CMB/Michel Madec " Lettre de Basile de Césarée au CMB "

La religion n’est pas mon opium mais le Vieux a dit qu’elle est le soupir des désespérés . Alors ...


L’évêque de Césarée a quitté ce monde au IV ème siècle . Mais, ce matin, on a trouvé cette lettre, devant un distributeur de billets du Finistère :

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Lettre de Basile de Césarée au CMB

Monsieur le Président du Crédit Mutuel de Bretagne

C'est parce que vous êtes une banque MUTUALISTE que je m'adresse à vous après lecture de cette brochure émouvante.

Je sais que vous aurez à coeur de transmettre mon message à ceux de vos confrères qui m'indignent depuis fort longtemps.

Ézéchiel compte parmi les fautes les plus graves de recevoir un profit et un intérêt illégitime.

La divine loi dit expressément : « Tu ne prêteras point à usure à ton frère ni à ton prochain. »

Elle dit encore : « Tromperie sur tromperie et usure sur usure. » Que dit aussi le Psalmiste de cette cité toute remplie de vices ? « Il n’y a qu’usure et que tromperie dans ses places publiques. » Enfin, énumérant les caractères de la perfection où peut atteindre l’homme, le prophète ajoute encore : « Il ne donne point son argent à usure. »

C’est en effet le comble de l’inhumanité, quand celui qui manque du nécessaire cherche à emprunter pour adoucir ses besoins, que le riche, au lieu de se contenter du capital, songe encore à se faire des malheurs du pauvre une source de profits et de revenus.

Le Seigneur nous a donné ce commandement exprès : « Ne repoussez point celui qui veut emprunter de vous ; » mais l’avare, à la vue de cet homme que la nécessité courbe à ses genoux, qui le supplie et descend aux plus humbles prières, n’a point pitié d’un malheur immérité ; il ne tient nul compte de la nature, il ne cède point aux supplications, mais il reste inflexible et inébranlable, sourd à la prière, insensible aux larmes, obstiné dans son refus, jurant avec imprécation qu’il est tout à fait dépourvu d’argent, qu’il cherche lui-même s’il ne trouverait point quelqu’un qui lui prêtât, faisant croire enfin à son mensonge à force de serments, et retirant de son inhumanité un funeste profit, le parjure.

Mais une fois que l’emprunteur a parlé d’intérêts et de garanties, alors son front se déride, il sourit, il se souvient de quelque liaison de famille, il l’appelle son camarade et son ami : « Nous verrons, ajoute-t-il, si nous n’avons pas quelque argent de côté. Nous avons bien une somme qu’un ami nous a confiée pour la faire produire : il est vrai qu’il a fixé des intérêts assez lourds ; mais enfin nous rabattrons quelque chose, et nous prêterons cet argent à un taux moins élevé. »

Grâce à ces feintes, à ces discours qui charment et flattent le malheureux, l’usurier l’enchaîne par ses contrats, et ravit encore la liberté à celui que la misère écrase déjà de travail. Car celui qui s’oblige à payer des intérêts et qui sait ne pas pouvoir le faire accepte volontairement une éternelle servitude.

Réponds : Tu veux tirer du pauvre de l’argent et des revenus ? Eh ! s’il était en sa puissance de te faire plus riche, que venait-il donc demander à ta porte ?

Il accourait vers un allié, il a rencontré un ennemi.

Il cherchait le remède, il a trouvé le poison.

Tu devais adoucir sa pauvreté, et tu doubles sa détresse, toi qui exiges des fruits d’une terre déserte.

Semblable à un médecin qui, au lieu de rendre la santé aux malades, leur ôterait encore le peu de forces qui leur reste, tu veux que les infortunes du pauvre soient pour toi une source de richesses.

Les laboureurs appellent la pluie pour multiplier leur semence ; toi, tu n’attends qu’indigence et misère pour faire produire ton argent. Ne sais-tu donc pas que tu grossis le nombre de tes péchés plus que ces profits que tu espères n’accroîtront ta fortune ?

Quant à l’emprunteur, placé dans le plus cruel embarras, lorsqu’il songe à sa pauvreté, il désespère de pouvoir rendre ; mais lorsqu’il voit la nécessité qui le presse, il s’enhardit à demander. Enfin, il a cédé à la contrainte du besoin ; et l’usurier l’enchaîne par contrats et par cautions.

Homélie contre les usuriers http://frM.wikisource.org/wiki/Hom%C...

Post-scriptum : il apparaît inutile de faire suivre à Lehman Brothers, Dexia, et Icesave qui auraient mis fin à leur activité.

 

 

Abonné à  Médiapart et à ’l’Huma’, Basile ?!

 

 

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