Les corbeaux croassent et les agences de notation croient, pour mieux croître.
"Les dégradations sont essentiellement guidées par notre évaluation des initiatives prises ces dernières semaines par les décideurs politiques européens, lesquelles pourraient être insuffisantes pour résoudre de façon totale les tensions systémiques en Europe", explique S&P.
"Dans son communiqué, l'agence est particulièrement sévère avec la gouvernance européenne. Elle pointe notamment comme facteur de stress "le conflit ouvert et prolongé entre les décideurs européens", puis juge que "l'efficacité, la stabilité et la visibilité des politiques et des institutions européennes n'ont pas été aussi fermes que ce que nous croyons nécessaire."
"Nous croyons qu'un paquet de réformes ne reposant que sur le seul pilier de l'austérité budgétaire risque de devenir auto-destructeur", explique S&P" (1)
C'est donc au conditionnel, et sur la base de leurs seules "croyances", vont-elles jusqu'à nous le faire savoir sans honte aucune, que les agences de notation - en cela fidèles ne tous points à l'incompétence dont elles avaient fait preuve lors de la crise de bancaire de 2008, lors de laquelle les États avaient prêté aux banques sans que les agences n'aient cru bon alors de relever le risque qu'ils prenaient en agissant ainsi - décrètent que tel ou tel État est conforme à leurs attentes, c'est-à-dire à celles des marchés, dont elles se veulent les hérauts, lesquels marchés restent entité anonyme, sorte de réitération de la fameuse autant que fumeuse "main invisible" du pape du libéralisme, Adam Smith.
C'est donc d'abord à une idéologie que les États se devraient d'être conformes, selon les dites agences, et, plus réellement encore, à leurs commanditaires dissimulés dérrière le fumeux paravent de cette idéologie qu'ils produisent et que leurs "agents" distillent, puisqu'une agence, ainsi que le relève le TLF, est un "Organisme gérant certaines affaires pour le compte ou au nom d'autrui" (Fur. : Agence. Employ de celuy qui fait les affaires d'autruy. Il ne se dit que des gens qui sont chargez des affaires des Princes, ou de quelque corps illustre, comme du Clergé, d'une Province, etc (...).
Quand l'agence étatsunienne Standard & Poor's indiquait il y a quelque temps que la France ne saurait être dégradée d'ici à deux ans et que quelques mois plus tard intervient cette dite dégradation, c'est qu'en effet, un Prince est intervenu pour lui dicter sa conduite et jeter une douche glacée sur les douces illusions européennes que berçait la Trêve des confiseurs : la guerre avec les States est loin d'être close. Il faut à ce prédateur autre chose qu'une simple satellisation de l'Europe, telle que la démocratie-chrétienne s'est partout employée à l l'imposer en Europe jusque par le sang (2) ; il lui faut, avant tout, se refaire une santé sur l'anéantissement de tout concurrent, tant il est vrai qu'on ne saurait être fort que face à des faibles. Sa dette colossale, le fait que son "agent" européen, le Royaume uni, ait été récemment convié par les Européens à aller voguer tout seul sur les mers de la finance en tourmente, sont autant de tentatives de son satellite préjudiciables à son hégémonie, dont le caractère prétendûment tutélaire est aujourd'hui si contestable dans les faits mêmes ; la toute-puissance étatsunienne semble n'avoir plus d'autre moyen aujourd'hui que de s'assurer sur ses derniers alliés en les couchant au tapis. Quand les États-unis décrètent que tel État est désormais un ennemi du peuple américain, c'est-à-dire de l'hégémonie économique planétaire anglo-saxonne, c'est d'abord par le blocus économique que la guerre commence : affamer les peuples, les réduire à l'indigence avant que de les achever sous les bombes démocratiques du libérateur.
Tel est le paradigme de la guerre moderne - désormais si bien déployé sans plus de dissimulation -, c'est-à-dire de la guerre que l'économie et son bras armé anglo-étatsuniens mènent sur la planète "à la conquête des marchés", anéantir toute velléité de ne pas penser économie, jusque chez l'individu, lequel doit désormais frissonner des éternuements de son dieu et maître, l'argent.
Ce qui, dans ce cadre construit et posé, est évidemment plus surprenant - bien que relativement anecdotique au regard de l'ensemble -, et comme une sorte de paradoxe, est que cette "dégradation" (la connotation militaire du terme n'est pas anodine, puisqu'il s'agit bien d'une économie qui a tout à voir avec la guerre) intervienne à quelque 100 jours des élections du petit proconsul sur lesquels la toute puissance étatsunienne avait fondé tant d'espoirs au point de le faire élire. Serait-ce donc que celui-ci aurait "déçu" ses commanditaires - ainsi que l'expression de Standard & Poor's le signifie explicitement - en tardant à araser ce pays conformément à la commande, lequel DEVRAIT donc passer la main à plus soumis que lui - serait-ce donc possible ? - ou serait-ce, bien plutôt, qu'ainsi le terrain des illusions est balayé, qu'il n'y a plus aucune raison de prendre de gants, que l'affirmation de la dite crise permet tous les coups, ce qui serait plutôt comme lui faciliter la tâche, lui ouvrir un boulevard de justifications ?
AJOUT DU 15/01/12 - Dès à présent, et comme en réaction à cette annonce, "Le gouvernement envisage notamment une hausse du taux général de la TVA, actuellement fixé à 19,6 %, en contrepartie d'une réduction des charges salariales et patronales dans le cadre d'une réflexion sur la réforme du financement de la protection sociale." (3) Abaisser le coût du travail pour l'entreprise, le faire porter à l'ensemble des consommateurs, responsables, en quelque sorte, de consommer ! voilà la recette sarkozyienne !
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NOTES, SOURCES & LIENS
2 - on se rappellera, à ce propos, les aventures de l'opération Gladio, lesquelles aboutirent en Italie à l'assassinat de celui qui prônait le compromis historique avec les forces de gauche, Aldo Moro. C'est aujourd'hui d'autres forces, celles de la finance, qui mettent directement la main à la pâte pour imposer leur diktat, sans plus d'entremetteurs.