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Billet de blog 8 oct. 2021

Réflexions 2014...2016.

En faisant du tri dans mes papiers, je retrouve de vieilles notes datant de 2014 et 2016. Je les publie ici.

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2014. (avant l'orage)

Les hommes politiques sont en panique. Plus rien ne fonctionne: leur pouvoir - qui en théorie reste pourtant incontournable (surtout en France sous la cinquième République)- n’agit plus en profondeur : les commandes ne répondent plus. Bon, ça ne date pas d’hier, combien de décennies d’incurie, de réformes avortées et d’échecs sur le front économique?. Notre génération se confond avec la crise jusqu’à ne plus se souvenir depuis quand elle s’est installée dans le paysage. 

Pendant autant de décennies au gré des conjonctures économiques et des quelques provisoires embellies, il était possible de broder, de promettre qu’on raserait demain gratis et de « vendre » de belles tranches d’avenir radieux. Las, les temps nouveaux sont cruels. Privés de marge de manoeuvres budgétaires en raison de l’Europe (dont ils ont dûment signé tous les traités) nos politiques ne savent plus quoi faire pour appâter le chaland. Quant aux poissons, ils ont fini par voir les mailles du filet, notamment en raison de la révolution numérique et se détournent aujourd’hui massivement de la politique, lassés des promesses non tenues et des nombreux revirements de cap. 

Il faudra tôt ou tard remettre entièrement en questions nos usages politiques et probablement notre constitution pour mieux l’adapter aux temps nouveaux qui déboulent vitesse V. Plus nous attendrons, plus la nécrose dont nous mesurons les conséquences au sommet de l’état gagnera le corps social dans son entier et précipitera nos pays dans les bras des extrêmes.

En fait- mais je suis peut-être encore en-dessous de la vérité- je crains que plusieurs facteurs se soient combinés pour donner le coup de grâce à cette forme de politique:

1/L’information -je l’ai dit- qui n’a jamais été à ce point accessible et ce sous de multiples formes et supports. Une information foisonnante, mais parfois trompeuse, où les faits hélas côtoient les rumeurs, où la propagande tient lieu de vérité. J’ajoute que dans cette tour de Babel de l’information, les étages des journaux sont souvent proches du sommet et parfois enclins à user de complaisance à l’égard des pouvoirs (publicitaires, économiques voire politiques) Le procès qui leur est intenté est parfois injuste car lapidaire, mais il faut l’entendre car il manifeste aussi une forme de frustration et de défiance qui est de même nature que celle adressée à nos personnels politiques.

2/ Une crise profonde et sans doute inédite du résultat: les réformes se succèdent, la situation empire. Comment dans ces conditions continuer à croire en la chose publique. Surtout lorsqu’en guise de réformes on assiste à de profondes régressions sociales qui se parent des atours de la modernité.

3/Notre rapport au temps, totalement bouleversé depuis l’avènement d’une mondialisation insuffisamment pensée (ou sinon par quelques G.A.F.A qui ont vite compris quels intérêts ils pourraient tirer de cette situation) et l’irruption d’une révolution technologique qui bouscule radicalement notre rapport au monde. Dans ces conditions nouvelles et inédites dans la marche de l’humanité, tout est sans dessus dessous: le temps bien entendu qui se compresse ou se dilate à volonté, idem pour l’espace. Les évènements se succèdent dans le même espace/temps mais à une fréquence inédite. Et cela vaut aussi pour l’économie financière désormais livrée aux robots qui pratiquent un speed-trading à l’échelle de la nano-seconde. 

4/ la remise en question, de l’idée de « faire société » pourtant à la base de notre idéal/pacte Républicain. Le néo-libéralisme est passé par là. En s’insinuant, via la publicité notamment, dans la plupart des compartiments de notre société, en prônant le règne de l’individu-roi comme d’une conquête de la modernité, l’idée de peuple, ou de "projet de civilisation" a été « ringardisé". Nous ramassons aujourd’hui les fruits amers et tombés prématurément de l’arbre de cette terrible idéologie qui ne dit pas son nom. Notre peuple en 2014 est obnubilé par la consommation, par le pouvoir d’achat et il se fracture par pans entiers, se « communautarise » parfois dans certains quartiers, se retranche dans d’autres, et de Neuilly à Saint-Denis il y a sans doute désormais bien plus de distance qu’à une certaine époque. 

Nous continuons à être un peuple mais nous ne l’éprouvons plus.

Face à ces défis, qui ne sont même pas imputables à l’actuelle majorité, il faudrait commencer à repenser de fond en comble notre société et sans doute en bâtir une nouvelle. Hélas, les vieilles recettes nous sont à nouveau proposées et déjà se profile sur l’horizon l’ombre de la prochaine élection présidentielle qui avale toute chance de bifurcation, pourtant vitale si l’on considère les enjeux pendants: environnement; crise des ressources fossiles, retour des guerres et des tensions jusqu’aux portes de notre continent. 

Le modèle économique qui est le nôtre, fondé sur une croissance concevable pendant les trente glorieuses est à bout de souffle. Une croissance illimitée dans un monde limité. Une enfant de cinq ans le comprend. Il faudrait d’urgence re-configurer notre économie pour l’amener à produire sans doute moins, en tous cas mieux et de manière renouvelable. Le drame de notre pays est que les deux grands partis, dits « de gouvernement » ne sont juste plus capables de penser l’avenir. L’un comme l’autre se bornent à effectuer une danse de la pluie pour faire revenir une croissance qui loin d’être une solution, pourrait bien être si l’on prend un peu de hauteur, une des données essentielle du problème. 

