Le temps des logiques partisanes est bel et bien révolu

Le temps des logiques partisanes est bel et bien révolu! Réflexions d’un militant déçu de la Gauche et qui ne souhaite pas qu'elle meure.

Le temps des logiques partisanes est bel et bien révolu

Je publie ici les réflexions d’un militant déçu de la Gauche

(j'en partage la plupart des analyses)

 

Les élections régionales de 2015 ont été une dernière occasion de vérifier l’échec des formations de « l’autre gauche » à témoigner de leur capacité à fédérer un ralliement par la voie des urnes, dans la configuration qui a été établie (ou plutôt, du fait des « appareils », celle qui n’a pas réussi à s’établir). Cette perspective invite au dépassement des blocages induits par les formations politiques actuelles, blocages qu’elles se sont révélées dans l’état actuel de leurs fonctionnements et de leurs pratiques – de façon majoritaire - incapables d’éviter ; ce qui s’est malheureusement vérifié à l’occasion de ces échéances électorales. Élections par rapport auxquelles les partis politiques se sur lesquelles ils focalisent leurs efforts et leur actions, et où souvent, plutôt que de trouver à voir portées pleinement et dans les meilleures conditions nos idées et nos options pour une politique réellement à Gauche, nous nous trouvons confrontés impuissants à nos divisions, et à l’impossibilité d’affirmer une voix qui soit assez forte et audible.

Dans ce processus électoral, force est de constater, et il serait bien de l’acter pour de bon, nos formations de « l’autre gauche » témoignent de leur impuissance à assurer la pérennité d’une dynamique collective qui puissent se montrer significative. Avec les échecs évidents des stratégies déployées et des essais de convergence et d’alliance qui ont pu être proposés (à quelques rares exceptions, très localisées), alors qu’une entente n’a pas être établie pour qu’un rassemblement visible nationalement soit établi.

N’y aurait-il d’issue à cette situation, à l’image de ce qui anime le PS, avec ses renoncements, que de travailler ainsi à une convergence avec le Centre-Droit ? Pour conserver une certaine crédibilité et se distinguer de la Droite, même si plus rien ne l’en distingue en fait ? Sauf à ne pas glisser encore ( ?) aussi ouvertement qu’elle sur le terrain des arguments idéologiques imposés par l’extrême droite dans le champ médiatique ? Soyons clairs, l’argument d’une meilleure structuration des forces politiques de Droite et du Centre - si elles parvenaient un peu plus à « rassembler » qu’à Gauche, et indubitablement bien mieux qu’à « l’autre Gauche » - ne nous parait pas constituer un argument ayant une quelconque valeur (hormis médiatique) par rapport à ce que nous souhaitons faire valoir et construire. Pour tous ceux qui sont engagés en politique avec pour références les valeurs fondamentales de la Gauche, « historique » devrions-nous ajouter (dans la mesure où son unité, du fait de la dérive du Parti socialiste, est aujourd’hui révolue). L’argument d’une meilleure structuration des forces politiques de Droite (et encore faudrait-il y regarder d’un peu plus près, car les scores obtenus aux dernières Régionales sont assez évocateurs) ne constitue aucunement un argument politique, ni un meilleur critère de pertinence des options et stratégies défendues, en comparaison des objectifs que nous pourrions nous donner pour défendre une politique qui soit au service du peuple français, et de ses intérêts.

En lieu et place de ces constats d’échec pour la Gauche, continuellement et éternellement renouvelé, ne pourrait-on pas espérer et imaginer un peu mieux ?

De nombreux militants de « l’autre Gauche » ont constaté les blocages engendrés majoritairement par les formations politiques actuelles, dans leurs pratiques et leur fonctionnement lorsqu’il s’est agi de travailler à établir des propositions de rassemblements ce qui a généré beaucoup de désillusions, d’amertume, et de découragement. Nous ne désignerons personne en particulier, ne souhaitant pas ouvrir de procès, ou donner des arguments supplémentaires à nos adversaires pour achever le processus de division et de déliquescence des forces de gauche, tout en l’instrumentalisant. Pour ne pas laisser croire non plus que certains feraient mieux que les autres, mais en essayant de se placer au-dessus de la mêlée électorale, dont le spectacle n’est pas vraiment folichon.

