La gauche se cherche une incarnation

Les partis politiques de gauche restent divisés et manquent de nouvelles figures pour incarner de nouvelles idées fortes et symboliques. De nombreuses initiatives y contribuent pour redonner un souffle à la gauche. Les partis politiques sont-ils passés à côté ?

Les rentrées politiques des partis de gauche se sont achevées à l’image du climat de la fin du mois d’août : dans une atmosphère froide et morose. Ressemblant davantage à un recroquevillement à la veille d’élections qui les placent en position de faiblesse, le parti socialiste, les écologistes et La France insoumise campent sur leurs positions.

L’entre-soi militant, le déni et l’autosatisfaction semblent avoir occupé une partie de l’espace et confirmé la déconnexion des partis politiques de gauche. Déjà largement désintéressé, le citoyen qui s’ancre aujourd’hui à gauche peut avoir l’impression de n’avoir que des mauvais choix pour glisser un bulletin dans l’urne, qui n’aura de toute façon aucune chance de gagner la bataille présidentielle. Devant ce spectacle amer, les citoyens continuent de s’éloigner de la politique.

Ces trois forces sont pourtant les seules sur l’échiquier politique à avoir la volonté sincère et les capacités de mettre en œuvre un programme de justice sociale et écologique. Mais malgré la force et l’intérêt que suscitent ces idées, la division reste l’apanage de la gauche en cette rentrée 2022. Si les trois forces politiques principales ont placé ces thèmes au cœur de leurs journées d’été, elles persistent dans une logique d’offre différenciée.

Ces journées d’été ont pourtant donné à voir d’intéressantes esquisses avec quelques éléments de programme, la présence de profils prometteurs, la rencontre de nombreux experts. Aucune des trois forces n’arrive pourtant à incarner la gauche à travers une proposition forte. Cette incarnation est pourtant cruciale pour que la gauche puisse redonner espoir à un pays au bord de l’implosion. L’heure semble encore être à la division plutôt qu’à l’union autour de quelques mesures phares et à la mise en ordre de bataille pour remporter les prochaines échéances.

En manque d’idée forte et symbolique, la gauche continue de se positionner d’abord contre, puis timidement pour, en s’écharpant sur des détails. Pas de victoire quand on préfère à la remise en cause des erreurs du passé l’occupation d’une position centrale (fictive) ; pas de victoire sans élargissement ; pas de victoire sans unité. Alors si l’unité est morte, l’usage excessif d’un langage performatif au sujet d’une victoire possible n’y changera rien. D’autant plus s’il se fonde sur des résultats électoraux qui n’ont rien de représentatif des prochaines échéances.

2022 est un enjeu pour retisser un lien entre les mondes militants, universitaires, syndicaux avec les partis politiques en nourrissant ces réseaux à la fois électoralement (avec la coopération et l’intégration sur leurs listes de profils issus d’initiatives citoyennes) et intellectuellement en engageant des réflexions pour construire un projet social, économique, écologique cohérent.

Les divisions n’ont pourtant pas été aplanies. Elles se cristallisent, s’exacerbent et étouffent les énergies militantes restantes. L’élargissement et la redynamisation des liens avec les mondes associatifs, syndicaux, universitaires ne semblent pas être le cœur de l’enjeu identifié par les partis politiques. Pas plus d’ailleurs que les multiples initiatives gravitant autour avec l’ambition de redonner son souffle à la gauche. Les partis politiques sont-ils passés à côté ?

La primaire populaire pourrait permettre de désigner un candidat unique à gauche ; plusieurs parcours de formation politique comme Investies, l’Ecole de l’Engagement, le Collège Citoyen de France, pourraient participer à renouveler nos figures politiques ; plusieurs mouvements comme Le Vent Se Lève ou la Rencontre des Justices pourraient contribuer à la reconstruction de réseaux militants et citoyens hors des structures partisanes ; nombre de cercles de réflexion comme l’Institut Rousseau, Hémisphère Gauche, Point d’aencrage, pourraient nourrir d’idées les forces partisanes et les réseaux associatifs, syndicaux, universitaires pour construire ensemble une vision.

En position délicate du fait de l’enjeu électoral, les structures partisanes de gauche sont restées à bonne distance. 2022 pourrait être l’occasion d’amorcer un renouvellement sur la méthode : par des profils authentiques, localement ancrés, issus de démarches collectives, engagés dans la production d’idées fortes et ambitieuses. Au vu de l’incapacité des forces actuelles à créer une dynamique de victoire, celles-ci ont la responsabilité de s’unir derrière les nouvelles figures qui permettront, demain, l’unité. Ces profils ont la capacité d’incarner une vision et un programme susceptible de peser au parlement, dans une logique transpartisane et autour de quelques idées forces. C’est par cette dynamique que la gauche est capable de réconcilier engagement et représentation, de se ressouder aux réalités sociales, et d’attaquer à la racine la montée de l’extrême-droite et du désintérêt pour la politique. Mais la double-fracture persiste encore entre un monde citoyen qui ne croit plus à la pertinence de l’engagement au sein des partis politiques, et le manque d’intérêt ou la méfiance des partis politiques pour ces innovations.

Ces initiatives témoignent pourtant aujourd’hui d’un besoin de renouvellement de l’engagement politique au-delà des partis politiques. Certaines sont probablement les innovations politiques de l’échéance électorale 2022. Elles pourraient aussi être un tremplin pour replacer la gauche en ordre de bataille. Elles donnent l’opportunité de construire une contre-campagne présidentielle en investissant le terrain très en amont pour les législatives. Unies autour d’une poignée de mesures sociales, économiques, écologiques, du retour au parlementarisme, les forces de gauche pourraient – et peuvent toujours – s’unir autour d’un accord de gouvernement et de législature pour se révéler à même d’incarner une nouvelle vision pour le pays.

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