombreux et volontaires pour s’engager auprès des élèves décrocheurs et notamment ceux qui préparent le CPLDS3.

Dans cette période, où l’on imagine, extrapole, invente “le monde d’après”, il serait judicieux de s’appuyer sur ce vivier d’enseignants, attachés au service public et sur des expérimentations qui ont fait leurs preuves pour organiser des formations à destination de leurs collègues et développer massivement les micro structures d’accueil de jeunes en “raccrochage”.

 Si l’école doit évoluer, et le métier d’enseignant avec elle, il est possible d’anticiper au mieux pour proposer aux jeunes des projets innovants qui reposent, à l’exemple du Pôle Innovant Lycéen, sur des vecteurs de raccrochage variés (l’humanitaire, la solidarité, la transition écologique, le sport, le recyclage et l’économie circulaire, les nouvelles technologies de fabrication ou encore la création média). Ne laissons pas ces jeunes, qui se sont faits progressivement enfermer dans cette difficile année 2020, sans structure, sans solution, sans mains tendues, après le 11 mai et les jours, et les mois suivants, où qu’ils se trouvent sur le territoire national…. 

 

L’équipe enseignante du Pôle innovant lycéen. www.pilparis.org 

 

1 https://www.bfmtv.com/societe/coronavirus-nous-avons-perdu-entre-5-et-8percent-des-eleves-constate-blanquer-1885157.html

2 Fédération des Etablissements Publics Innovants (FESPI)

3 Certification de Professionnalisation en matière de Lutte contre le Décrochage Scolaire (CPLDS)

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.