Cette division et cette déliquescence discrédite-elle un projet qui soit de Gauche ? Sans doute pas. Mais elle témoigne de la faiblesse des acteurs politiques du moment, leur manque de vision et de perspectives, leur repliement « identitaire », leur fixation sur la défense de « petits intérêts ». Marx fustigeait le repli dans les « eaux glacées du calcul égoïste » : nous en trouvons ici un bel exemple. Et ceux qui se revendiquent de sa filiation, feraient bien d’y réfléchir un peu.

La « gauche » sera-t-elle ainsi en capacité de faire valoir des options autrement que dans ses structures aujourd’hui atomisées par le processus par les forces de l’argent et le système politique et médiatique à son service ?

Ne sert-il pas dorénavant intéressant qu’une parole collective s’établisse, non au titre des intérêts particuliers ; et pour commencer des partis politiques qui ont démontré majoritairement être d’abord focalisés sur la défense et la sauvegarde de leurs propres intérêts - censés être représentatifs d’intérêts plus larges. Mais l’expérience démontre ainsi que la somme de petits intérêts, même cumulés et mis bout à bout, ne garantit pas que l’intérêt commun soit défini. Les erreurs passées – même récentes - ne valent pas accusation définitive, et il leur serait toujours possible, sinon de « se racheter » ou de « se rattraper », du moins ne pas continuer à entretenir les mêmes erreurs et les mêmes impasses.

Voulons-nous signer et acter l’inutilité des formations politiques de « l’autre Gauche ? » Non bien sûr, en ce qu’elles pourraient être utiles si elles savaient se mettre au service d’objectifs plus larges que leurs « petits intérêts ». Et ne pas travailler à l’impossibilité d’établir cet intérêt commun, qui ne peut se limiter à faire valoir plusieurs paroles individuelles, qui témoignent d’une incapacité à s’entendre sur une analyse de ce qui ne va pas, et des solutions que nous pourrions collectivement apporter comme réponses. Ce travail ne va bien sûr pas de soi, et n’a rien d’évident, et comporte de nombreuses difficultés. Mais devenons-nous reculer face aux obstacles ?

Comment définir cet objectif plus large ? Des essais ont été réalisés, à petite échelle, et à titre expérimental, à travers des « dynamiques citoyennes » initiées et soutenues par certaines formations politiques. Toutes s’y sont plus ou moins essayées à des degrés variables, pour tenter de trouver diraient les mauvaise langues une « caution citoyenne » citoyenne, et électorale, à leur projet, à leur travail. Ces dynamiques ont pu ouvrir ça et là sans doute des choses intéressantes, et qui servent d’appui pour établir les bases d’un travail politique de terrain. Tout ce qui existe, a été créé, est utile. Car il s’agit de donner partout et à tous les niveaux sa chance à la question politique, de l’animer, qu’elle vive de façon pratique à travers diverses expériences concrètes, des expériences de terrain. Car la politique, c’est avant tout ça : une sorte de « joyeux bordel » fait d’expériences, avec les résultats plus ou moins réussis qu’ils permettent d’obtenir. Mais qui confortent toujours dans l’idée que la politique ne peut être que cette expérience, pas le simulacre qu’en donne notre démocratie représentative par ses échecs et ses impasses. Là où la représentation est à repenser, comme le principe de délégation. On peut sans doute reprocher à nos élus, pour leur majorité, ce qui est devenu l’un des symptômes majeurs de la vie politique, de ne s’en tenir qu’à la mise en jeu d’une action politique factice. La politique exige en effet une bataille et un combat permanents pour mettre quelque chose en mouvement, ce quelque chose qui ne peut cadrer avec l’exercice d’un mandat qui serait simplement réduit au fait d’obtenir « un poste », de « faire carrière », que ce soit à titre personnel ou pour le compte d’un mouvement ou d’une organisation. Sans que l’acteur mandaté ne rende compte devant ceux qui l’ont choisi de la défense des intérêts qui lui ont été confiés, et n’en témoigne en actes.

