Presse et politique, v 2.0

La liberté de la presse est imprescriptible. L'objet de ce texte ne saurait donc être de quelconque manière un appel à en limiter la pratique. Ceci étant posé, si elle est effectivement libre d'interroger notre vie politique, d'en démonter les faux-semblants, de dénoncer les abus ou les dérives, elle est aussi -et même peut-être surtout- un exercice de responsabilité démocratique.

La liberté de la presse est imprescriptible. L'objet de ce texte ne saurait donc être de quelconque manière un appel à en limiter la pratique. Ceci étant posé, si elle est effectivement libre d'interroger notre vie politique, d'en démonter les faux-semblants, de dénoncer les abus ou les dérives, elle est aussi -et même peut-être surtout- un exercice de responsabilité démocratique.

Un journaliste devrait se garder d'abuser de la liberté de la presse pour se livrer par exemple à de l'acharnement, lequel nuit à la mission principale de la presse :celle d'éclairer les citoyens sur les affaires du monde, en s'efforçant de leur en transmette l'image la plus objective et impartiale possible. Or, ces derniers mois, et plus précisément depuis la campagne présidentielle, le traitement réservé au mouvement de la France insoumise dans la plupart des médias dits mainstream, déroge de plus en plus gravement à ces valeurs. A titre d'exemple, des critiques incessantes, publiées dans l'ensemble des sites de médias mainstream accablent depuis quelques semaines LeMedia, télévision en ligne réputée proche des "insoumis". Cela intervient après le départ polémique pour cause de période d'essai interrompue d'Aude Rossigneux, d'une édition controversée du journal sur la question Syrienne et de départ de quelques soutiens de choix. Si les analyses critiques sont toujours les bienvenues, l'excès dans la fréquence des papiers finit par poser un certain nombre de questions, au premier plan desquelles :"Pourquoi un tel acharnement?". Serait-ce, derrière l'équipe du Média, le mouvement de la France insoumise qui serait visé? Hubert Beuve-Méry, le fondateur du Monde estimait que l'objectivité pure était une chimère, lui préférant une subjectivité honnête mieux à même de servir et le journaliste, et son sujet d'article. Ce viatique ne pourrait-il pas être adopté par l'ensemble des journalistes?

L'accélération du temps médiatique lié à la révolution digitale ; la crise économique qui frappe le secteur, mais aussi la défiance qui dans le sillage des politiques accable les médias au sens large, les éloignant de leurs lecteurs/auditeurs/téléspectateurs explique sans doute une partie de ces abus. La presse dans son ensemble se trouve en effet au coeur d'une révolution digitale qui bouscule ses pratiques et modifie foncièrement ses usages. Les modèles économiques autrefois soutenables sont désormais en passe d'être périmés. J'insiste, l'accélération du tempo médiatique représente une grande menace pour notre démocratie qui a au contraire besoin de temps et de réflexion pour s'adapter à ce monde aux contours changeants. Les réseaux sociaux où le pire côtoie souvent le meilleur, sont devenus des acteurs incontournables du monde médiatique. Leur pratique contribue également à accélérer - en les popularisant incontinent - des poussées de fièvre qui autrefois seraient restées largement ignorées du public. C'est le règne de la petite phrase qui buzze, du mot qui fâche, toutes informations  littéralement parasitaires et anecdotiques qui ravalent - en le réduisant -le débat politique à l'échange stérile d'anathèmes. La dernière campagne présidentielle en a été hélas une fois de plus le théâtre.

Dans une démocratie digne de ce nom, un mouvement populaire dont le programme politique à réuni non loin de 20% du corps électoral lors du premier tour de la dernière campagne présidentielle ne peut être traité de la sorte. Il a droit au respect qui est dû ( dans les limites de leur respect du droit) aux élus de la nation. Les 17 députés de la FI fournissent un travail parlementaire soutenu et assument pleinement et avec force leur position d'opposants. Or, notre démocratie, pour fonctionner correctement a besoin d'une opposition forte et de qualité. Alors bien entendu, la politique n'est pas un exercice réservé aux enfants de coeurs et il faut bien reconnaitre que Jean-luc Mélenchon lui-même ne modère pas ses critiques à l'endroit des médias. Sa dernière note de blog en livre un exemple fulgurant et il faut bien le reconnaitre, affligeant. Mais le cercle vicieux qui s'est enclenché, et qui ressemble de plus en plus à une ridicule guerre de position ne mène nulle part. Et risque d'appauvrir durablement les conditions du débat démocratique dont la presse, rappelons-le, est l'un des piliers.

Il est donc urgent de trouver des voies d'apaisement. Du côté des médias en agissant avec responsabilité et en s'imposant des règles d'équité de traitement, mais aussi du côté des politiques en évitant d'essentialiser les journalistes. 

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