Gueule de bois au Bullingdon Club

Comme un lendemain de remuantes beuveries auxquelles jadis ils excellaient, les anciens de ce club de l'université d'Oxford aujourd'hui responsables de la destinée de leur pays ont la gueule de bois. Ils ne se rappellent plus très bien à quel moment ça a dérapé mais ils ne semblent pas, contrairement à la règle de leur club d'antan, vouloir prendre leur responsabilité et payer la note des dégâts.

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 Ce club de l'université d'Oxford s'appelle le Bullingdon Club. Créé il y a plus de 200 ans, il a pour caractéristique d'être réservé à des hommes de bonnes familles (entendez familles fortunées) qui se réunissent pour manger, boire et détruire - éventuellement - les locaux qui les accueillent, et cela à l'occasion de bagarres sans retenue. Pour rire, bien sûr. Une des règles de ce club est de régler rubis sur l'ongle et sans rechigner les dégâts occasionnés lors de ces crises de vandalisme.

Il se trouve que trois personnalités politiques aux avant-postes de l'actualité récente liée au "Brexit" en ont fait partie. A savoir David Cameron, Boris Johnson (qu'on peut voir sur la photo de l'article prise en 1992) ainsi que George Osborne. Cette bande de dandy-voyous ont été à bonne école, on dirait. Après avoir passé une partie de leur jeunesse à détruire les pubs et autres estaminets londoniens, ils sont passés à la vitesse supérieure et se sont attaqués au niveau national et européen. Provoquer une bonne bagarre générale dans un bistrot, c'est sympa mais organiser un référendum avec le même entrain et le même objectif, c'est bien plus drôle pour ces fils à papa qui s'ennuient un peu quand ça ne bouge pas assez selon leur goût.

Et effectivement ça a dépoté dur et les dégâts sont à la mesure de l'exploit de ces pros du démontage organisé. Tout le monde a été surpris, surtout les initiateurs du projet qui ne pensaient pas que le joujou allait leur échapper.

Mais... il y a un mais. Alors que la tradition de ce club très sélect était de prendre en charge l'intégralité des dégâts occasionnés, il semblerait que cela ne soit plus à l'ordre du jour. Aucun des protagonistes ne reconnait sa participation à ce rixe de luxe qu'on appelle le Brexit et dont nul ne revendique la paternité pour ne pas avoir à payer la note. C'est qu'il n'y a plus papa derrière pour allonger le nécessaire. De plus, le montant des dommages risque fort de dépasser de loin leurs capacités financières qui, pourtant, ne doivent pas manquer par ailleurs.

Ils laisseront sans doute cette fois la note aux habitués et au tôlier du lieu. Avant peut-être fermeture pour travaux ou définitivement? Allez savoir... Nos hooligans de la haute changeront juste de bar mais où iront boire les petits retraités quand ça sera fermé? Ont-ils songé à y penser? Cela m'étonnerait fort. C'est pas le genre de la maison.

Cela dit, j'en ris encore en pensant à la tête de ces pyromanes voyant les flammes les encercler et cherchant à se rassurer en se disant que les pompiers allaient bientôt arriver. A force d'avoir distribué des allumettes à tout le monde, ils s'étonnent encore que les petits vieux s'en soient servis. Ils avaient juste oublié que ce cela fait longtemps qu'ils en attendaient l'occasion et que ce que cette élite éclairée prenait pour un feu de la Saint-Jean pour amuser le peuple s'est transformé en bûcher à leur endroit. Retour de flamme disent les pompiers.

Pour en savoir un peu plus sur ce club si atypique:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bullingdon_club

http://www.dailymail.co.uk/news/article-2407406/Move-Boris--Bullingdon-Club-2013.html

http://www.slate.fr/story/96759/riot-club-david-cameron

 

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