Ne vous contentez pas de lire, commentez, car c'est cela qui donne à une édition sa raison d'être

Discutons!

 

les "contes de la folie ordinaire" ont été créés par Sophie Dufau, rédactrice de ce journal en ligne, parce qu'elle a perçu, à travers des études, des analyses, des visites in situ et des réflexions et débats avec les personnes concernées, que la question des gens dits "fous", ou psychotiques, ou malades mentaux, comme vous voudrez, est précisément l'objet d'une ignorance (ce terme ne se veut pas péjoratif) de la plupart des adhérents de ce journal.

 

J'ai commis, à mon corps défendant, des crises de rage à cet égard, lorsque je trouvais que des articles de fond en la matière ne recueillaient que peu de commentaires, voire, sûrement, de lecteurs. On m'a conspué d'être si intransigeant, en me donnant comme argument principal celui-ci: "nous lisons, mais nous ne sommes pas des spécialistes, et il ne faut pas nous tenir rigueur de ne pas prendre part au débat de ceux qui sont supposés savoir (supposés, c'est moi qui l'ajoute dans un souci dialectique)

 

Je ne suis pas d'accord, mais alors pas du tout!

 

Combien de fois dans ma vie, au prétexte que je suis psychiatre, des gens m'ont demandé, dans n'importe quelle circonstance, y compris pendant des vacances que je croyais bien méritées, d'intervenir car quelqu'un d'une famille de mes amis allait mal... Les troubles et la souffrance psychiques sont partout, et nul n'est besoin d'être un spécialiste pour avoir, dans un chemin de vie personnelle, l'occasion d'être interrogé, ou de s'interroger, à propos de situations pathologiques. Et du coup d'oser prendre la parole! Y compris pour questionner les "blablateurs" de ce domaine qui fait peur et les interpeller.

 

Le "bidule" qu'on veut en ce moment nous faire gober, c'est que les "fous" sont des "aliens", de dangereux étrangers menaçant notre culture, et notre vie par la même occasion, et que, dieu des débiles merci, on va vous en débarrasser grâce à des lois sécuritaires.

 

Je voudrais appeler chacun des lecteurs de cette édition à renoncer à cette idée que l'on ne peut prendre parole et parti que si l'on est expert en la matière.

La question des malades souffrant de pathologies psychiques est une question qui concerne et implique chacun d'entre nous, car si nous sommes, pour la plupart, protégés par notre contexte de la décompensation, nous sommes tous potentiellement des gens en déroute psychique, et que nous serons bien contents, dans ces circonstances, d'être compris plutôt que stigmatisés.

 

Aussi je crois que chacun, fut-ce par des questions ou des paroles auto-considérées comme "béotiennes, a sa place à tenir dans cette édition particulièrement sensible, au moment où l'état pervers ambitionne de réguler (entendons de réprimer) la souffrance psychique comme un "produit" toxique menaçant les "valeurs établies"

J'ajoute qu'à mon sens il n'est pas de plus grand ennemi des souffrances mentales que celui qui, en étant atteint, affecte la totalité de son énergie et de sa haine à les réprimer...

 

JCD

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