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Billet de blog 7 mai 2021

2022: Tentative honnête de raisonnement.

Dans un an environ, après une grande convulsion dont elle est désormais coutumière, notre Cinquième République accouchera d’un nouveau, ou d’une nouvelle président/e pour cinq nouvelles années. Comment appréhender avec clarté cette perspective afin que ne se rejoue pas le même scénario.

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Dans un an environ, après une grande convulsion dont elle est désormais coutumière, notre Cinquième République accouchera d’un nouveau, ou d’une nouvelle président/e. Pour cinq ans encore, nous assisterons, si les sondages précoces donnent raison au scrutin du second tour de 2022, aux mêmes problèmes : après une de plus en plus courte lune de miel ou état de grâce (cela dépendant du côté duquel on se place), la défiance redoublera. Elle redoublera, avec ce goût si familier de s’être à nouveau fait avoir... 


On fait campagne en poésie, mais on gouverne en prose, c’est bien connu… 

Alors raisonnons concrètement.

Quel est aujourd’hui le candidat le mieux placé à gauche pour challenger le président sortant et sa promise en duel ? Généralement, lorsque la question du commandement se pose, soit de la représentation en démocratie, on choisit à la fois le mieux placé, celui, ou celle qui a la meilleure expérience, le meilleur sens du combat politique, qui dans la précédente élection similaire a obtenu le meilleur score, qui excelle dans l’art oratoire ou bien celui ou celle dont le programme est le plus abouti, bref, le ou la meilleur/e. 

Logique ?

Oui mais non. La gauche version 2021 ne l’entend pas comme ça. Je parle ici des partis et singulièrement de leurs responsables, pas forcément des militants et encore moins des électeurs, qui conservent leur entière liberté de choix. Bref, chacun semble avoir la meilleure raison de s’y voir. Mais chacun connaît aussi son arithmétique. Il faut donc ra-ssem-bler. Faire « l’union de la gauche » cette mythologie si Française qui fleure bon Epinay et la victoire en mai 1981 d’un François Mitterrand à la tête de ses troupes. Il est vrai que cela semble logique. Mais quid du bulletin de santé de la gauche version 2021? Les Socialistes qui ont été plusieurs fois aux affaires et qui ont failli? Les 6% du PS à la dernière présidentielle ont marqué les esprits à gauche. Solférino déserté, le Parti de Jaurès est presque sorti de l'histoire. Les écologistes, eux-mêmes traversés par de grandes fractures idéologiques? Quoi de commun en effet entre ceux qui ont gouverné successivement avec Hollande  et Macron et ceux qui dirigent aujourd'hui des mairies vertes? . Quant aux insoumis, pestiférés, leur approche il est vrai radicale par contraste n'est guère compatible avec celles et ceux qui ne rechigneraient pas à rejoindre une majorité future - ne dites pas non, certain l'ont fait par le passé -pour peu qu'elle leur procure quelque strapontin ou ancrage territorial. Je ne généralise pas, mais les faits passés enseignent. Alors, l'union est-elle impossible?. Signée sur un coin de table dans l'urgence des échéances, enfouissant les différents sous les onguents oui, ce serait la pire des solutions, qui ne résisterait sans doute pas à la pression de la campagne et encore moins à la haute mer du pouvoir si par aventure elle franchissait la famseuse barrière de corail électorale.

Et pourtant en mai 1981, les choses paraissaient si simples...

La gauche au pouvoir

Et pourtant... Il avait d’abord eu le virage sur l’aile de 1983, puis une nouveauté en 86 avec pour la première fois une cohabitation, puis un sursaut en 88 : l’Elysée reste à gauche. Mais une seconde cohabitation en 93 et voici qu'en 95, la droite revient à l’Elysée. Deux ans plus tard, à la faveur d’une dissolution aussi inattendue que baroque, voilà la gauche, parée de ses plus beaux atours, de retour à Matignon. Mais coup de tonnerre en 2002: patatras. Chacun s’en souvient : « ...et je me retire de la vie politique ». 2005 verra un référendum Européen auquel elle aura dit NON lui redonner un peu d’oxygène, mais aussi diviser ses rangs. Mais voilà qu’en 2012, elle entre à nouveau à l'Elysée à la faveur d’une nuit de Mai à New York et du rejet d’un petit président Bonapartiste. Suivent cinq longues années de descente aux enfers, avec un parti qui n’était pas prêt à assumer le pouvoir et un président en scooter trop velléitaire, travaillé par les milieux patronaux et par un jeune conseiller très adroit qui lui chuchotait à l’oreille. La gauche n’avait-elle pas théorisé l’abandon des classes populaires au profit des classes moyennes, plus rentables électoralement ? Rentabilité, le mot est lâché et cette période se caractérisera par l’adhésion sans partage aux politiques économiques les plus injustes socialement et aux réformes de même acabit avec in fine des records d'impopularité et l’impossibilité pour le président de se représenter. Le quinquennat se terminera par « l’adoubement » quelque peu forcé d’un « candidat du système » : un jeune Amiénois qui allait emballer la France dans du papier d’argent et rafler la mise en promettant de la moderniser. On connaît la suite...

Mémoire.

 Le peuple Français est dit-on un peuple politique. seulement voilà : un peuple politique qui perd régulièrement la mémoire lorsqu’il rentre sur le champ de course. Incontinent, à la faveur de l’élection majeure de notre vie politique, il abandonne toute raison, s’amourache d’un cheval comme si sa vie en dépendait. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde. Certains résistent malgré tout à cet environnement publicitaire où médias, instituts de sondages et commentateurs rivalisent d’audace et de pamoisons. Certains se souviennent. Certains se disent : « On me la refera pas ». Alors, dépités, ils se retirent en silence de la cité et vont grossir les rangs des abstentionnistes. C’est une gangrène démocratique qui grossit à mesure des avanies subies par les citoyens. D'autres à l'inverse s'engagent et misent sur une gauche écologiste et sociale et rêvent de meilleurs lendemains. Mais certains, de rage, enfilent un gilet jaune et montent aux barricades, prennent des rond-points, puis éborgnés, fracassés, finissent par se résigner et rentrer dans leurs chaumières. Ou bien encore, d'autres hélas votent contre leurs convictions profondes afin de « faire éclater le système »…

Cette union de la gauche ne va pas être simple, inutile de rêver. La raison commande donc de garder l'esprit clair. Dire que certains envisagent même de battre à nouveau les estrades, leurs portraits marquant encore la tapisserie des mairies... Fol est le cœur de l’homme qui aveuglé par les ors du pouvoir pense pouvoir se refaire la cerise contre toute raison... 

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