Cri d'alarme

A méditer, une lettre des journalistes de Gazeta Wyborcza, inspirée par les récentes attaques contre les participants d'une marche de la communauté LGBT à Bialystok en Pologne. Cette lettre est un véritable cri d'alarme des journalistes qui comptent sur une large diffusion de leur appel à la solidarité avec ceux qui subissent les agissements de plus en plus agressifs des ultras polonais.

Chère Amie, Cher Ami,

Nous n'aurions jamais cru que nous serions amenés à écrire cette lettre un jour, mais nous sommes arrivés à un moment où nous, collaborateurs de Gazeta Wyborcza, devons dire haut et fort : « Non ».

Aujourd'hui, nous allons mettre la devise « Pas de liberté sans solidarité » à la une de notre journal. Elle y figurait pour la première fois en 1989, quand la Pologne regagnait son indépendance. Cette devise exprimait un dessein commun, celui de fonder un État nouveau, basé sur la démocratie, la solidarité et la vie commune.

Elle réapparaît maintenant dans notre journal car les temps que nous vivons exigent que l'on rappelle une fois encore ce noble message qui constitue aussi un engagement.

Nous vous demandons d'exprimer votre solidarité avec tous ceux que le pouvoir politique en Pologne tente d’exclure depuis quatre ans.

Le gouvernement du parti Droit et justice continue de viser de nouveaux groupes de citoyens. Il cible des catégories sans défense : enseignants, handicapés, minorités sexuelles, porteurs de convictions libérales, juges fidèles au principe d'indépendance de la justice et les procureurs fidèles à leur conscience. Tous ces groupes sont publiquement humiliés, le pouvoir vise à leur enlever leur dignité. Dans de nombreux cas, il les prive des moyens de subsistance.

Au cours des derniers mois, beaucoup de prêtres catholiques et d'hommes et femmes politiques membres du parti au pouvoir ont appelé publiquement à exclure les personnes LGBT+ de la communauté des Polonais. Des villes, des communes, des départements et des régions sont déclarés « zones libres de l'idéologie LGBT » par des représentants du pouvoir et certains de ses partisans.

Pour la première fois, le sang a coulé le 20 juillet dernier. Plusieurs milliers d’ultranationalistes, encouragés par des évêques, des prêtres et des hommes et femmes politiques de Droit et justice, ont attaqué la Marche des fiertés à Białystok : ils ont jeté des pierres et des bouteilles sur les participants, leur ont craché dessus, les ont frappés et leur ont donné des coups de pied.

Cela rappelle les années les plus sombres de l'histoire du XXe siècle, lorsqu'on se servait d'une étoile jaune pour marquer des hommes. Aujourd'hui, on vilipende l'arc-en-ciel, symbole d'harmonie, de rassemblement, d'unité dans la diversité, pour dénigrer les orientations différentes et favoriser l'exclusion. Nous nous y opposons avec force.

À travers la devise « Pas de liberté sans solidarité » nous exprimons notre soutien à ces groupes exclus, toujours plus nombreux. L'ensemble de notre rédaction ainsi que les 2 800 000 lecteurs de nos éditions papier et les 8 millions d'internautes qui consultent notre site forment une communauté humaine solidaire. Depuis sa création, Gazeta Wyborcza a toujours été du côté de la liberté et de la solidarité.

Nous vous invitons à rejoindre le mouvement. Votre autorité vous confère le droit d'élever la voix quand les autres souffrent. Nous n'avons pas d'armée pour nous défendre mais nous avons des paroles pour aider ceux qui sont persécutés. Votre voix est précieuse, car elle peut alerter ceux qui préfèrent se taire et détourner le regard. Il est temps de dire les choses telles qu'elles sont.

Faites entendre autour de vous ce que subissent les Polonais aujourd'hui. Faites entendre le message : « Pas de liberté sans solidarité ». 

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