piliserra
Abonné·e de Mediapart

48 Billets

0 Édition

Billet de blog 29 oct. 2014

Chômage : Discriminations à l'embauche des Seniors : Rien ne bouge, au contraire !

piliserra
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Discriminations à l'embauche des Seniors : Rien ne bouge, au contraire !

Les travailleurs expérimentés ou seniors paient au prix fort la pénurie d’emplois. Nombre d’entre eux sont écartés des procédures d’embauche en raison de leur âge, uniquement de leur âge.

À la création d’Actuchomage, nous avons fait de la lutte contre les discriminations à l’embauche sur des critères d’âge (qui concernent avant tout les plus de 50 ans) un cheval de bataille. 
En 2005 et 2006, nous avions même porté plainte contre des entreprises pratiquant ouvertement cette discrimination. En ces temps reculés, les annonces laissaient encore apparaître des critères illégaux et nous avons gagné 5 procès, dont un en correctionnel. 
Aujourd’hui, ces critères ont disparu des offres mais la discrimination s’exerce tout autant, insidieusement, à la réception des CV où il n’est pas difficile de déceler l’âge du candidat. 
Pire, beaucoup d’entreprises et de cabinets de recrutement exigent des postulants qu’ils remplissent un questionnaire en ligne où il leur sera demandé leur date de naissance. Autant dire que le paramétrage élémentaire d’un logiciel permet d’exclure d’office toutes celles et tous ceux qui ont un âge supérieur à celui fixé par l’employeur. 
On peut dire que nous n’avons rien gagné de la suppression des critères d’âge dans les annonces de recrutement. Au contraire même !
Estimant que les offres d’emploi sont ouvertes à tous les candidats sans distinction, les plus de 50 ans y répondent… en pure perte. Cela a pour effet de générer plus de frustrations et de déceptions encore. 
Avant, quand les annonces spécifiaient une limite d’âge, celles et ceux qui la dépassaient ne perdaient pas leur temps à postuler. Aujourd’hui, ils tentent le coup sans aucune chance de franchir le premier barrage, celui de l’âge.
Nous avons reçu dernièrement un témoignage qui nous rappelle, si nécessaire, que cette discrimination inacceptable reste d’actualité. Nous vous le livrons :  
«J'ai 50 ans, en recherche d'emploi dans la restauration ou comme vendeuse en boulangerie pâtisserie. Depuis plusieurs mois, je ne parviens qu'à décrocher des petits CDD. J'ai remarqué que lorsque je ne mets pas mon âge sur mes CV, les employeurs me contactent plus souvent. Malheureusement, dès qu'ils connaissent ma date de naissance, mon profil ne les intéressent plus. 
Pire, un directeur de restauration chez XXX a carrément stoppé mes missions d’intérim à cause de mon âge. Bien sûr, il fait passer cela sur des critères professionnels. J'ai demandé un arbitrage au Défenseur des Droits.
Je me bats pour que les mentalités changent et que les personnes de ma génération soient embauchées en CDI et cessent d'être toujours en précarité.
Je voudrais me joindre à vous pour qu'ensemble nous essayions de faire bouger les choses. Dans l'attente de votre réponse. Cordiales salutations
». 
Ce témoignage (un de plus) ne souffre d’aucune réserve. Il y a un âge où obtenir un entretien devient plus compliqué alors qu’on est souvent au top de son employabilité. Quel paradoxe ! 
À 50 ans, on a beaucoup d’expérience. La plupart d’entre nous sont en parfaite santé et les femmes sont généralement dégagées de toute obligation familiale (récupérer les enfants à la sortie de l’école ou des centres de loisirs, assurer une permanence quand ils sont malades, par exemple). 
On nous rétorquera alors que les «travailleurs expérimentés» sont plus chers que les jeunes. Cet argument ne tient pas la route une minute. Ce n’est pas le candidat qui fixe le niveau de rémunération mais bien l’employeur. Le senior peut donc accepter de travailler au Smic ou pour un salaire ne correspondant pas à son expérience. En cette période de chômage massif, nombre d’entre nous sont prêts à quelques concessions pour échapper à l’inactivité professionnelle. 
En dehors de la dramatique pénurie d’emplois, rien ne justifie l’exclusion des seniors en raison de leur âge. 
Il est même certain que cette exclusion amplifient les difficultés globales que nous connaissons. Des centaines de milliers de travailleurs expérimentés et bien formés ne participent plus au développement économique de la France. Un incroyable gâchis de compétences et de savoir-faire.
On constatera qu’en politique et dans le top management des grands groupes industriels, 50 ans est l’âge de la maturité et de «l’excellence». Un Président de la République ou un patron du CAC âgé de 50 ans sera considéré comme un «jeunot». Une serveuse en restauration… comme une vieille !
«Que pouvons-nous faire ?», nous interroge notre camarade de galère. Dans l’immédiat, concrètement, RIEN !
La seule proposition que nous pourrions émettre, utopique donc illusoire, serait de créer un mouvement réunissant les dizaines de milliers d’exclus du monde du travail en raison de leur âge. 
Mais nous savons que mobiliser les chômeurs est une tâche insurmontable. Cela fait 10 ans que nous nous y employons (avec d’autres) et que nous nous retrouvons quelques dizaines à nous y investir pour de bon. Le résultat est pitoyable ! 
Chère Amie, nous n’avons pas de solution à vous apporter et nous le regrettons. Mais si jamais il venait à l’esprit de tous les exclus du boulot âgés de plus de 50 ans de se regrouper, ils formeraient – tant ils sont nombreux – un irrésistible groupe de pression. 
Yves Barraud pour Actuchomage.org
Pour témoigner : contact@actuchomage.org