Les expériences politiques concrètes, et les acteurs qui y sont impliqués dans la société civile, lorsqu’ils ne sont pas de simples dupes du processus de représentation (avec le processus de dépolitisation que nous constatons) affichent d’ailleurs leurs réticences et leurs vives appréhensions par rapport à la dynamique dont les formations politiques de notre champ témoignent pour la plupart, et qui, à certaines exceptions près, n’est guère encourageant. Peut-être que le fait d’avoir rabâché les mêmes choses depuis toujours, à s’être focalisé toujours sur la répétition de mêmes slogans, a fini par « ramollir les cerveaux », qui sait. Ce serait en tout cas intéressant d’y réfléchir, et nous pourrions avoir envie de dire à nombreux responsables et adhérents de notre « espace de référence idéologique » : « Et si vous vous essayiez un peu à vous ressaisir, à essayer de saisir les choses autrement ? ». A bon entendeurs… Il n’est pas possible à soi tout seul (même si l’on est un nombre conséquent parfois), de prétendre incarner « la » voie, « la » bonne solution, à la revendiquer de quelque manière que ce soit (du fait d’un résultat électoral actuel ou passé ayant pu être significatif, d’une tradition historique – la référence au communisme par exemple – qui ne devrait d’ailleurs pas être l’objet d’une « propriété privée »). D’accord pour travailler tout à la fois à un projet de gauche, un projet socialiste, un projet communiste, écologique, éco-socialiste ! Mais dans quel cadre pourrons-nous le construire, sinon en donnant ses chances au dépassement de certains partis pris, et sans que les objectifs soient priorisés et débattus dans un rassemblement qui soit significativement représentatif d’une diversité de toute la Gauche, et capable d’en faire valoir les options les plus pertinentes ? Ce projet ne passe-t-il pas d’abord et avant tout par le fait de procéder en premier lieu au dépassement du compromis actuel concernant le jeu politique et la règle définie par nos institutions de la Vème République ? Peut-on réellement imaginer qu’un véritable projet de Gauche puisse être soutenu dans le cadre des règles de la vie politique telles qu’elles sont aujourd’hui établies ? Alors qu’elles font le jeu des forces de l’argent et des formations qui la servent (libéralisme et social-libéralisme) ou qui en exploitent les méfaits (extrême droite).

En tout cas, il ne sera plus possible, et nous l’espérons, de cautionner les erreurs stratégiques des formations politiques de « l’autre gauche », en souhaitant être de plus en plus nombreux à formuler cette attente, afin d’inviter tous leurs acteurs, tous ceux qui y sont impliqués, à enlever leurs œillères ; ou alors à prendre leur retraite, ou à s’occuper de choses plus utiles pour le bien commun, pour ne pas limiter les bonnes volontés, celles qui pourraient être mises au service de succès et de réussites. Qui ne pourront être obtenus que par un élan collectif dégagé de tout ce qui peut le freiner, en réveillant les raisons qui peuvent donner avoir envie de s’impliquer, de s’associer, de façon joyeuse. Qu’il s’agisse d’abord et dans un premier temps d’un certain « bordel » doit être accepté. « Joyeux bordel » s’avérant quand même plus sympa que triste mine, ou vociférations et répétitions inutiles – à la mesure de l’énergie qu’ils demandent par ailleurs - de slogans qui ne visent qu’à conforter ceux-là même qui les professent.