D’ici à une cinquantaine d’années, si nos états ne prennent pas immédiatement des mesures drastiques, l’onde de choc du bouleversement climatique aura de toutes manières flanqué par terre tous nos jolis lendemains qui chantent et notre mondialisation heureuse…

Nous sommes je crois de plus en plus nombreux à penser ainsi, mais les forces statiques, celles qui possèdent et ont le pouvoir sont puissantes et farouchement déterminées à conserver leurs avantages de court terme. Je crains que d’ici à quelques années, des pans entiers de nos sociétés ne fassent sécession et tournent le dos aux politiques dans de bien plus larges proportions qu’aujourd’hui. La démocratie elle-même pourtant jugée acquise tremblera alors sur ses bases et le pire ou le meilleur sera possible.

 (...)

2016 (Nuit debout)

Comme son nom l’indique, un mouvement est un objet mobile. Il a vocation à se déplacer et/ou à se développer. Il part d’un point A et chemine vers un point B, quitte à bousculer le calendrier du reste. Chemin faisant, il cherche aussi à agglomérer. Il y a d’ailleurs des mouvements que l’on appelle des marches «  nous partîmes cinq cents ; mais par un prompt renfort - nous nous vîmes trois mille en arrivant au port" (Corneille) Le mouvement est aussi interne, d’horlogerie ou de transfert d’idées, d’intuitions ou dans un version plus martiale de « mots d’ordre ». 

Le mouvement auto-intitulé « nuit debout » cherche une issue dans la nuit. Il cherche à renouer avec quelque chose de perdu aussi (ou de rêvé), jusque dans son propre souvenir sans doute et de se ressourcer dans la présence de l’autre et dans sa confrontation pacifique. C’est un mouvement donc une transition, il s’agit de rejoindre un au-delà de la nuit et de repartir à neuf. Comme si le vieux monde était usé jusqu’à la corde, une jeunesse - et pas uniquement composée de corps jeunes- semble vouloir s’affranchir du système de choses présent. Elle tâtonne comme on tâtonne dans l’obscurité, privé du sens de la vue qui appartient au jour et surpris de redécouvrir des objets usuels et familiers, l’autre et ici en l’occurrence "les autres ».  Peut-être à cette occasion découvre-t-on que l' autre n'est pas l’enfer promis jadis par Sartre (formule mal comprise du reste). Peut-être (re)découvre-t-on également que l’autre est un autre soi-même, en tout cas un appui potentiel et pour ce qui nous occupe ici : un renfort.

Est-ce que cette « Nuit debout » serait l’idée d’une dernière nuit, une sorte de baroud d’honneur de la nuit qui nous recouvrait jusqu’alors et qui ensommeillait jusqu’à nos idées, nos désirs et nos utopies et qui faisait le lit de notre résignation? Alors quoi qu’il advienne de cette aventure, amourette d’un printemps précoce ou noces pérennes, des choses auront au moins été semées et d’un point de vue offensif, un doute aura été instillé dans ce que j’appelle en référence à un bon ami peintre l’IFS (Institut des forces statiques)...

Au sujet de la suite éventuelle du mouvement 

En fait, au sujet de l’engagement politique, je pense que nous sommes une génération particulière. Nous sommes nés avec la crise, éclairés par l’histoire et donc débarrassés d’une certaine naïveté ou « candeur » qu’on pu avoir nos ainés. Mais paradoxalement, c’est cette « candeur » qui les fit adhérer à des causes et s’engager politiquement. De ces adhésions massives sont d’ailleurs nés les grands mouvements sociaux du XXème siècle. Même s’ils étaient noyautés bien entendu par des élites pensantes, les gens croyaient en un avenir meilleur et étaient prêts à se mobiliser. 

Nous autres, nés après-guerre et bercés par le confort douillet des trente glorieuses sommes revenus des grands soirs et probablement en semi-sommeil politique. De plus, les nombreuses et pathétiques dérives politiciennes nous ont éloignés par lassitude de la politique, ce qui n’arrange rien. D’où, peut-être cette difficulté à nous engager. 

Pour ce qui est des intellectuels, le passé a montré qu’à un moment donné de l’histoire, leur présence est nécessaire. On pense à Bourdieu bien entendu, mais aussi à Sartre ou à Foucault. Aujourd’hui, nous sommes à court de grands hommes. Il suffit de voir à quel point l’offre politique qui se dessine pour 2017 est dérisoire par rapport aux enjeux pendants. On a cru voir un instant en Thomas Piketty un potentiel candidat, mais il a vite fait savoir qu’il n’envisageait pas de s’engager. Chacun attend un Iglesias à la Française, mais il ne vient pas. C’est vrai qu’en visionnant le discours (très inhabituel ) de Frédéric Lordon à Tolbiac, j’ai pensé que peut-être… mais il semble qu’il n’en soit rien. Chacun est libre de ses engagements, et je ne me permettrait de juger ni Piketty ni Lordon. Ce que je sais par contre, c’est que l’équation continue de comporter une inconnue. Et que quel que soit le mouvement qui se dessine, il va bien falloir qu’un visage émerge, qu’une voix domine, qu’une silhouette se dessine…

Pinelli.

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