Faut-il payer des cours d'économie à Wolfgang Schaüble?

Dans une entrevue donnée au magazine "Stern" en novembre  2008 (en plein krach financier), Wolfgang Schaüble, alors ministre de l'intérieur, a répondu à une question de telle manière qu'on pourrait douter de ses connaissances en économie et, plus précisément, dans le mécanisme de la création monétaire qu'un étudiant en première année d'études économiques est censé connaître (enfin... je l'espère mais j'en doute de plus en plus en lisant ou écoutant les prétendus experts de la chose...).

Dans une entrevue donnée au magazine "Stern" en novembre  2008 (en plein krach financier), Wolfgang Schaüble, alors ministre de l'intérieur, a répondu à une question de telle manière qu'on pourrait douter de ses connaissances en économie et, plus précisément, dans le mécanisme de la création monétaire qu'un étudiant en première année d'études économiques est censé connaître (enfin... je l'espère mais j'en doute de plus en plus en lisant ou écoutant les prétendus experts de la chose...). Revenons donc à M. Schaüble et sa réponse énigmatique. Enigmatique car je ne le crois pas assez inculte pour avoir osé dire sincèrement cette contre-vérité. Soit il est bête à manger du foin, soit il prend les lecteurs pour des abrutis. Je penche plutôt vers la deuxième explication.

Voilà le texte:

Question: Sie mögen Hölderlin. Wie steht es mit Bertolt Brecht? "Was ist der Einbruch in eine Bank gegen die Gründung einer Bank?"

Réponse: Nein. Mit dem Satz bin ich nicht einverstanden. Der eine spart, der andere braucht Geld, das er noch nicht hat. Das muss organisiert werden. Das nennt man Bank. So einfach ist das.

Texte original là: http://www.stern.de/politik/deutschland/wolfgang-schaeuble--noch-leiden-wir-nicht-hunger--3746202.html

Traduction:

Question: Vous aimez Hölderlin. Qu'en est-il de Bertholt Brecht? "Qu'est donc le cambriolage d'une banque face à la création d'une banque?"

Réponse: Non. Je ne suis pas d'accord avec cette phrase. L'un épargne, l'autre a besoin d'argent qu'il n'a pas encore. Cela doit être organisé. On appelle ça une banque. Ça n'est pas plus compliqué que ça.

On constate là que l'explication de l'épargne qui financerait le crédit (dont tout le monde sait qu'il n'en est rien) est assumée et revendiquée par l'actuel Ministre des Finances Allemand... Ministre des Finances!!! Mais alors, Wolfgang? D'où vient donc l'argent de la spéculation (bourse, marchés de dérivés, matières premières, dettes...)? Mais de... l'épargne pardi! Mais il est vrai que ceux qui en disposent au-delà des seuils de précaution ne vont pas déposer leurs "économies" sur un compte bancaire quelconque permettant, soit-disant, aux emprunteurs d'obtenir un "crédit" comme le raconte ce joli conte pour enfants. Seuls les pauvres mettent leur (maigre) épargne à la banque mais je doute de cela suffise pour prêter des milliards à des pays ou à jouer au bandit manchot boursier. Mais je ne voudrais pas t'encombrer l'esprit avec des choses que tu verras à la leçon 2.

On comprend donc mieux le sentiment de Varoufakis d'avoir eu à faire à des autistes dans un hôpital de jour comme le dit si drôlement Lordon dans son dernier billet. Et effectivement, la discussion devait avoir un aspect surréaliste si Schaüble usait de tels arguments dans les "négociations" (qu'il y croit ou pas n'a qu'une importance secondaire et éventuellement clinique).

Pour terminer mon petit billet, je renvoie à notre regretté Bernard Maris qui explique assez clairement la mécanique de la création monétaire par le crédit. Schaüble a dû rater ce passage. Je me demande encore comment c'est possible que Bernard ne soit plus là alors que Wolfgang l'est encore...Le monde est vraiment mal foutu.

Bernard Maris dévoile le secret de la création d'argent par les banques © Simon Thorpe

 

 

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