http://www.actuchomage.org/2014102926332/Mobilisations-luttes-et-solidarites/discriminations-a-lembauche-des-seniors-rien-ne-bouge-au-contraire.html

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Médias
Fin de la redevance télé, un débat trop longtemps escamoté
Emmanuel Macron l’a décidé presque seul : l’audiovisuel public sera privé dès cette année des 3,2 milliards d’euros que lui rapporte cette ressource prélevée depuis 1948. Au nom du « pouvoir d’achat », le gouvernement s’apprête à faire peser de lourdes menaces sur les médias publics.
par Dan Israel
Journal
Outre-Manche, la BBC dans le collimateur du gouvernement
L’exécutif britannique veut changer le mode de financement du groupe audiovisuel public pour des raisons économiques et électoralistes. En janvier dernier, la ministre de la culture, Nadine Dorries, a expliqué vouloir mettre fin à la redevance, un système de financement qu’elle juge « obsolète ».
par Marie Billon
Journal — Gauche(s)
Le conflit russo-ukrainien divise la gauche anti-guerre
La cohérence du camp anti-impérialiste, a priori uni par son rejet des blocs militaires, a été mise à l’épreuve par l’invasion de l’Ukraine. Certains refusent les livraisons d’armes, craignant l’engrenage d’un conflit interimpérialiste, tandis que d’autres estiment incontournable cette solidarité. 
par Fabien Escalona
Journal
Yaël Braun-Pivet, première femme au perchoir
La députée des Yvelines succède à Richard Ferrand au terme de deux tours de scrutin. Un poste qu’elle convoitait depuis de nombreux mois. 
par Christophe Gueugneau et Ilyes Ramdani

La sélection du Club

Billet de blog
Quel est le lien entre l’extrême droite, l’avortement et les luttes féministes ?
La fuite du projet de décision de la Cour suprême qui supprimerait le droit à l'avortement aux Etats Unis en est l'exemple. L’extrême droite d’hier comme d’aujourd’hui désire gouverner en persécutant un groupe minoritaire sur des critères raciaux pour diviser les individus entre eux. Quant aux femmes, elles sont réduites à l’état de ventres ambulants.
par Léane Alestra
Billet de blog
Le combat pour l'avortement : Marie-Claire Chevalier et le procès de Bobigny (1)
[Rediffusion] Marie-Claire Chevalier est morte le 23 janvier, à 66 ans. En 1972, inculpée pour avoir avorté, elle avait accepté que Gisèle Halimi transforme son procès en plaidoyer féministe pour la liberté de disposer de son corps. Pas facile d’être une avortée médiatisée à 17 ans, à une époque où la mainmise patriarcale sur le corps des femmes n’est encore qu’à peine desserrée.
par Sylvia Duverger
Billet de blog
Roe VS Wade, ou la nécessité de retirer le pouvoir à ceux qui nous haïssent
Comment un Etat de droit peut-il remettre en cause le droit des femmes à choisir pour elles-mêmes ? En revenant sur la décision Roe vs Wade, la Cour suprême des USA a rendu a nouveau tangible cette barrière posée entre les hommes et les femmes, et la haine qui la bâtit.
par Raphaëlle Rémy-Leleu
Billet de blog
Autorisation de l'interdiction de l'IVG aux USA, sommes nous mieux lotis en France ?
« N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant ».
par bennoursahra