Travaillons peut-être ensemble à autre chose, et faire que ces slogans deviennent enfin des slogans qui aient un sens, et ne soient pas à simple usage privé, quel que soit le nom que l’on pourrait donner à un hypothétique mouvement qui serait censé représenter un projet. Si ce mouvement n’était pas celui qui portait comme nom d’incarner la volonté du peuple de gauche, et d’essayer de faire la meilleure synthèse de ses aspirations, et ne permettait d’en témoigner au plus grand nombre, celui-ci n’aurait aucun intérêt. Aider à trouver ce nom, et définir de celui de qui pourrait en soutenir la dynamique, sera un objectif, et j’espère que nous saurons toutes et tous, ensemble, y travailler. En mettant les logiques partisanes au rencart, sans que pour autant les partis ne puissent cependant y contribuer, et faciliter la tâche. Mieux qu’une Primaire, nous pourrions toujours attendre ça, et qu’un(e) candidat(e) puisse éventuellement émerger d’un tel processus. Nous pourrions par exemple imaginer qu’un mouvement large de rassemblement sur le projet d’une VI ème République en offre la possibilité. Ce qui, si la démarche réussissait, pourrait être une démarche intéressante, même si les bases d’un tel projet devrait cependant fédérer de nombreuses organisations, ce qui, à ce jour, est bien loin d’être acquis, et pourrait demander un travail important. Mais celui-ci n’en vaudrait-il pas la peine ?

Ne s’agirait-il pas d’un projet intéressant pour intéresser de façon pratique les citoyens français à la vie politique, en s’intéressant à ces questions et à cette proposition que pourraient soutenir ce qui se sentent encore de Gauche ? Et qui serait leur projet, et le projet de la gauche, plus « l’autre », « l’extrême » (ce que l’on veut), mais celle qui serait à la hauteur des enjeux démocratiques de notre temps, pour penser la République dont nous pourrions avoir besoin pour réguler le seul pouvoir qui soit aujourd’hui, celui des contraintes imposées par les logiques financières qui avilissent les peuples et emprisonnent la politique dans le carcan qu’elles établissent. Là où il ne s’agit plus que de se plier sans concession aux lois, aux règles, aux exigences, de « l’économystification » (qui corrompt en profondeur le système politique et ses acteurs, dont la crédibilité, du fait même, en a quand même pris un sacré coup – et n’en fait plus que des acteurs d’opérette dont l’impuissance et l’imposture font le jeu de l’abstention et de la propagande d’extrême-droite dont la stratégie consiste à mettre le jeu en lumière, le dénoncer, et l’instrumentaliser). Soutenir le mouvement du système politique actuel et ses règles du jeu – favorable aux partis qui s’en accommodent, du PS à la Droite classique en passant par le Centre - serait ne pas tenir compte de la crise de légitimité qu’il connaît aujourd’hui.

Une Gauche incluant un Parti socialiste qui n’en veut rien savoir, et qui joue au contraire son va-tout pour en assurer le fonctionnement, serait un vice mis au service de la vertu.

C’est l’argument dont peut se prévaloir aujourd’hui « l’autre Gauche », qui ne devrait peut-être pas tant centrer son effort à convaincre de la nocivité du vice contre la vertu (qui ne le sait pas aujourd’hui), sinon à convaincre celles et ceux qui sont aujourd’hui dans son champ, de ne pas céder trop facilement au chant des sirènes. De ceux et celles qui, par ce chant, ce mirage, cette chimère, cette illusion, se montreraient séduit(e)s, se dessinera (avec leur exclusion) ce qui d’une République sociale et solidaire, enfin, pourrait compter comme réels partisans ; et quelles pourraient en être les formes.

Que les loups et les renards sortent du bois, et rejoignent d’autres rangs, si ce projet ne leur paraissait pas une assez belle ambition pour notre peuple et notre Nation. Mais que se joignent par contre à ce projet, toutes et celles qui pourraient en espérer quelque chose. Pour que tous ceux qui souhaitent voir émerger un véritable projet de Gauche puissent se compter pour une fois, sans mensonges, ni faux semblants. Que se dévoilent enfin et pour de bon les imposteurs ! Et que la Gauche, en face, s’affirme, et tienne le cap, et montre ce dont ceux qui s’en revendiquent, ou pourraient s’y retrouver, enfin unis dans une prise de conscience et une volonté communes, pourraient être capables !

 

Quelque part en France, en janvier 2016

 

 

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