Un mec. Un jour.

Un jour, place du Capitole, Toulouse, France,  Pas banal celui-là. Voilà la première pensée qui a traversé mon esprit lorsque je l’ais aperçu pour la première fois.

Un jour, place du Capitole, Toulouse, France,

  Pas banal celui-là. Voilà la première pensée qui a traversé mon esprit lorsque je l’ais aperçu pour la première fois. Je sirotais, seul, un expresso sur une terrasse de la place par cette chaude journée.  Je m’en rappelle parce que c’était bien la seule fois, je crois. Alors que je me demandais pourquoi je n’avais pas pris de bière avec,  – Et où est mon verre d’eau ? Il fut un temps où on te donnait un verre d’eau systématiquement avec un café. Maintenant tu le demandes, on te dit oui et jamais rien. – j’aperçois ce mec. Bizarrement, je l’ai tout de suite remarqué. Il avait quelque chose d’étrange. Mis à part le fait qu’il soit, de loin, plus saoul que moi. Ce jeune homme, la vingtaine tout au plus, dégageait quelque chose d’intrigant. Vous savez parfois il y a de ces gens, sans qu’on puisse se l’expliquer, qui intriguent. Il traversait la place du Capitole, titubant, zigzaguant entre touristes et accros du shopping. Mais malgré son évidente incapacité à se tenir droit, il titubait avec une certaine habilité. Je ne sais plus qui a dis que la marche chez l’Homme est une succession de chute contrôlée mais jamais ce ne fût plus évident à mes yeux.

   Mais voilà qu’un autre jour, un an après ou un an avant, à des centaines de kilomètres (Mais quand était-ce ?) ; J’ai revu ce mec. A Paris, cette ville de fou. Il aurait pu se confondre dans le décor. Ce n’est pas les mecs comme lui qui manquent ici. Mais encore une fois je l’ai tout de suite vu et reconnu. Je me baladais sans but particulier et sans y penser, automatiquement, je me suis mis à le suivre. De Saint Lazare jusqu’à Pigalle. Puis de Pigalle jusqu’à Montmartre. En remontant la rue Germain-Pilon, j’ai eu une impression de déjà vu. La nuit commence à tomber. Il tourne à gauche rue Veron et entre dans un troquet quelque peu étrange. Autant aller jusqu’au bout : Je décide d’entrer aussi, pour le voir de près, et essayer d’entrer en contact. Ce qui me prend à ce moment, je n’en sais trop rien.

  J’ouvre la porte et sursaute. Le mec m’attendait de pied ferme. Il me regarde dans les yeux et alors que je tente de fuir cette situation gênante ; Il me tend une bière et dis : « La prochaine c’est pour toi ! ». Le mec va s’asseoir sur une banquette et me fais signe de la tête pour que je le suive. Ile me faut un temps pour réagir. Je reste là, planté, une bière à la main, au milieu du bar. Et comme un enfant qui ne sait pas trop pourquoi il va se faire engueuler, j’avance bêtement, les yeux rivés au sol, vers la table du mec. Personne ne semble remarquer l’étrangeté de mon attitude et ça ne me rassure pas. Obnubilé, je suis comme aspiré vers sa table, et je m’assois sur la chaise en face, tournant dos au reste du bar. J’essaie de parler et aucun son ne sort de ma bouche. Je bois une gorgée de bière, et essaie de reprendre mes esprits, me disant qu’il a 10ans de moins que moi, que s’est vraiment stupide, se laisser manipuler par un ados ce n’est pas près d’arriver. Alors que je me décide à parler, confiant j’ouvre la bouche et il dit :

« Je le sais que tu m’as suivi et je m’en tape. Bois ! Il avale une bonne moitié de sa bière et reprend : Ne me demande pas mon nom. Et je ne veux pas savoir le tien. Ce que je veux c’est boire et parler.

- Parler de quoi ? Je lui demande.

- De l’unique vérité, l’unique chose qui compte : la vie.

- La vie, c’est un sujet vaste.

- C’est ce que tu crois. - Il remarque m’ont air agacé. C’est vrai, se faire apprendre la vie par un petit con de 20ans c’est toujours agaçant. – Parle-moi donc de poésie ! »

  Il finit sa  bière, la tape violemment sur la table et tend la main pour de l’argent. Je lui file un billet et il se lève pour remplir les verres. Je ne sais combien de fois cette scène s’est répéter, combien nous avons bu, combien et de quoi avions-nous parlé ? Des flashs me reviennent encore à l’esprit, un verre qui se vide, un chant, une dispute, des rues, des rues, des rues…

                La lumière. C’est aveuglant, et cette chaleur. Je ne sais pas du tout où je suis. Je ne vois pas bien. Mais qu’ai-je fais ? Où est passé le mec ? Je commence à me rendre compte que je ne suis pas à Paris. Cette ruelle, je la reconnais, ces briques… Oh putain, mais qu’est-ce que je fais à Toulouse ? Cette chaleur ! Je me sens vraiment mal. Mais comment je suis arrivé là ? Je me lève et marche sans savoir pourquoi. Tout est flou autour de moi. Je n’arrive pas à me contrôler. Je comprends tout de même qu’il y a du monde autour de moi et commence à angoisser. Je me démène pour les éviter. Je reconnais cette place. Qu’est-ce qui m’arrive ? Et qu’est-ce qu’il a à me mater celui là ?

Un mec, un jour, place du Capitole.

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